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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>La nature humaine est-elle un obstacle au socialisme&#160;?</title>
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		<dc:date>2010-04-28T09:42:30Z</dc:date>
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		<dc:creator>John Molyneux</dc:creator>


		<dc:subject>Marx</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171;&#160;Le socialisme est une bonne id&#233;e, mais &#231;a ne marchera jamais. On ne peut pas changer la nature humaine&#160;&#187;. C'est l&#224; l'objection la plus courante - et la plus influente - au projet socialiste. C'est le premier argument qu'on entend &#224; l'atelier, &#224; la cantine ou au caf&#233;. C'est aussi celui sur lequel s'appuient de nombreux politiciens et intellectuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument antisocialiste&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, c'est un argument accept&#233; par beaucoup de gens qui aimeraient bien changer le monde mais qui ne croient pas que ce soit (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.quefaire.lautre.net:80/Marx" rel="tag"&gt;Marx&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;https://www.quefaire.lautre.net:80/local/cache-vignettes/L124xH150/arton156-8d2d0.jpg&#034; width='124' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le socialisme est une bonne id&#233;e, mais &#231;a ne marchera jamais. On ne peut pas changer la nature humaine&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est l&#224; l'objection la plus courante - et la plus influente - au projet socialiste. C'est le premier argument qu'on entend &#224; l'atelier, &#224; la cantine ou au caf&#233;. C'est aussi celui sur lequel s'appuient de nombreux politiciens et intellectuels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'argument antisocialiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De plus, c'est un argument accept&#233; par beaucoup de gens qui aimeraient bien changer le monde mais qui ne croient pas que ce soit possible. Il est m&#234;me admis par des gens qui se disent socialistes, comme de nombreux membres et &#233;lecteurs du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; ou du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt;. Le r&#233;sultat, c'est qu'ils r&#233;duisent l'id&#233;e socialiste &#224; un vague am&#233;nagement du syst&#232;me plut&#244;t que d'essayer de le changer compl&#232;tement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'argument de la nature humaine est tr&#232;s utile aux adversaires d&#233;clar&#233;s du socialisme. Il est bref, pr&#233;cis et convaincant - une r&#233;ponse courte qui semble clore le d&#233;bat. Il se relie &#224; d'autres id&#233;es largement admises, comme par exemple&#160;: &#034;&lt;i&gt;Il y aura toujours des gens au sommet&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;Les humains sont fondamentalement &#233;go&#239;stes&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;Il y en a toujours qui en veulent plus que les autres&lt;/i&gt;&#034;, &#034;&lt;i&gt;Les r&#233;volutions finissent toujours par des tyrannies&lt;/i&gt;&#034;, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette opinion se nourrit de la vieille id&#233;e chr&#233;tienne que nous sommes tous n&#233;s souill&#233;s par le p&#233;ch&#233; originel, transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration depuis Adam et Eve et le paradis terrestre. L'id&#233;e qu'il y aurait dans la nature humaine une esp&#232;ce de tare de base, emp&#234;chant toute v&#233;ritable &#233;galit&#233; et toute coop&#233;ration entre les &#234;tres, semble fournir une explication toute faite &#224; tous les maux de l'univers - comme par exemple le racisme ou le sexisme. Des probl&#232;mes politiques particuliers, comme la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la R&#233;volution Russe en dictature stalinienne, ou l'&#233;chec apparent du socialisme en Europe de l'Est et en Chine, sont aussi mis au compte de la nature humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces id&#233;es s'appuient sur le v&#233;cu personnel de chacun. Qui n'a pas vu des individus se livrer &#224; une comp&#233;tition acharn&#233;e pour la r&#233;ussite, ou &#233;t&#233; trahi par un ami cher, ou d&#233;go&#251;t&#233; par l'apathie et l'&#233;go&#239;sme de ses semblables&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ces exp&#233;riences ont contribu&#233; &#224; faire de l'argument de la nature humaine une simple &#233;vidence de &#034;bon sens&#034;. Cela dit, nous allons voir qu'il est compl&#232;tement faux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La nature humaine est changeante&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi dit-on que la nature humaine emp&#234;chera toujours le socialisme de devenir r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On pr&#233;tend qu'il existe un ensemble de caract&#233;ristiques, de sch&#233;mas de comportement et d'attitudes fondamentales communs &#224; tous - ou presque - les &#234;tres humains, qui sont incompatibles avec la mise en place d'une soci&#233;t&#233; sans classe, bas&#233;e sur la propri&#233;t&#233; commune et le contr&#244;le de tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En particulier, on affirme que la plupart des gens sont de fa&#231;on inn&#233;e avides et ambitieux, qu'ils veulent plus que leur juste part des biens mat&#233;riels et n'aspirent qu'&#224; dominer leurs semblables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout examen s&#233;rieux du comportement humain, m&#234;me dans notre soci&#233;t&#233;, prouve que tout cela n'est pas vrai. Bien s&#251;r, il y a quantit&#233; d'exemples de cupidit&#233; et de volont&#233; de puissance - regardez les hommes politiques v&#233;reux de droite et de gauche &#8211; Chirac, Strauss-Kahn, Tib&#233;ri ou Roland Dumas, ou bien le genre de politicien qui gagne r&#233;guli&#232;rement aux &#233;lections pr&#233;sidentielles am&#233;ricaines. En fait, on trouve beaucoup plus d'exemples de sacrifice, de courage et de solidarit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des humains risquent leur vie pour en sauver d'autres de la catastrophe. Nelson Mandela a pass&#233; 27 ans en prison pour la cause en laquelle il croyait, des &#233;tudiants et des travailleurs ont fait face aux tanks sur la place Tiananmen &#224; P&#233;kin en 1989. Les exemples quotidiens abondent&#160;: des parents qui se sacrifient pour leurs enfants handicap&#233;s, des travailleurs sociaux qui choisissent des emplois tr&#232;s mal r&#233;mun&#233;r&#233;s plut&#244;t que de chercher &#224; gagner de hauts salaires dans un bureau ou une entreprise commerciale, ou encore la grande g&#233;n&#233;rosit&#233; de ceux qui r&#233;pondent aux appels &#224; la charit&#233; publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque sont abord&#233;s des probl&#232;mes comme la protection sociale, les sans-abri, la retraite ou l'exclusion, l'opinion publique est essentiellement g&#233;n&#233;reuse et sensible. Sous le gouvernement Jupp&#233;, alors que la pens&#233;e unique n&#233;olib&#233;rale semblait toute-puissante, une large majorit&#233; a soutenu les travailleurs du secteur public en gr&#232;ve pour d&#233;fendre la s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque des gouvernements s'engagent dans des guerres brutales et sanguinaires, ils savent qu'ils ne pourront avoir le soutien de l'opinion qu'en invoquant des pr&#233;textes &#034;&lt;i&gt;humanitaires&lt;/i&gt;&#034;. Les Fran&#231;ais et les Anglais ont justifi&#233; leur entr&#233;e dans la Premi&#232;re Guerre mondiale par la n&#233;cessit&#233; de voler au secours de la pauvre petite Belgique agress&#233;e par le &#034;&lt;i&gt;militarisme prussien&lt;/i&gt;&#034;. De m&#234;me, l'Otan a justifi&#233; son intervention dans les Balkans par la d&#233;fense des Albanais du Kosovo menac&#233;s de &#034;&lt;i&gt;nettoyage ethnique&lt;/i&gt;&#034; par les ignobles Serbes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas de d&#233;montrer que les hommes sont naturellement altruistes. Mais il est idiot de pr&#233;tendre qu'ils sont, de fa&#231;on inn&#233;e et irr&#233;m&#233;diable, cupides et &#233;gocentriques. Certains sacrifieront tout pour leur famille mais ne l&#232;veront pas le petit doigt pour leur voisin en difficult&#233;. D'autres r&#233;pondront g&#233;n&#233;reusement aux appels &#224; la charit&#233; mais laisseront leurs enfants dans le besoin. Il y a des personnes qui sont capables d'une immense sympathie pour les animaux mais n'ont que m&#233;pris pour leurs semblables, et vice-versa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;pend des circonstances, selon que les gens se sentent vuln&#233;rables et menac&#233;s, ou bien forts et s&#251;rs d'eux-m&#234;mes. Ou si le probl&#232;me qui leur est pos&#233; se relie aux attitudes dans lesquelles ils ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s, ou qu'ils ont adopt&#233;es au cours de leur vie. En bref, les humains changent en m&#234;me temps que leurs conditions d'existence et leur v&#233;cu se modifient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vrai des individus. C'est encore plus vrai, l'histoire le montre, des soci&#233;t&#233;s et des classes sociales. Prenons l'exemple de la R&#233;volution Russe, dont le d&#233;nouement est cens&#233; prouver le caract&#232;re immuable de la nature humaine. En r&#233;alit&#233;, c'est le contraire qu'elle d&#233;montre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, le peuple russe a souffert et a &#233;t&#233; opprim&#233; par le despotisme des tsars. C'&#233;tait le pays de la plus profonde ignorance, de la plus stupide superstition, des attitudes les plus odieuses envers les femmes, du plus abject antis&#233;mitisme. Pour l'observateur superficiel, c'&#233;tait comme s'il y avait eu quelque chose d'enracin&#233; dans &#034;&lt;i&gt;l'&#226;me slave&lt;/i&gt;&#034; qui portait les Russes &#224; de telles attitudes (&#224; la diff&#233;rence des Fran&#231;ais, enfants des &#034;droits de l'homme&#034; et de la d&#233;mocratie).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soudain, en 1905, et encore en 1917, ce m&#234;me peuple russe se rebelle contre son tsar, &#034;&lt;i&gt;petit p&#232;re des peuples&lt;/i&gt;&#034;. Il fait gr&#232;ve, manifeste, se livre &#224; l'&#233;meute, s'insurge - et fait la plus grande r&#233;volution de l'histoire humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;volution mit la soci&#233;t&#233; cul par-dessus t&#234;te&#160;: elle se s'empara des usines, donna la terre aux paysans, retira la Russie de la guerre imp&#233;rialiste. Elle accorda aux minorit&#233;s nationales le droit &#224; l'autod&#233;termination, mit en place l'&#233;galit&#233; compl&#232;te des hommes et des femmes, &#233;lut un Juif (L&#233;on Trotsky) pr&#233;sident des conseils ouvriers de la capitale et le mit &#224; la t&#234;te de ses arm&#233;es r&#233;volutionnaires. Pour notre m&#234;me observateur, il semblait d&#232;s lors que c'&#233;tait la nature du peuple russe que de br&#251;ler d'une grossi&#232;re ardeur r&#233;volutionnaire, encore une fois &#224; l'inverse du Fran&#231;ais &#034;&lt;i&gt;raffin&#233;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, dans les ann&#233;es 1920 et 1930, cette r&#233;volution fut renvers&#233;e par la bureaucratie stalinienne qui &#233;crasa sous sa botte les ouvriers et les paysans, condamna des millions de personnes &#224; la famine ou &#224; l'extermination dans les camps de travail sib&#233;riens. Pour notre connaisseur du caract&#232;re russe, c'&#233;tait la confirmation de leur go&#251;t ind&#233;crottable pour la tyrannie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la &#034;&lt;i&gt;nature&lt;/i&gt;&#034; du peuple russe - ses attitudes collectives, sa psychologie et ses sch&#233;mas de comportement, qui d'ailleurs diff&#232;rent selon les classes sociales - s'av&#233;ra changeante dans des circonstances mat&#233;rielles changeantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'interminable r&#232;gne des tsars, avec son corollaire psychologique de servilit&#233;, s'appuyait sur l'arri&#233;ration extr&#234;me de l'&#233;conomie russe. La chute du tsarisme et la mont&#233;e de l'enthousiasme r&#233;volutionnaire &#233;taient enracin&#233;es dans le mode particulier de d&#233;veloppement du capitalisme en Russie, avec une classe capitaliste faible confront&#233;e &#224; une puissante classe ouvri&#232;re capable de rassembler les masses rurales derri&#232;re elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'effondrement de la r&#233;volution et le triomphe du stalinisme, avec le retour apparent de l'apathie, de la r&#233;signation et de la docilit&#233;, &#233;taient les produits de l'isolement, apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution &#224; l'Ouest, et de l'an&#233;antissement presque total de la classe ouvri&#232;re dans la terrible guerre civile de 1918-1921.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des circonstances changeantes produisirent une &#034;&lt;i&gt;nature humaine&lt;/i&gt;&#034; modifi&#233;e.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;montre l'examen approfondi de ces vingt ann&#233;es de l'histoire russe appara&#238;t de fa&#231;on tout aussi claire dans l'histoire de l'humanit&#233; dans son ensemble. Des sch&#233;mas de comportement consid&#233;r&#233;s comme immuables et &#233;ternels par certaines soci&#233;t&#233;s dans des &#233;poques donn&#233;es sont rejet&#233;s comme compl&#232;tement antinaturels par d'autres soci&#233;t&#233;s dans d'autres p&#233;riodes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la majorit&#233; des Fran&#231;ais du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la traite des noirs &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une institution parfaitement normale. L'esclavage &#233;tait le r&#233;sultat de l'inf&#233;riorit&#233; naturelle des Africains. Vers le milieu du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cependant, il &#233;tait d&#233;sormais per&#231;u comme une intol&#233;rable violation de la personne humaine. Aux Etats-Unis, ces deux visions de la nature et des droits des Noirs coexistaient et s'affrontaient, l'une dans le Nord, l'autre dans le Sud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les indig&#232;nes am&#233;ricains, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du sol n'&#233;tait pas imaginable. Pour le propri&#233;taire terrien du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, c'&#233;tait l'un des droits de l'homme les plus &#034;&lt;i&gt;sacr&#233;s&lt;/i&gt;&#034;. Pour les Grecs anciens, l'homosexualit&#233; constituait la forme la plus &#233;lev&#233;e de l'amour. Pour les Anglais de l'&#233;poque victorienne, c'&#233;tait la plus honteuse. Pour les habitants de l'Inde traditionnelle, le mariage arrang&#233; par la famille a &#233;t&#233; la norme pendant des si&#232;cles. Pour les occidentaux d'aujourd'hui c'est quelque chose d'inacceptable et de r&#233;voltant. Changent les conditions sociales, et change la &#034;&lt;i&gt;nature humaine&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces exemples pourraient &#234;tre multipli&#233;s &#224; l'infini. Ils t&#233;moignent de l'infinie mutabilit&#233; des attitudes humaines, de la morale et du comportement. Ils mettent en &#233;vidence le r&#244;le majeur jou&#233; dans le fa&#231;onnement de la vie humaine par la culture - ce qui est socialement acquis plut&#244;t que g&#233;n&#233;tiquement h&#233;rit&#233;. Ils montrent aussi &#224; quel point la culture &#233;volue en fonction des circonstances concr&#232;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#234;tres humains changent selon les circonstances. Cela ne veut pas dire que la nature humaine n'existe absolument pas, comme les r&#233;volutionnaires ont souvent &#233;t&#233; tent&#233;s de l'affirmer pour se soustraire &#224; l'argument antisocialiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, nier globalement l'existence d'une nature humaine permanente pose de s&#233;rieux probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, cela peut amener &#224; consid&#233;rer les hommes comme ind&#233;finiment manipulables, et sugg&#233;rer qu'un r&#233;gime totalitaire contr&#244;lant compl&#232;tement les m&#233;dias et l'&#233;ducation des enfants peut faire des gens ce qu'il veut et &#233;liminer toute possibilit&#233; de r&#233;volte. Il est clair que ce n'est pas le cas. Pas plus dans l'Allemagne hitl&#233;rienne que dans la Russie de Staline - les r&#233;gimes totalitaires les plus intenses qui aient jamais exist&#233; - les dirigeants n'ont &#233;t&#233; capables de supprimer toute r&#233;sistance et toute pens&#233;e libre. M&#234;me dans les camps de concentration, des hommes ont organis&#233; la r&#233;sistance et se sont battus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a toujours une limite &#224; la capacit&#233; de l'&#201;tat &#224; laver les cerveaux, et cette limite est atteinte lorsque, entre autres choses, l'oppression entre en conflit avec les besoins humains les plus &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, sugg&#233;rer que la nature humaine n'existe pas implique qu'il n'y aurait pas de caract&#233;ristiques communes &#224; tous les hommes, les diff&#233;renciant des autres cr&#233;atures. Tout d&#233;montre le contraire. Si c'&#233;tait vrai, il ne serait tout simplement pas possible de parler d'esp&#232;ce humaine, ou d'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, que peut-on dire de la nature humaine&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons par la biologie. Les hommes sont une esp&#232;ce biologique particuli&#232;re, poss&#233;dant un code g&#233;n&#233;tique sp&#233;cifique. Ce code g&#233;n&#233;tique d&#233;termine la structure physique fondamentale des &#234;tres humains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, en derni&#232;re analyse, cette nature biologique n'est ni fixe ni &#233;ternelle. Mais le rythme de l'&#233;volution est tr&#232;s lent, et d'un ordre compl&#232;tement diff&#233;rent de celui du d&#233;veloppement historique. Les hommes d'aujourd'hui ne sont pas biologiquement diff&#233;rents de leurs anc&#234;tres d'il y a 10.000 ou 20.000 ans. Dans le cadre de la question qui nous occupe, &#224; savoir la faisabilit&#233; du socialisme, la nature physique des humains peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme constante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nature physique assigne aux hommes un certain nombre de besoins communs et de capacit&#233;s communes, qui sont les fondements de la nature humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les plus basiques et les moins contestables de ces besoins sont l'air, la nourriture et l'eau, puis l'habillement, le logement et la chaleur. Il y a un besoin de sommeil, d'une certaine forme de suivi parental - les humains, &#224; la diff&#233;rence des animaux, mettant de nombreuses ann&#233;es &#224; devenir autonomes - d'une activit&#233; sexuelle permettant la continuit&#233; de l'esp&#232;ce, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les capacit&#233;s comportent les cinq sens, un cerveau volumineux, la position verticale, des mains pouvant effectuer des op&#233;rations pr&#233;cises, des cordes vocales permettant la parole, etc. On pourrait objecter que les hommes ne partagent pas l'ensemble de ces capacit&#233;s - certains naissent aveugles, sourds ou handicap&#233;s - mais ce sont l&#224; des exceptions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces besoins et ces capacit&#233;s, partag&#233;s par tous les hommes, dans toutes les soci&#233;t&#233;s et &#224; toutes les &#233;poques, durant les 20 ou 30.000 derni&#232;res ann&#233;es, constituent les fondations de la nature humaine. Cela dit, c'est la fa&#231;on dont ces capacit&#233;s sont utilis&#233;es pour satisfaire ces besoins qui fait des &#234;tres humains une esp&#232;ce diff&#233;rente de toutes les autres. Les hommes pourvoient &#224; leurs besoins en travaillant ensemble pour produire leurs moyens de subsistance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r, les animaux travaillent aussi dans un certain sens&#160;: les &#233;cureuils amassent des noix, les lions chassent, les castors construisent des digues, les oiseaux b&#226;tissent leurs nids, certains gorilles utilisent des b&#226;tons comme outils, etc. Le travail humain, lui, s'est d&#233;velopp&#233; progressivement pour devenir quelque chose de plus &#233;volu&#233; que cela. La production syst&#233;matique et consciente d'outils - appel&#233;s moyens de production - a &#233;norm&#233;ment am&#233;lior&#233; les capacit&#233;s productives du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que le travail des animaux demeure essentiellement instinctif, et donc r&#233;p&#233;titif &#224; travers les g&#233;n&#233;rations, le travail humain est appris et se d&#233;veloppe - d'abord lentement et ensuite &#224; un rythme qui s'acc&#233;l&#232;re. Le travail animal laisse l'environnement pratiquement inchang&#233;, ou ne le modifie que tr&#232;s peu, le travail humain, par contre, transforme progressivement le cadre de vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le caract&#232;re social du travail est &#233;galement d'une importance fondamentale. Le philosophe grec Aristote a d&#233;fini l'homme comme un &#034;animal social&#034;&#160;: les humains ont toujours v&#233;cu en groupes, jamais isol&#233;s. De m&#234;me, leur travail a toujours &#233;t&#233;, depuis les temps les plus recul&#233;s, de nature sociale et coop&#233;rative. Lorsque les hommes de l'&#226;ge de pierre chassaient, ils le faisaient collectivement, en bande ou en groupe nomade.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est tr&#232;s probablement ce travail coop&#233;ratif qui a provoqu&#233; l'apparition d'une autre caract&#233;ristique de base des &#234;tres humains, le langage. Toutes les soci&#233;t&#233;s humaines connues se sont d&#233;velopp&#233;es au point de poss&#233;der une langue d'une grande complexit&#233;. A son tour, le langage constitue un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif dans l'&#233;laboration de la conscience sociale. La culture peut alors &#234;tre apprise, et transmise d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ce stade, nous pouvons r&#233;sumer le traits principaux de la &#034;nature humaine&#034;. Les hommes sont une esp&#232;ce biologique distincte, porteuse d'un certain nombre de besoins fondamentaux communs qui sont satisfaits par le travail social coop&#233;ratif, qui m&#232;ne au d&#233;veloppement du langage, de la conscience sociale et de la culture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment le plus important de cette d&#233;finition de la nature humaine r&#233;side en ceci qu'en m&#234;me temps qu'elle &#233;tablit une certain nombre de continuit&#233;s essentielles, elle comporte aussi l'aspect dynamique qui est celui du travail social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps que les humains transforment leur environnement, ils se modifient aussi eux-m&#234;mes, ainsi que leur relation avec les autres. En exer&#231;ant leur capacit&#233; &#224; satisfaire leurs besoins, ils augmentent et d&#233;veloppent leur comp&#233;tence - &#034;&lt;i&gt;L'app&#233;tit vient en mangeant&lt;/i&gt;&#034;, disait Marx. En m&#234;me temps qu'ils sont satisfaits, ces besoins s'&#233;largissent et de nouveaux surgissent. Le besoin de nourriture en tant que tel devient le d&#233;sir d'une nourriture d'une certaine qualit&#233;. Le besoin d'habillement se d&#233;veloppe, &#224; partir de peaux et de fourrures, en un besoin d'argent pour acqu&#233;rir des v&#234;tements dans des boutiques de pr&#234;t-&#224;-porter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les formes de la production changent avec l'organisation de la soci&#233;t&#233;. En passant de la chasse et de la cueillette &#224; l'agriculture, et de l'agriculture &#224; l'artisanat et &#224; l'industrie, nous passons du clan nomade au village, et de celui-ci &#224; la ville et &#224; la nation moderne. Au cours de ce processus, le comportement et la nature humaine changent radicalement. Comme dit Marx dans le Manifeste Communiste&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es des hommes, leurs vues et leurs conceptions, en bref, la conscience humaine, changent avec les modifications de leur existence mat&#233;rielle, dans leurs rapports sociaux et dans leur vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La nature humaine est loin d'&#234;tre immuable. Bien au contraire, la capacit&#233; de changement et de d&#233;veloppement en est un &#233;l&#233;ment essentiel. C'est l'un des traits fondamentaux qui diff&#233;rencient les hommes des animaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, si la nature humaine est telle que nous l'avons d&#233;crite, est-elle fondamentalement &#034;&lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt;&#034; ou &#034;&lt;i&gt;mauvaise&lt;/i&gt;&#034;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La signification de &#034;bon&#034;, c'est ce qui est au service de l'homme et contribue &#224; satisfaire ses besoins et &#224; poursuivre son d&#233;veloppement. Ce qui est &#034;mauvais&#034;, c'est ce qui est contraire &#224; la nature humaine, l'emp&#234;che d'agir dans le sens de ses besoins et de son &#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle ce que les gens consid&#232;rent comme bon ou mauvais varie selon les p&#233;riodes historiques. Les circonstances changent, les besoins changent et la morale change. Ceci s'applique aux diff&#233;rentes classes sociales &#224; des &#233;poques diverses - leurs conditions d'existence diff&#232;rent, leurs int&#233;r&#234;ts sont oppos&#233;s et par cons&#233;quent elles d&#233;veloppent des morales diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le capitalisme et la nature humaine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme tout le reste, le capitalisme en tant que syst&#232;me &#233;conomique est perp&#233;tuellement changeant. Le capitalisme aujourd'hui est tr&#232;s diff&#233;rent de ce qu'il &#233;tait &#224; l'&#233;poque de Karl Marx et de Napol&#233;on &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Marx &#233;crivait &lt;i&gt;Le Manifeste Communiste&lt;/i&gt;, en 1848, le capitalisme n'&#233;tait r&#233;ellement install&#233; que dans une partie de l'Europe de l'Ouest et en Am&#233;rique du Nord. Aujourd'hui, il domine le monde. En 1848, les principales unit&#233;s de production capitalistes &#233;taient de petites usines, appartenant &#224; des individus ou &#224; des familles. Aujourd'hui, le capitalisme est domin&#233; par des firmes multinationales g&#233;antes comme Exxon, Ford ou &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ICI&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand Friedrich Engels r&#233;digea La condition des masses laborieuses en Angleterre, en 1844, les ouvriers de Manchester, y compris les enfants, travaillaient 12 &#224; 14 heures par jour pour des salaires de mis&#232;re, et vivaient dans des sous-sols. Aujourd'hui, les ouvriers de Manchester ont consid&#233;rablement am&#233;lior&#233; leur sort, mais des conditions aussi terribles, et m&#234;me pires, peuvent &#234;tre rencontr&#233;es &#224; Calcutta, au Caire ou &#224; Rio de Janeiro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; ces changements et beaucoup d'autres, certains traits fondamentaux subsistent, qui identifient le syst&#232;me &#233;conomique comme capitaliste. Les plus importants sont les suivants&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Les moyens de production essentiels (comme les usines, la terre, les machines et les moyens de transport) sont poss&#233;d&#233;s ou contr&#244;l&#233;s par une petite minorit&#233; de la population - les capitalistes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La grande majorit&#233; de la population n'ayant aucun acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; ou au contr&#244;le des moyens de production, elle est contrainte, pour gagner sa vie, de vendre sa force de travail &#224; ces capitalistes. De plus, elle est oblig&#233;e de vendre cette force de travail &#224; des conditions qui permettent aux capitalistes d'en extraire un surplus, ou profit.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les moyens de production sont r&#233;partis entre les diff&#233;rents capitalistes (qu'ils soient des individus, des groupes ou des Etats capitalistes) qui produisent en comp&#233;tition les uns contre les autres. La mesure de cette concurrence est le profit. La course continue au profit oblige ceux qui contr&#244;lent les unit&#233;s de production capitalistes &#224; exploiter leurs salari&#233;s au maximum.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du capitalisme ont toujours expliqu&#233; que tout ceci correspond en quelque sorte &#224; la &#034;nature humaine&#034;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a pu y avoir un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233; dans cet argument. Lorsque le capitalisme est apparu comme syst&#232;me (Il y a entre 500 et 200 ans), il poss&#233;dait la capacit&#233; de satisfaire les besoins humains fondamentaux, comme la nourriture, les v&#234;tements et le logement, mieux que ne l'avait fait le vieil ordre f&#233;odal. Tout le reste n'est qu'absurdit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, il est absurde de proclamer que le comportement fa&#231;onn&#233; par le capitalisme est &#034;naturel&#034; ou instinctif, alors que le d&#233;veloppement humain a mis deux millions d'ann&#233;es pour parvenir au capitalisme. Pas plus le commerce de marchandises en g&#233;n&#233;ral que l'achat et la vente de travail (les traits centraux du capitalisme) n'apparaissent o&#249; que ce soit dans le monde naturel ou dans les premiers temps de l'histoire humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien au contraire, l'histoire montre que les gens n'ont pu &#234;tre amen&#233;s &#224; vendre leur force de travail &#224; un employeur que lorsqu'ils ont &#233;t&#233; priv&#233;s de toute possibilit&#233; de gagner leur vie en travaillant pour eux-m&#234;mes. Ce fut particuli&#232;rement le cas en Angleterre par la fermeture des terrains communaux entre le 15&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et le 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La constitution d'une classe assez riche pour investir dans l'industrie et acheter la force de travail sur une grande &#233;chelle n&#233;cessitait un processus extr&#234;mement brutal, que Marx a appel&#233; &#034;l'accumulation primitive du capital&#034;. Celle-ci impliquait la mise en esclavage de millions d'Africains et leur transport en Am&#233;rique, le g&#233;nocide de la plus grande partie des populations indig&#232;nes d'Am&#233;rique centrale et m&#233;ridionale, le pillage et l'appauvrissement de l'Inde et de l'Extr&#234;me-Orient, et d'autres barbaries innombrables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, pour parvenir &#224; &#233;tablir leur domination, le capitalisme et la classe capitaliste ont d&#251; mener toute une s&#233;rie de luttes r&#233;volutionnaires violentes et de guerres civiles contre la vieille aristocratie f&#233;odale, allant jusqu'&#224; couper la t&#234;te du roi en Angleterre et en France. On peut voir qu'il n'y a rien eu de particuli&#232;rement &#034;naturel&#034; dans l'av&#232;nement et le d&#233;veloppement du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est &#233;galement faux de dire que le capitalisme fait de l'int&#233;r&#234;t individuel &#233;go&#239;ste la force motrice de la production. Le moteur du capitalisme, c'est le profit, mais les profits ne sont accessibles qu'&#224; l'infime minorit&#233; de la population qui poss&#232;de le capital. Pour la grande majorit&#233; des individus, le capitalisme est bas&#233; au contraire sur le d&#233;ni de l'int&#233;r&#234;t personnel. C'est la raison pour laquelle les patrons supplient en permanence leurs ouvriers de cesser de trop demander. C'est aussi pour cela que les employeurs ont toujours essay&#233; de faire voter des lois restreignant les droits des travailleurs &#224; poursuivre la satisfaction de leurs int&#233;r&#234;ts au moyen de leurs syndicats. La R&#233;volution Fran&#231;aise n'est pas seulement la m&#232;re des &#034;Droits de l'Homme et du Citoyen&#034;. Elle est aussi celle de la Loi Le Chapelier (1791) interdisant toute coalition ouvri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin d'&#234;tre l'expression de la nature humaine, le capitalisme s'empare de l'&#233;l&#233;ment le plus important de la nature humaine - la capacit&#233; de travail - et le d&#233;figure compl&#232;tement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En traitant le travail comme une marchandise qui se vend et s'ach&#232;te, le capitalisme le rend &#233;tranger au travailleur. Au lieu d'&#234;tre le moyen par lequel les &#234;tres humains transforment consciemment la nature pour satisfaire des besoins individuels et collectifs, le travail devient la seule fa&#231;on d'obtenir l'argent n&#233;cessaire &#224; la survie sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs perdent tout contr&#244;le de leur &#233;nergie cr&#233;atrice, qui se trouve r&#233;duite &#224; une t&#226;che r&#233;p&#233;titive, souvent idiote, physiquement et psychologi-quement destructive. Le r&#233;sultat, c'est qu'ils passent 40 ou 50 ans de leur vie &#224; faire un m&#233;tier qu'ils d&#233;testent, ou qu'ils supportent &#224; peine, qui &#233;puise leur corps et brise leur &#226;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le capitalisme va jusqu'&#224; priver des millions d'individus de la simple possibilit&#233; de travailler, les jetant au ch&#244;mage d&#232;s que leur travail ne produit plus un profit suffisant. Ainsi, ce qui est essentiel &#224; tout &#234;tre humain, qui est accessible aux &#034;sauvages&#034; qui chassent et cueillent - la possibilit&#233; de s'engager dans un labeur socialement utile &#8211; se trouve interdit &#224; de larges masses d'&#234;tres humains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ali&#233;nation du travail n'affecte pas seulement l'atelier ou le bureau. Elle produit son effet sur l'ensemble des relations sociales. Les rapports entre travailleurs, entre parents et enfants, entre hommes et femmes, les relations amoureuses et sexuelles, en sont fauss&#233;s, d&#233;figur&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gens se traitent mutuellement comme des objets ou des marchandises ind&#233;finiment utilisables et manipulables. Le sexe lui-m&#234;me devient un produit de consommation, et on l'utilise pour vendre d'autres denr&#233;es. Souvent les individus les plus ali&#233;n&#233;s et les plus maltrait&#233;s cherchent &#224; compenser leur impuissance et leur oppression, au travail ou dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, en infligeant toutes sortes de tourments &#224; d'autres, plus vuln&#233;rables qu'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien de tout cela n'est naturel, ou l'&#339;uvre de la nature humaine. C'est le produit d'un syst&#232;me qui viole la nature humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;finitive, le capitalisme est singuli&#232;rement inapte &#224; satisfaire les besoins les plus fondamentaux des &#234;tres humains - le besoin d'eau, de nourriture, de v&#234;tements et de logement. La production alimentaire d&#233;passe la croissance d&#233;mographique, des &#034;lacs de vin&#034; et des &#034;montagnes de viande&#034; sont accumul&#233;s, pendant que des dizaines de millions d'&#234;tres ont faim. Des millions et des millions d'hommes souffrent et meurent de maladies faciles &#224; soigner et &#224; pr&#233;venir. Dans des pays riches comme la France ou les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt; les ressources existent pour construire des h&#244;tels de luxe et des bureaux. Pourtant des gens dorment dans la rue parce qu'ils n'ont pas d'abri pour la nuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est ni naturel ni impos&#233; par la nature. Les soi-disant &#034;primitifs&#034; du Kalahari sont capables d'extraire d'un quasi-d&#233;sert, par la chasse et la cueillette, un meilleur r&#233;gime alimentaire que des millions d'hommes qui meurent de famines provoqu&#233;es par d'autres hommes, ou qui subsistent tant bien que mal dans les bas-fonds des grandes m&#233;tropoles. Les esquimaux sont capables de construire, &#224; partir de blocs de glace, un abri plus chaud que les emballages de carton dont s'enveloppent ceux qui dorment dans les rues de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces horreurs se produisent parce que le capitalisme r&#233;serve l'acc&#232;s aux n&#233;cessit&#233;s de la vie &#224; ceux qui ont un &#034;pouvoir d'achat&#034; suffisant, en m&#234;me temps qu'il emp&#234;che les plus larges masses humaines d'obtenir ce pouvoir d'achat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans sa qu&#234;te effr&#233;n&#233;e du profit, le capitalisme en arrive &#224; empoisonner l'air et l'eau, mena&#231;ant de destruction l'environnement naturel qui a produit et entretenu la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le socialisme et la nature humaine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si, du point de vue de la nature humaine, le capitalisme semble condamn&#233;, qu'en est-il du socialisme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous acceptons l'existence, au minimum, d'une nature humaine de base, n'est-il pas possible qu'il y ait, profond&#233;ment enracin&#233;es en elle, des caract&#233;ristiques qui emp&#234;chent la r&#233;alisation d'une soci&#233;t&#233; sans classes, d'une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e, dans laquelle tous seraient &#233;gaux et libres&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? N'y a-t-il pas, peut-&#234;tre, une volont&#233; de puissance ou un besoin de domination irr&#233;ductible, qui fait que la soci&#233;t&#233; sera toujours divis&#233;e entre ceux qui dirigent et ceux qui sont dirig&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Se pourrait-il que l'existence d'in&#233;galit&#233;s physiques naturelles entre les individus forme un obstacle incontournable &#224; l'&#233;galit&#233; sociale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pouvons donner une r&#233;ponse concr&#232;te et simple &#224; ces questions. Pendant des dizaines, probablement des centaines de milliers d'ann&#233;es, les &#234;tres humains ont v&#233;cu dans des soci&#233;t&#233;s sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sans divisions de classe, sans dirigeants et sans Etat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les recherches arch&#233;ologiques montrent que les premiers outils &#8211; de silex &#8211; datent d'environ 2,5 millions d'ann&#233;es. De cette &#233;poque jusqu'&#224; il y a 10.000 ans, les humains ont v&#233;cu comme des pr&#233;dateurs opportunistes, puis comme des chasseurs-cueilleurs, organis&#233;s essentiellement en petits groupes nomades.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant toute cette p&#233;riode, il n'y eut ni agriculture, ni poterie, ni moyens de transport. Il n'&#233;tait possible ni pour la communaut&#233;, ni pour aucun des individus la composant, d'accumuler un surplus de biens au-del&#224; de ce qui &#233;tait n&#233;cessaire &#224; la survie quotidienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'absence d'un tel surplus, il ne pouvait y avoir de division de la soci&#233;t&#233; en classes, avec une couche de gens au sommet vivant du travail de ceux d'en bas. Il ne pouvait pas davantage y avoir de dirigeants permanents disposant de corps sp&#233;ciaux d'hommes arm&#233;s pour assurer leur pouvoir. Tout le monde &#233;tait occup&#233; &#224; la production des n&#233;cessit&#233;s de la vie. Ainsi, pendant 99% du temps depuis lequel ils existent comme esp&#232;ce, les humains ont v&#233;cu dans des communaut&#233;s sans classes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'existence de soci&#233;t&#233;s sans classes n'est pas seulement attest&#233;e par la recherche arch&#233;ologique ou la d&#233;duction logique. Des groupes se livrant &#224; la chasse et &#224; la cueillette ont surv&#233;cu jusqu'&#224; l'&#233;poque moderne avec un mode de vie similaire, qui peut &#234;tre observ&#233; par l'anthropologie scientifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un bon exemple est constitu&#233; par les&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!Kung San du Kalahari, en Afrique m&#233;ridionale, qui ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s par un certain nombre d'anthropologues, parmi lesquels l'am&#233;ricain Richard Lee.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!Kung habitent le d&#233;sert du Kalahari depuis au moins 10.000 ans. Ils vivent en petits groupes d'une trentaine de personnes, d&#233;pla&#231;ant leur campement tous les quinze jours. Ils accumulent tr&#232;s peu de biens mat&#233;riels, rien de plus que ce qu'ils peuvent transporter lorsqu'ils se d&#233;placent, mais ils poss&#232;dent une tr&#232;s riche culture orale. Une connaissance d&#233;taill&#233;e de leur environnement leur permet d'acc&#233;der &#224; un mode vie au jour le jour satisfaisant. La nourriture, chass&#233;e ou cueillie, est partag&#233;e collectivement par la communaut&#233;. Richard Lee &#233;crit&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La pratique du partage impr&#232;gne profond&#233;ment le comportement et les valeurs des&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!Kung, &#224; l'int&#233;rieur de la famille aussi bien que dans les rapports entre familles&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de la m&#234;me fa&#231;on que le principe de profit et de rationalit&#233; est central dans l'&#233;thique capitaliste, le partage est fondamental dans la conduite de la vie sociale des soci&#233;t&#233;s de chasse et de cueillette.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!Kung sont profond&#233;ment &#233;galitaires. Non seulement ils ne sont pas divis&#233;s en riches et pauvres, mais ils n'ont ni chefs ni dirigeants. Richard Lee leur demanda un jour s'ils avaient des chefs. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Bien s&#251;r que nous avons des chefs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, fut la r&#233;ponse. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;En fait nous sommes tous des chefs, chacun d'entre nous est son propre chef&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;sumant les le&#231;ons de son travail de terrain parmi les&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!Kung et de sa connaissance d'autres soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs, Richard Lee &#233;crit&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le partage communautaire des ressources alimentaires ait &#233;t&#233; directement observ&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es parmi les&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!Kung et des douzaines d'autres groupes similaires est une d&#233;couverte dont il n'est pas possible d'exag&#233;rer l'importance. Son caract&#232;re universel dans les soci&#233;t&#233;s de chasse-cueillette apporte un soutien puissant &#224; la th&#233;orie d&#233;velopp&#233;e par Marx et Engels selon laquelle un stade de communisme primitif a &#233;t&#233; dominant avant l'apparition de l'&#201;tat et l'&#233;clatement de la soci&#233;t&#233; en classes&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; d'une vie v&#233;ritablement communautaire est souvent ni&#233;e comme utopique, possible en th&#233;orie mais irr&#233;alisable dans la pratique. Mais la preuve du contraire nous est apport&#233;e par les soci&#233;t&#233;s vivant de chasse et de cueillette. Un mode de vie de partage n'est pas seulement possible, il a r&#233;ellement exist&#233; dans de nombreuses parties du monde et pendant de longues p&#233;riodes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette preuve n'est pas apport&#233;e dans le but de sugg&#233;rer que ce que nous trouvons dans de telles soci&#233;t&#233;s correspond &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'&#233;tat de nature&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ou que la nature humaine est &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;par essence&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; socialiste. Cela consisterait tout simplement &#224; reprendre &#224; l'envers l'argument antisocialiste, en r&#233;p&#233;tant la m&#234;me erreur de m&#233;thode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le socialisme moderne promet beaucoup plus que la simple compatibilit&#233; avec la nature humaine. Le socialisme ne signifie pas aujourd'hui un retour au communisme primitif, mais un gigantesque progr&#232;s bas&#233; sur les r&#233;alisations technologiques de mill&#233;naires de soci&#233;t&#233; de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le communisme primitif &#233;tait bas&#233; sur l'absence de tout surplus accumul&#233;. Le socialisme moderne se fonde sur le fait que les forces productives se sont d&#233;velopp&#233;es au point qu'il existe un surplus suffisant pour assurer une vie d&#233;cente &#224; tous sans que la vie des gens ordinaires soit consum&#233;e par un incessant labeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le socialisme signifie aujourd'hui se saisir de l'immense richesse, de la capacit&#233; productive, de la science et de la technologie, pour l'instant monopolis&#233;es par les soci&#233;t&#233;s multinationales, les milliardaires et leurs Etats, et les soumettre au contr&#244;le d&#233;mocratique collectif &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il apporterait &#224; suffisance nourriture, v&#234;tements et logement &#224; chacun sur la plan&#232;te, et la disparition de la famine et de la pauvret&#233;. Dans le m&#234;me mouvement, il unirait la race humaine, mettant fin &#224; l'exploitation, aux antagonismes nationaux, &#224; la guerre, au racisme et &#224; l'oppression sexuelle en supprimant les circonstances mat&#233;rielles qui les provoquent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il mettrait les gens en situation de contr&#244;ler collectivement leur propre travail et le produit de ce travail. Il surmonterait ainsi l'ali&#233;nation fondamentale et la distorsion de la nature humaine qui s'est perp&#233;tu&#233;e pendant les mill&#233;naires d'esclavage et de servage, atteignant un sommet avec le travail salari&#233; capitaliste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il transformerait et lib&#233;rerait les rapports personnels et sociaux, produirait un environnement calcul&#233; pour r&#233;pondre aux besoins et faciliter le d&#233;veloppement humain, permettrait de planifier rationnellement l'effet de l'activit&#233; humaine sur la nature, mettant fin &#224; la destruction de l'environnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un trait fondamental de la nature humaine est la cr&#233;ativit&#233; artistique. Le plus ancien objet grav&#233; date de 300.000 ans. Toutes les soci&#233;t&#233;s humaines ont leur musique et leurs danses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous le capitalisme, comme dans toutes les soci&#233;t&#233;s de classe, l'activit&#233; artistique est essentiellement le domaine des privil&#233;gi&#233;s &#8211; la cr&#233;ativit&#233; de la majorit&#233; des gens est &#233;touff&#233;e. Le socialisme lib&#233;rera cette cr&#233;ativit&#233; en &#233;largissant les loisirs et l'&#233;ducation pour tous, et r&#233;tablira l'&#233;l&#233;ment artistique de la production. Il produira une immense floraison culturelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, le socialisme ne se bornera pas &#224; satisfaire les besoins mat&#233;riels communs &#224; tous les &#234;tres humains, il apportera aussi un d&#233;veloppement &#224; tous les niveaux, un enrichissement et une croissance de la nature humaine. Ce n'est pas seulement possible. C'est n&#233;cessaire, et &#231;a vaut le coup de se battre pour cela.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pas seulement un opium&#160;: marxisme et religion</title>
		<link>https://www.quefaire.lautre.net:80/Pas-seulement-un-opium-marxisme-et</link>
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		<dc:date>2010-02-07T14:59:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>John Molyneux</dc:creator>


		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Marx</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a une vingtaine d'ann&#233;es, j'intervenais dans un meeting du Socialist Workers' Party sur le th&#232;me &#171;&#160;marxisme et religion&#160;&#187;. Je commen&#231;ai, en gros, par les mots&#160;: &#171;&#160;Aujourd'hui, en Grande Bretagne, la religion n'est - heureusement - pas une question politique importante&#160;&#187;. Ce n'est d&#233;sormais - malheureusement - plus le cas. La religion, ou plut&#244;t une religion particuli&#232;re, l'Islam, se trouve au centre du d&#233;bat politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne se passe pas un jour sans que paraisse un article sonnant l'alarme &#224; propos des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.quefaire.lautre.net:80/Marx" rel="tag"&gt;Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;https://www.quefaire.lautre.net:80/local/cache-vignettes/L118xH150/arton169-8f740.jpg&#034; width='118' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a une vingtaine d'ann&#233;es, j'intervenais dans un meeting du Socialist Workers' Party sur le th&#232;me &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;marxisme et religion&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Je commen&#231;ai, en gros, par les mots&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui, en Grande Bretagne, la religion n'est - heureusement - pas une question politique importante&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce n'est d&#233;sormais - malheureusement - plus le cas. La religion, ou plut&#244;t une religion particuli&#232;re, l'Islam, se trouve au centre du d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il ne se passe pas un jour sans que paraisse un article sonnant l'alarme &#224; propos des imams qui &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;pr&#234;chent la haine&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou d'une mosqu&#233;e tomb&#233;e aux mains des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;int&#233;gristes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, une enqu&#234;te d'opinion sur la nature profond&#233;ment vici&#233;e de l'Islam ou une discussion radiophonique sur la question de savoir si les musulmans &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mod&#233;r&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en font assez pour combattre &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; les extr&#233;mistes &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et emp&#234;cher les jeunes musulmans d'&#234;tre &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;radicalis&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ou un programme de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TV&lt;/span&gt; consacr&#233; au sort peu enviable des femmes musulmanes, ou encore une histoire &#224; faire dresser les cheveux sur la t&#234;te sur une stupidit&#233; commise au nom de l'Islam quelque part dans le monde. En me pr&#233;parant &#224; &#233;crire cet article, je suis tomb&#233; sur cette nouvelle dans l'Independent on Sunday&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#233;misme islamique cr&#233;e en Grande Bretagne des communaut&#233;s qui sont des 'zones interdites' ('no-go areas') pour les non-musulmans, avertissait hier l'&#233;v&#234;que de Rochester (...) (qui) dit que les non-musulmans sont re&#231;us avec hostilit&#233; dans les endroits o&#249; r&#232;gne en ma&#238;tresse l'id&#233;ologie des islamistes radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sans s'attarder sur l'exactitude des faits expos&#233;s, et celui-ci est &#224; l'&#233;vidence parfaitement absurde, le flot ininterrompu de ce type de commentaires a fait de l'Islam une religion en &#233;tat de si&#232;ge. La pr&#233;sentation constante de l'Islam comme un probl&#232;me et la diabolisation des musulmans ont cr&#233;&#233; un ph&#233;nom&#232;ne qui a acquis droit de cit&#233; sous le nom d'islamophobie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les lecteurs de cette revue, la raison de tout cela n'est pas myst&#233;rieuse. Ce n'est pas l'expression d'une quelconque hostilit&#233; visc&#233;rale des chr&#233;tiens envers l'Islam, qui remonterait aux Croisades ou au conflit avec l'Empire ottoman (m&#234;me si ces atavismes sont parfois mobilis&#233;s sur le plan id&#233;ologique). C'est plut&#244;t parce que la majorit&#233; des peuples vivant au dessus des plus importantes r&#233;serves mondiales de p&#233;trole et de gaz naturel se trouvent &#234;tre musulmans, et, &#224; titre secondaire, parce que depuis la R&#233;volution iranienne de 1979, une grande partie de la r&#233;sistance de ces peuples &#224; l'imp&#233;rialisme s'est exprim&#233;e sous la forme de l'Islam. Si les gens qui peuplent le Moyen Orient ou l'Asie centrale avaient &#233;t&#233; bouddhistes, ou si le Tibet contenait des champs p&#233;trolif&#232;res comparables &#224; ceux de l'Arabie saoudite ou de l'Irak, nous serions aujourd'hui confront&#233;s &#224; une floraison de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bouddhophobie&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En provenance de la Maison Blanche, du Pentagone, de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CIA&lt;/span&gt;, de Downing Street, et en passant par les &#233;gouts de Fox News, de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CNN&lt;/span&gt;, du Sun, du Daily Mail, se d&#233;velopperait la notion que le bouddhisme, m&#234;me s'il est incontestablement une grande religion, est porteur d'une tare irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;intellectuels&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tels que Samuel Huntington, Christopher Hitchens et Martin Amis seraient mobilis&#233;s pour expliquer que, malgr&#233; l'attrait qu'il exer&#231;ait sur les hippies na&#239;fs des ann&#233;es 1960, le bouddhisme est une foi essentiellement r&#233;actionnaire, caract&#233;ris&#233;e par son rejet enracin&#233; de la modernit&#233; et des valeurs d&#233;mocratiques occidentales, ainsi que par son f&#233;odalisme fanatique, sa th&#233;ocratie, sa misogynie et son homophobie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, le fait que cela soit arriv&#233; - le fait que l'islamophobie ait &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e, aux plans national et international, comme principale couverture id&#233;ologique et justification de l'imp&#233;rialisme et de la guerre (comme le racisme sans d&#233;tour l'&#233;tait aux 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles) a &#233;norm&#233;ment accru l'importance d'une compr&#233;hension th&#233;orique correcte, nourrissant une bonne orientation politique, de la religion sous ses formes tr&#232;s diverses. En fait, on peut m&#234;me dire qu'une compr&#233;hension d&#233;ficiente, m&#233;caniste et unilat&#233;rale, de l'analyse marxiste de la religion a &#233;t&#233; un facteur substantiel, pour un certain nombre d'individus et de groupes de gauche, de la perte de leurs anciens rep&#232;res politiques et de leur transformation en apologistes de gauche de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exemple le plus notoire en est, bien s&#251;r, celui de Christopher Hitchens, qui a &#233;crit un livre sur la religion, &lt;i&gt;God is Not Great&lt;/i&gt; (dont il sera question plus loin), et dont la trajectoire, de la position d'intellectuel de gauche et de critique radical du syst&#232;me, &#224; celle de partisan &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;critique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de George Bush a &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;e et extr&#234;me (m&#234;me si dans le cas de Hitchens on ne peut s'emp&#234;cher de soup&#231;onner que des incitations mat&#233;rielles ont jou&#233; un r&#244;le plus important dans sa ru&#233;e vers la droite qu'une simple erreur th&#233;orique). On trouve comme autres exemples des membres de l'Euston Group, comme Norman Geras, ou, parmi les groupes de gauche, l'organisation fran&#231;aise Lutte Ouvri&#232;re, que son hostilit&#233; au hidjab a transform&#233;e en alli&#233;e temporaire de l'&#201;tat imp&#233;rialiste fran&#231;ais contre ses citoyennes les plus opprim&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Antoine Boulang&#233;, Foulard, la&#239;cit&#233; et racisme, l'&#201;tincelle, 2004.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et le cas lamentable de l'Alliance for Workers' Liberty, semi-sioniste et islamophobe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, et ce n'est pas une co&#239;ncidence, une campagne ath&#233;e et antireligieuse tonitruante a &#233;t&#233; orchestr&#233;e aux &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt; et en Angleterre, avec pour chef de file le biologiste Richard Dawkins et comme comparses, outre Hitchens, le philosophe Daniel Dennett et d'autres. Un examen critique de la fa&#231;on dont ces gens pr&#233;sentent leurs arguments envers la religion met en &#233;vidence des &#233;l&#233;ments importants de la position marxiste classique. Mais d'abord, il me para&#238;t important d'&#233;noncer les principes fondamentaux qui sous-tendent l'analyse marxiste de la religion, en commen&#231;ant, non pas par les commentaires directs de Marx sur la religion, mais par les propositions de base de la philosophie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mat&#233;rialisme et religion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La philosophie marxiste est mat&#233;rialiste. Selon Friedrich Engels, dans Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La grande question fondamentale de toute philosophie, et sp&#233;cialement de la philosophie moderne, est celle du rapport de la pens&#233;e et de l'&#234;tre. (...) La question de la position de la pens&#233;e par rapport &#224; l'&#234;tre (...) atteignait vis-&#224;-vis de l'&#201;glise son point critique sous la forme&#160;: le monde a-t-il &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par Dieu ou existe-t-il de toute &#233;ternit&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon qu'ils r&#233;pondaient de telle ou telle fa&#231;on, les philosophes se divisaient en deux grands camps. Ceux qui affirmaient le caract&#232;re primordial de l'esprit vis-&#224;-vis de la nature, et qui admettaient par cons&#233;quent, en derni&#232;re instance, une quelconque cr&#233;ation du monde&#8230; ceux-l&#224; formaient le camp de l'id&#233;alisme. Les autres, qui consid&#233;raient la nature comme l'&#233;l&#233;ment primordial, appartiennent aux diff&#233;rentes &#233;coles du mat&#233;rialisme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le marxisme, disait Engels, ne se contente pas de se tenir fermement dans le camp mat&#233;rialiste, mais c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'on prenait vraiment au s&#233;rieux la conception mat&#233;rialiste du monde, qu'on l'appliquait d'une fa&#231;on cons&#233;quente &#224; tous les domaines consid&#233;r&#233;s du savoir&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibidem, chapitre IV.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme marxiste, r&#233;duit &#224; ses &#233;l&#233;ments essentiels, implique que soient accept&#233;es les propositions suivantes&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le monde mat&#233;riel existe ind&#233;pendamment de la conscience (humaine ou autre).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une connaissance du monde r&#233;elle, m&#234;me si elle n'est pas totale ou absolue, est possible et a, en fait, &#233;t&#233; atteinte.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les humains font partie de la nature, mais en constituent une partie distincte.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le monde mat&#233;riel ne d&#233;rive pas, en premi&#232;re instance, de la pens&#233;e humaine&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est la pens&#233;e humaine qui d&#233;rive du monde mat&#233;riel.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les propositions (1) et (2) correspondent aux pr&#233;somptions et aux d&#233;couvertes de la science moderne, et sont d&#233;sormais du domaine du sens commun. La raison en est qu'elles sont confirm&#233;es dans la pratique, des millions ou des milliards de fois par jour, comme la plupart des d&#233;couvertes de la science. La proposition (3) correspond, elle aussi, aux d&#233;couvertes de la science moderne, en particulier celles de Charles Darwin, de la pal&#233;ontologie et de l'anthropologie modernes, mais elle a &#233;t&#233; articul&#233;e, en fait, par Marx avant Darwin&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La condition premi&#232;re de toute histoire humaine est naturellement l'existence d'&#234;tres humains vivants. Le premier &#233;tat de fait &#224; constater est donc la complexion corporelle de ces individus et les rapports qu'elle leur cr&#233;e avec le reste de la nature. (...) Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l'action des hommes au cours de l'histoire. On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l'on voudra. Eux-m&#234;mes commencent &#224; se distinguer des animaux d&#232;s qu'ils commencent &#224; produire leurs moyens d'existence, pas en avant qui est la cons&#233;quence m&#234;me de leur organisation corporelle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Karl Marx et Friedrich Engels, L'id&#233;ologie allemande, Feuerbach, partie (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La proposition (4) est &#224; la fois la plus distinctement marxiste et la moins partag&#233;e. Beaucoup de gens qui ont une vision mat&#233;rialiste de la relation entre les humains et la nature prennent une position id&#233;aliste d&#232;s qu'il s'agit de la relation entre les id&#233;es et les conditions mat&#233;rielles, et du r&#244;le des id&#233;es dans la soci&#233;t&#233;, l'histoire et la politique. Presque sans r&#233;fl&#233;chir, ils peuvent accepter que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la Guerre froide &#233;tait fondamentalement un affrontement de deux id&#233;ologies&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;le capitalisme est bas&#233; sur l'id&#233;e de croissance &#233;conomique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est pour cela que la proposition (4) est celle sur laquelle Marx et Engels ont insist&#233; le plus fortement et le plus fr&#233;quemment&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs repr&#233;sentations, de leurs id&#233;es, etc., mais les hommes r&#233;els, agissants, tels qu'ils sont conditionn&#233;s par un d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; de leurs forces productives&#8230; La conscience ne peut jamais &#234;tre autre chose que l'&#234;tre conscient. (...) &#192; l'encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c'est de la terre au ciel que l'on monte ici. (...) on part des hommes dans leur activit&#233; r&#233;elle, c'est &#224; partir de leur processus de vie r&#233;el que l'on repr&#233;sente aussi le d&#233;veloppement des reflets et des &#233;chos id&#233;ologiques de ce processus vital.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibidem.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-il besoin d'une grande perspicacit&#233; pour comprendre que les id&#233;es, les conceptions et les notions des hommes, en un mot leur conscience, changent avec tout changement survenu dans leurs conditions de vie, leurs relations sociales leur existence sociale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste, chapitre (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rap ports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui corres&#173;pondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; de leurs forces productives mat&#233; rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base concr&#232;te sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; la quel le correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Karl Marx, Pr&#233;face &#224; la Critique de l'&#233;conomie politique.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me que Darwin a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de la nature organique, de m&#234;me Marx a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de l'histoire humaine, c'est-&#224;-dire ce fait &#233;l&#233;mentaire, voil&#233; auparavant sous un fatras id&#233;ologique, que les hommes, avant de pouvoir s'occuper de politique, de science, d'art, de religion, etc., doivent tout d'abord manger, boire, se loger et se v&#234;tir&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que, par suite, la production des moyens mat&#233;riels &#233;l&#233;mentaires d'existence et, partant, chaque degr&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique d'un peuple ou d'une &#233;poque forment la base d'o&#249; se sont d&#233;velopp&#233;s les institutions d'&#201;tat, les conceptions juridiques, l'art, et m&#234;me les id&#233;es religieuses des hommes en question et que, par cons&#233;quent, c'est en partant de cette base qu'il faut les expliquer et non inversement comme on le faisait jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Friedrich Engels, 1883, Discours sur la tombe de Karl Marx, in K. Marx - F. (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il est clair qu'une attitude d&#233;finie &#224; l'&#233;gard de la religion est pr&#233;sente, aussi bien implicitement qu'explicitement, dans les id&#233;es les plus fondamentales du marxisme. De plus, il devrait &#234;tre clair que cette attitude a un caract&#232;re double. D'une part, pour le marxiste comme pour le mat&#233;rialiste, la foi religieuse, quelle que soit sa forme, est inconcevable. Les id&#233;es religieuses, comme toutes les id&#233;es, sont des produits sociaux et historiques. Elles sont cr&#233;&#233;es par des &#234;tres humains, et cela exclut n&#233;cessairement la foi religieuse, dans la mesure o&#249; les id&#233;es religieuses se veulent transcendantes et prioritaires sur la nature, les &#234;tres humains et l'histoire. De la m&#234;me mani&#232;re, l'id&#233;alisme philosophique et la religion sont intimement li&#233;s. Si l'esprit a la priorit&#233; sur la mati&#232;re, quel esprit cela peut-il &#234;tre sinon celui de Dieu&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et Dieu n'est-il pas, selon la terminologie de Hegel, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'id&#233;e absolue&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comme le dit la Bible, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Au commencement &#233;tait le Verbe, et le Verbe &#233;tait Dieu&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est la raison pour laquelle L&#233;on Trotsky, &#224; la fin de sa vie, &#233;crivait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Je mourrai r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, marxiste, mat&#233;rialiste dialectique, et par cons&#233;quent intraitable ath&#233;iste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Trotsky, Le testament, in Journal d'exil, Gallimard, 1960, p189.' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, le m&#234;me marxisme exige clairement une explication mat&#233;rialiste de la religion. Il n'est pas suffisant de consid&#233;rer la religion dans son ensemble, ou toute religion, comme une simple illusion ou une absurdit&#233; qui s'est log&#233;e dans la conscience de millions d'&#234;tres pendant des si&#232;cles. Une habitude r&#233;pandue chez certains croyants (en particulier dans les pays imp&#233;rialistes) consiste &#224; ridiculiser ou &#224; rejeter comme des superstitions les croyances des autres (surtout celles des pr&#233;tendus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;indig&#232;nes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;), les consid&#233;rant comme irrationnelles et contraires aux lois bien connues de la nature, sans se rendre compte que cela s'applique aussi &#224; leur propre foi - l'immacul&#233;e conception, la r&#233;surrection, la multiplication des pains et autres &#226;neries.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le marxisme ne g&#233;n&#233;ralise pas cette erreur en stigmatisant l'&#233;gale stupidit&#233; des cultes animiste et catholique, rastafarien et anglican. Il requiert une analyse des racines sociales de la religion en g&#233;n&#233;ral et des croyances religieuses sp&#233;cifiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une compr&#233;hension des besoins humains r&#233;els, sociaux et psychologiques, et des conditions historiques r&#233;elles auxquels correspondent ces croyances et ces doctrines. Un marxiste doit &#234;tre capable de comprendre pourquoi la croyance dans la saintet&#233; et l'immortalit&#233; de Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233; a pu inspirer un musicien du calibre de Bob Marley &#224; Trenchtown, Jama&#239;que, dans les ann&#233;es 1960, ou pourquoi la croyance dans la divinit&#233; et l'immortalit&#233; de J&#233;sus a inspir&#233; un artiste (doubl&#233; d'un math&#233;maticien) comme Piero della Francesca dans la Florence du 15&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si nous nous tournons maintenant vers la plus importante d&#233;claration directe de Marx sur la religion, dans les premi&#232;res pages de l'Introduction &#224; la contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx - Engels, &#201;tudes philosophiques, &#201;ditions sociales, 1977, (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous voyons que c'est une formulation condens&#233;e de tous ces &#233;l&#233;ments. Elle commence par l'assertion suivante&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;En ce qui concerne l'Allemagne, la critique de la religion est pour l'essentiel termin&#233;e, et la critique de la religion est la condition pr&#233;liminaire de toute critique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx voulait dire par l&#224; que l'&#339;uvre combin&#233;e de la r&#233;volution scientifique, des Lumi&#232;res (en particulier des encyclop&#233;distes fran&#231;ais) et de la critique de la Bible par la gauche h&#233;g&#233;lienne en Allemagne avait d&#233;moli les pr&#233;tentions du christianisme et de la Bible &#224; fournir une version factuellement exacte de la nature ou de l'histoire, ou m&#234;me une th&#233;ologie dot&#233;e d'une coh&#233;rence interne. De plus, ce travail &#233;tait n&#233;cessaire et progressiste dans la mesure o&#249; une analyse v&#233;ritablement critique du monde n'&#233;tait pas possible tant que l'esprit humain &#233;tait embrum&#233; par les dogmes religieux. Mais cette simple phrase constitue tout ce que Marx a &#224; dire sur cet aspect de la question. Consid&#233;rant la r&#233;futation de la religion comme accomplie, il poursuit rapidement vers son but principal, l'analyse des bases sociales de la religion&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le fondement de la critique irr&#233;ligieuse est&#160;: c'est l'homme qui fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; C'est l&#224; le point de d&#233;part. Ce qui suit est un paragraphe d'une exceptionnelle densit&#233;, typique de Marx, dans lequel ce qui pourrait constituer une th&#232;se de doctorat est comprim&#233; en quelques phrases&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de la critique irr&#233;ligieuse est celui-ci&#160;: L'homme fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme. La religion est en r&#233;alit&#233; la conscience et le sentiment propre de l'homme qui, ou bien ne s'est pas encore trouv&#233;, ou bien s'est d&#233;j&#224; reperdu. mais l'homme n'est pas un &#234;tre abstrait, ext&#233;rieur au monde r&#233;el. L'homme, c'est le monde de l'homme, l'&#201;tat, la soci&#233;t&#233;. Cet &#201;tat, cette soci&#233;t&#233; produisent la religion, une conscience erron&#233;e du monde, parce qu'ils constituent eux-m&#234;mes un monde faux. La religion est la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de ce monde, son compendium encyclop&#233;dique, sa logique sous une forme populaire, son point d'honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son compl&#233;ment solennel, sa raison g&#233;n&#233;rale de consolation et de justification. C'est la r&#233;alisation fantastique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine n'a pas de r&#233;alit&#233; v&#233;ritable. La lutte contre la religion est donc par ricochet la lutte contre ce monde, dont la religion est l'ar&#244;me spirituel.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la religion est une r&#233;ponse &#224; l'ali&#233;nation humaine - l'homme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;s'est perdu&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais ce n'est pas une condition abstraite ou hors de l'histoire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien au contraire, elle est le produit de certaines conditions sociales sp&#233;cifiques. Cette soci&#233;t&#233; produit la religion, une vision invers&#233;e du monde dans laquelle les humains se soumettent &#224; un dieu imaginaire de leur propre fabrication, parce que c'est un monde &#224; l'envers dans lequel les humains sont domin&#233;s par les produits de leur propre travail. Mais la religion n'est pas seulement un ensemble de superstitions ou de fausses croyances dues au hasard&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie universelle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ce monde ali&#233;n&#233;, de la fa&#231;on dont des &#234;tres ali&#233;n&#233;s essaient de donner un sens &#224; leurs existences ali&#233;n&#233;es dans une soci&#233;t&#233; ali&#233;n&#233;e. Par cons&#233;quent elle comporte la riche diversit&#233; des fonctions &#233;num&#233;r&#233;es par Marx&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;somme encyclop&#233;dique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;logique sous forme populaire&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, etc. Et par cons&#233;quent la lutte contre la religion est une lutte contre ce monde &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dont la religion est l'ar&#244;me spirituel&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - ce monde d'ali&#233;nation dans lequel les gens ont besoin de la religion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux mises au points sont n&#233;cessaires en ce qui concerne ce passage. La premi&#232;re est qu'il est presque universellement ignor&#233; par les commentateurs proposant des r&#233;sum&#233;s ou des explications de la pens&#233;e de Marx sur la religion. C'est peut-&#234;tre parce qu'ils ne l'ont pas lu (c'est improbable), ou (plus probablement) parce qu'ils ne l'ont pas compris, ou (tr&#232;s probablement) parce qu'il est radicalement incompatible avec la tentative de r&#233;duire la th&#233;orie marxiste de la religion &#224; une simple analyse unidimensionnelle du genre&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Marx expliquait que la religion &#233;tait l'outil de la classe dirigeante&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou bien&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;selon Marx la religion a pour fonction de pacifier les masses laborieuses&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Bien s&#251;r, Marx dit ce genre de choses sur la religion, mais il en dit aussi beaucoup d'autres. R&#233;duire la totalit&#233; complexe de cette th&#233;orie &#224; un seul de ses &#233;l&#233;ments aboutit en fait &#224; la falsifier. Le deuxi&#232;me point est que Marx est si intens&#233;ment attach&#233; &#224; sa conclusion qu'il la ressasse, encore et encore, dans une v&#233;ritable temp&#234;te de m&#233;taphores et d'aphorismes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171;&#160;Abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, avant de conclure son argumentation sur la religion, Marx ins&#232;re un paragraphe extr&#234;mement significatif&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tresse religieuse est, pour une part, l'expression de la d&#233;tresse r&#233;elle et, pour une autre, la protestation contre la d&#233;tresse r&#233;elle. La religion est le soupir de la cr&#233;ature opprim&#233;e, la chaleur d'un monde sans c&#339;ur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'o&#249; l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid, p. 25.' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si ce passage est beaucoup plus connu que le pr&#233;c&#233;dent, c'est surtout &#224; cause de sa phrase finale, abondamment cit&#233;e (et souvent pr&#233;sent&#233;e comme l'essence ou la totalit&#233; de l'analyse de Marx). En fait, c'est la premi&#232;re phrase qui est sans doute la plus int&#233;ressante et la plus importante pour comprendre le r&#244;le politique de la religion. L'insistance de Marx sur le fait que la religion est &#224; la fois une expression de la d&#233;tresse et une protestation contre elle est le point cl&#233;, qui d&#233;nonce comme un mensonge toute analyse se limitant aux effets narcotiques et soporifiques de la religion. Elle pointe aussi dans la direction de l'important fait historique (sur lequel je reviendrai) que de nombreux mouvements progressistes, radicaux ou m&#234;me r&#233;volutionnaires ont, soit pris une forme religieuse, soit comport&#233; une teinte religieuse, soit ont &#233;t&#233; dirig&#233;s par des gens porteurs d'une foi religieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours de leur travail, Marx et Engels ont fait de nombreuses r&#233;f&#233;rences &#224; la religion et l'ont souvent analys&#233;e. En particulier, le jeune Marx a &#233;crit La question juive, un ouvrage pol&#233;mique en faveur de l'&#233;mancipation des Juifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce texte plut&#244;t obscur a &#233;t&#233; l'objet de controverses, et cit&#233; comme preuve de (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Engels a apport&#233; sa contribution par toute une s&#233;rie d'&#233;tudes int&#233;ressantes du d&#233;veloppement et du r&#244;le du christianisme, en particulier dans La guerre des paysans en Allemagne, l'Anti-D&#252;hring, l'introduction &#224; l'&#233;dition anglaise de Socialisme utopique et socialisme scientifique, Bruno Bauer et le christianisme primitif, et Contribution &#224; l'histoire du christianisme primitif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Ces derniers textes disponibles dans K. Marx et F. Engels, Sur la religion, (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En fait, tous ces commentaires ont une chose en commun&#160;: ils ne prennent pas pour argent comptant les doctrines religieuses, les sectes, les &#233;glises, le mouvements et les conflits, pas plus qu'ils ne les traitent comme de simples absurdit&#233;s ou des tromperies orchestr&#233;es par les pr&#234;tres, mais ils les consid&#232;rent toujours comme des reflets d&#233;form&#233;s et des expressions de besoins et d'int&#233;r&#234;ts sociaux r&#233;els. Quelques extraits peuvent illustrer ce point.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De La guerre des paysans en Allemagne&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans ce que l'on appelle les guerres de religion du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVI&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il s'agissait avant tout de tr&#232;s positifs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de classes, et ces guerres &#233;taient des luttes de classes, tout autant que les collisions int&#233;rieures qui se produisirent plus tard en Angleterre et en France. Si ces luttes de classes portaient, &#224; cette &#233;poque, un signe de reconnaissance religieux, si les int&#233;r&#234;ts, les besoins, les revendications des diff&#233;rentes classes se dissimulaient sous le masque de la religion, cela ne change rien &#224; l'affaire et s'explique facilement par les conditions de l'&#233;poque. (&#8230;) L'opposition r&#233;volutionnaire contre la f&#233;odalit&#233; se poursuit pendant tout le moyen &#226;ge. Elle appara&#238;t, selon les circonstances, tant&#244;t sous forme de mystique, tant&#244;t sous forme d'h&#233;r&#233;sie ouverte, tant&#244;t sous forme d'insurrection arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De l'introduction &#224; &lt;i&gt;Socialisme utopique et socialisme scientifique&lt;/i&gt;&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le dogme calviniste convenait particuli&#232;rement bien aux &#233;l&#233;ments les plus hardis de la bourgeoisie de l'&#233;poque. Sa doctrine de la pr&#233;destination &#233;tait l'expression religieuse du fait que, dans le monde commercial de la concurrence, le succ&#232;s et l'insucc&#232;s ne d&#233;pendent ni de l'activit&#233;, ni de l'habilet&#233; de l'homme, mais de circonstances &#233;chappant &#224; son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De l'&lt;i&gt;Histoire du christianisme primitif&lt;/i&gt;&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;le christianisme &#233;tait &#224; l'origine le mouvement des opprim&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il apparut tout d'abord comme la religion des esclaves et des affranchis, des pauvres et des hommes priv&#233;s de droits, des peuples subjugu&#233;s ou dispers&#233;s par Rome. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
[Les soul&#232;vements de paysans et de pl&#233;b&#233;iens au Moyen-&#226;ge], ainsi que tous les mouvements des masses au moyen &#226;ge, port&#232;rent n&#233;cessairement un masque religieux&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils apparaissent comme des restaurations du christianisme primitif &#224; la suite d'une d&#233;g&#233;n&#233;rescence grandissante, mais derri&#232;re l'exaltation religieuse se cachaient r&#233;guli&#232;rement de tr&#232;s positifs int&#233;r&#234;ts de ce monde-ci.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et incidemment, dans cette m&#234;me &#339;uvre, une note sur l'Islam&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;l'Islam est une religion faite &#224; la mesure des Orientaux plus pr&#233;cis&#233;ment des Arabes, c'est-&#224;-dire, d'une part, de citadins pratiquant le commerce et l'industrie&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autre part, des B&#233;douins nomades. Mais il y a l&#224; le germe d'une collision p&#233;riodique. Les citadins, devenus opulents et fastueux, se rel&#226;chent dans l'observance de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Loi&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les B&#233;douins pauvres et, &#224; cause de leur pauvret&#233;, de m&#339;urs s&#233;v&#232;res, regardent avec envie et convoitise ces richesses et ces jouissances. Ils s'unissent sous la direction d'un proph&#232;te, un Madhi, pour ch&#226;tier les infid&#232;les, pour r&#233;tablir la loi c&#233;r&#233;moniale et la vraie croyance, et pour s'approprier comme r&#233;compense les tr&#233;sors des infid&#232;les. Au bout de cent ans, naturellement, ils se trouvent exactement au m&#234;me point que ceux-ci&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une nouvelle purification est n&#233;cessaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un nouveau Madhi surgit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le jeu recommence. Cela s'est pass&#233; de la sorte depuis les guerres de conqu&#234;te des Almoravides et des Almohades africains en Espagne jusqu'au dernier Madhi de Khartoum qui a brav&#233; si victorieusement les Anglais. (&#8230;) Ce sont des mouvements n&#233;s de causes &#233;conomiques, bien que portant un d&#233;guisement religieux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas ici de savoir si ces observations sp&#233;cifiques sont historiquement vraies ou fausses, mais de mettre en &#233;vidence la m&#233;thodologie consistante qui les sous-tend.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dawkins, Hitchens et Eagleton&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Richard Dawkins est un biologiste &#233;volutionniste rendu c&#233;l&#232;bre par son livre Le g&#232;ne &#233;go&#239;ste, et qui s'est par la suite construit une r&#233;putation et une carri&#232;re comme vulgarisateur scientifique. Il a publi&#233; en 2006 &lt;i&gt;The God Delusion&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Pour en finir avec Dieu&lt;/i&gt;, Paris, Robert Lafont, 2008), assaut frontal contre la religion et d&#233;fense de l'ath&#233;isme, qui est devenu un best-seller mondial, a provoqu&#233; une &#233;norme controverse, en particulier aux &#201;tats-Unis, et a re&#231;u des applaudissements de la part de sources aussi diverses que Ian McEwan, Michael Frayn, le Spectator, le Daily Mail et Stephen Pinker.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dois dire d'embl&#233;e que je ne partage absolument pas l'admiration g&#233;n&#233;rale du style et de l'intellect de Dawkins. Le lire apr&#232;s Marx est comme passer de Tolsto&#239; ou de James Joyce &#224; Kingsley Amis ou Agatha Christie. L&#224; o&#249; Marx met un livre dans un paragraphe, Dawkins donne &#224; un court essai la dimension d'un gros livre. En fait, la totalit&#233; des 460 et quelques pages de Pour en finir avec Dieu ne nous am&#232;nent pas intellectuellement au-del&#224; de ce que Marx a r&#233;sum&#233; dans la premi&#232;re phrase de son analyse de 1843, &#224; savoir que la critique de la religion est essentiellement termin&#233;e. Ce que propose Dawkins est une r&#233;futation empirique, rationaliste, digne des Lumi&#232;res - une d&#233;monstration &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;scientifique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire positiviste, qu'il y a une absence totale de preuves factuelles &#224; l'appui de ce qu'il appelle &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'hypoth&#232;se de Dieu&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et qu'au contraire, il est quasiment (sinon absolument) prouv&#233; que Dieu n'existe pas. Il nous livre, en suppl&#233;ment, des r&#233;futations logiques de diff&#233;rents arguments avanc&#233;s en faveur de l'existence de Dieu, allant des v&#233;n&#233;rables &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;preuves&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Saint Thomas d'Aquin et du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pari&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Pascal aux r&#233;centes &#233;lucubrations d'un certain Stephen Unwin, avec de nombreux exemples des folies et des crimes perp&#233;tr&#233;s au nom de la religion. Je suppose qu'il y a des gens pour lesquels cela constituera une r&#233;v&#233;lation, et d'autres qui l'appr&#233;cieront parce que cela les fera se sentir sup&#233;rieurs aux masses ignorantes qui gobent ces superstitions, mais sur le plan th&#233;orique il n'y a l&#224; rien de nouveau, en fait tr&#232;s peu qui ne soit pas mill&#233;sim&#233; d'au moins deux si&#232;cles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La seule exception serait &#224; la rigueur la tentative de Dawkins d'expliquer pourquoi la religion est si r&#233;pandue dans la soci&#233;t&#233; humaine, mais cette tentative &#233;choue de fa&#231;on assez lamentable. Comme il est un &#233;volutionniste proclam&#233;, il se sent tenu de cadrer son explication en termes d'avantages g&#233;n&#233;tiques dans le processus de s&#233;lection naturelle, mais son hostilit&#233; de fa&#231;ade &#224; la religion l'oblige aussi &#224; nier que la religion puisse comporter des avantages pour la survie d'un individu ou d'une soci&#233;t&#233;. Il essaie de s'extirper de cette contradiction en sugg&#233;rant que la religion est l'effet collat&#233;ral d'une caract&#233;ristique qu'il proclame avantageuse dans la lutte pour la survie, &#224; savoir la propension des enfants &#224; croire ce que leur racontent leurs a&#238;n&#233;s. &#192; l'&#233;vidence, cela ne r&#233;siste pas &#224; la critique. D'abord, la question de savoir &#224; quel point la suggestibilit&#233; des jeunes d&#233;passe leur scepticisme, en particulier &#224; l'approche de l'adolescence, est sujette &#224; d&#233;bat. Deuxi&#232;mement, il n'est pas certain que cette suggestibilit&#233; soit, dans l'ensemble, un avantage. Troisi&#232;mement, il semble tr&#232;s probable qu'&#224; la fois l'importance et le caract&#232;re avantageux de la suggestibilit&#233; soient puissamment conditionn&#233;s socialement, et tr&#232;s diff&#233;rents selon les soci&#233;t&#233;s. Finalement, comme toute th&#233;orie qui explique le comportement et les croyances des enfants par les croyances et le comportement de leurs parents, elle est confront&#233;e, si elle veut &#233;viter de devoir remonter en arri&#232;re &#224; l'infini, au probl&#232;me de l'explication de la disposition initiale des parents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme Marx le faisait remarquer&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les &#233;ducateurs eux-m&#234;mes doivent &#234;tre &#233;duqu&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Karl Marx, Th&#232;ses sur Feuerbach, 1845.' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En d'autres termes, l'explication de Dawkins n'explique rien du tout. De plus, il est symptomatique de toute cette approche que, pas plus dans cette section qu'ailleurs dans Pour en finir avec Dieu, l'auteur ne se donne la peine d'aborder s&#233;rieusement la th&#233;orie marxiste de la religion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le fait qu'il soit m&#233;diocre et sans originalit&#233; intellectuelle n'est aucunement la principale critique que j'adresse &#224; ce livre. Mon objection centrale concerne les conclusions politiques r&#233;actionnaires qui d&#233;coulent de sa faiblesse m&#233;thodologique. Comme disait Marx dans sa r&#233;futation du philosophe allemand Feuerbach, le mat&#233;rialisme m&#233;caniste laisse invariablement la porte ouverte &#224; l'id&#233;alisme, et Dawkins en est un cas d'esp&#232;ce particuli&#232;rement frappant. Sans s'en rendre compte, il zigzague d'un d&#233;terminisme g&#233;n&#233;tique mat&#233;rialiste vulgaire, dans sa vision de la nature et du comportement humains dans l'abstrait, &#224; un id&#233;alisme extravagant dans sa vision du r&#244;le de la religion dans des circonstances historiques concr&#232;tes. &#192; tout bout de champ, il commet l'erreur de supposer que lorsque les gens font quelque chose au nom de la religion c'est vraiment la religion qui motive leur comportement. Le passage suivant de son essai &lt;i&gt;The Improbability of God&lt;/i&gt; r&#233;sume cette approche&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La plupart des choses que font les gens sont faites au nom de Dieu. Les Irlandais se font exploser les uns les autres en son nom. Les Arabes se font sauter en son nom. Les imams et les ayatollahs oppriment les femmes en son nom. Les popes et les pr&#234;tres c&#233;libataires s'immiscent dans la vie sexuelle de leurs fid&#232;les en son nom. Les sacrificateurs juifs coupent la gorge d'animaux vivants en son nom. Le dossier de la religion dans l'histoire - des croisades sanglantes, des tortures de l'inquisition, du meurtre de masse commis par les conquistadors, de la destruction des cultures par les missionnaires &#224; la r&#233;sistance l&#233;gale &#224; toute nouvelle avanc&#233;e de la v&#233;rit&#233; scientifique jusqu'au dernier moment possible - est encore plus impressionnant. Et &#224; quoi tout cela a-t-il servi&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je pense qu'il devient de plus en plus clair que la r&#233;ponse est&#160;: &#224; rien. Il n'y a aucune raison de croire qu'une forme quelconque de dieux existe, et il y a de bonnes raisons pour croire qu'ils n'existent pas et n'ont jamais exist&#233;. Ce n'&#233;tait pas autre chose qu'une gigantesque perte de temps et de vies. Ce serait une plaisanterie aux proportions cosmiques si ce n'&#233;tait aussi tragique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Richard Dawkins, 1998, The Improbability of God, Free Inquiry, volume 18, (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce n'est l&#224; pas autre chose qu'une version remise au go&#251;t du jour du refrain familier selon lequel trop de guerres sont caus&#233;es par la religion. Elle ne supporte pas une seconde d'examen critique. Prenons l'exemple de l'Irlande. L'id&#233;e que le conflit irlandais &#233;tait essentiellement religieux est &#224; la fois manifestement fausse et tout simplement r&#233;actionnaire. Elle est fausse y compris en ce qui concerne les d&#233;clarations officielles et la conscience de ses principaux protagonistes. Si beaucoup, mais en aucune mani&#232;re la totalit&#233; des r&#233;publicains &#233;taient catholiques, aucun r&#233;publicain n'aurait dit (ou m&#234;me pens&#233;) qu'il se battait pour le catholicisme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il luttait pour une Irlande ind&#233;pendante et unifi&#233;e. Les choses &#233;taient moins claires dans le camp unioniste, o&#249; la bigoterie jouait un r&#244;le bien plus important&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; tout leur but explicite essentiel &#233;tait de nature &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nationale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; savoir rester &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;britanniques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#192; titre surabondant, il est clair que derri&#232;re ces conflits &#339;uvraient des aspirations nationales, et non des d&#233;saccords sur la doctrine de la transsubstantiation ou de l'infaillibilit&#233; papale, mais de vraies questions &#233;conomiques, sociales et politiques, relatives &#224; l'exploitation, la pauvret&#233;, la discrimination et l'oppression. Voir le conflit comme fondamentalement religieux &#233;tait r&#233;actionnaire en ce que cela confirmait le st&#233;r&#233;otype raciste selon lequel les Irlandais sont primitifs et stupides, et parce que cela contribuait &#224; l&#233;gitimer le pouvoir britannique comme arbitre neutre entre des factions religieuses en guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut mettre au cr&#233;dit de Dawkins qu'il s'est oppos&#233; &#224; la guerre en Irak, et qu'il ne fait pas partie des amis politiques de George Bush. Cependant, dans le contexte de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;guerre contre le terrorisme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, son approche de la religion, m&#234;me si ce n'est pas intentionnel, est encore plus r&#233;actionnaire. Parce que c'est un &#233;l&#233;ment central de l'id&#233;ologie des n&#233;ocons, Bush, Cheney, Blair et Brown, que l'hostilit&#233; des Musulmans envers l'Occident n'est ni provoqu&#233;e ni justifi&#233;e, elle n'est pas vue comme une r&#233;action ou une r&#233;ponse &#224; l'imp&#233;rialisme occidental, &#224; l'exploitation et &#224; la domination, mais au contraire comme une offensive bas&#233;e sur la religion, tendant &#224; d&#233;truire, conqu&#233;rir et peut-&#234;tre m&#234;me convertir le monde non-musulman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains consid&#232;rent ces buts comme inh&#233;rents &#224; l'Islam en g&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Dawkins lui-m&#234;me semble avoir cette opinion ou quelque chose de proche - (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que pour Bush, Blair et compagnie, ils sont le produit d'une interpr&#233;tation &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mauvaise&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;evil&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) ou d'une perversion de l'Islam, mais dans les deux cas la motivation est de nature religieuse. C'est une interpr&#233;tation en contradiction flagrante avec les d&#233;clarations aussi bien d'Al Qaida, qui a &#233;mis des revendications politiques explicites telles que le retrait des troupes am&#233;ricaines d'Arabie saoudite, que des poseurs de bombes du 7&#160;juillet &#224; Londres, qui ont dit qu'ils &#233;taient motiv&#233;s par ce qui se passait en Irak, et un d&#233;fi &#224; la raison. La notion selon laquelle l'Am&#233;rique, l'Angleterre ou une autre grande nation occidentale pourrait &#234;tre d&#233;truite, conquise, ou convertie en posant des bombes dans le m&#233;tro ou en pr&#233;cipitant des avions dans des gratte-ciel est tellement absurde qu'elle ne peut &#234;tre le v&#233;ritable motif d'une campagne soutenue. L'id&#233;e que les &#201;tats-Unis pourraient &#234;tre incit&#233;s par une offensive terroriste &#224; cesser de soutenir Isra&#235;l ou &#224; &#233;vacuer l'Afghanistan est &#233;galement erron&#233;e, mais elle n'est pas compl&#232;tement invraisemblable. Pour Bush, Blair et consorts, l'interpr&#233;tation &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;religieuse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est obligatoire, car sans elle ils seraient contraints d'admettre la culpabilit&#233; de l'imp&#233;rialisme et de leur propre politique - approche que Dawkins rejoint et renforce&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Inconscience&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; peut &#234;tre le mot adapt&#233; &#224; la vandalisation d'une cabine t&#233;l&#233;phonique. Il n'aide pas &#224; comprendre ce qui a frapp&#233; New York le 11&#160;septembre. (&#8230;) Cela venait de la religion. La religion est aussi, bien s&#251;r, la source sous-jacente des d&#233;saccords qui, au Moyen Orient, ont motiv&#233; au d&#233;part l'utilisation de cette arme mortelle. Mais c'est une autre histoire et ce n'est pas ce qui me pr&#233;occupe ici. Ce qui m'int&#233;resse c'est l'arme elle-m&#234;me. Remplir le monde de religions, ou de religions du type abrahamique, &#233;quivaut &#224; joncher les rues de pistolets charg&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='Richard Dawkins, Religion's Misguided Missiles, Guardian, 15&#160;Septembre (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Christopher Hitchens est semblable &#224; Dawkins, en pire. Son livre, &lt;i&gt;God is Not Great&lt;/i&gt;, se situe &#224; un niveau intellectuel encore plus bas que &lt;i&gt;Pour en finir avec Dieu&lt;/i&gt;, avec une combinaison plus arbitraire d'anecdotes &#224; usage de promotion personnelle et de pol&#233;mique journalistique incoh&#233;rente. Son adaptation de la cause ath&#233;iste &#224; l'islamophobie est incorpor&#233;e dans le titre (une r&#233;f&#233;rence moqueuse &#224; l'exclamation des Musulmans&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dieu est grand&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) et &#233;tal&#233;e sans vergogne tout au long de son &#339;uvre. Il cite, sans doute pour saluer son pass&#233; radical, en les approuvant, deux paragraphes de Marx sur la religion. Puis il continue en ignorant compl&#232;tement leur signification. Dans la section principale, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La religion tue&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il nous emm&#232;ne en tourn&#233;e, au pas de charge, dans six villes d&#233;chir&#233;es par des conflits - Belfast, Beyrouth, Bombay, Belgrade, Bethlehem et Bagdad - en nous offrant &#224; chaque fois un r&#233;sum&#233; sommaire du conflit sous l'angle exclusif des haines religieuses, sans aucune r&#233;f&#233;rence &#224; l'histoire, &#224; l'imp&#233;rialisme, &#224; l'oppression ou &#224; la lutte des classes. C'est une parodie d'analyse socio-politique. L' &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;analyse&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la Palestine est particuli&#232;rement consternante&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'ai entendu une fois le regrett&#233; Abba Eban, un des diplomates et hommes d'&#201;tats les plus raffin&#233;s et consciencieux d'Isra&#235;l, faire un discours &#224; New York. La premi&#232;re chose qui saute aux yeux en ce qui concerne le conflit isra&#233;lo-palestinien, disait-il, c'est la facilit&#233; avec laquelle il pourrait &#234;tre r&#233;solu. (&#8230;) Deux peuples de tailles &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalentes revendiquent la m&#234;me terre. La solution, &#224; l'&#233;vidence, est de cr&#233;er deux &#201;tats c&#244;te &#224; c&#244;te. Une chose aussi &#233;vidente &#233;tait sans doute accessible &#224; l'intelligence humaine&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et c'est ce qui aurait &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;, il y a des d&#233;cennies, si les rabbins messianiques, les mollahs et les pr&#234;tres avaient pu &#234;tre tenus &#224; l'&#233;cart. Mais les revendications exclusives d'autorit&#233; divine, proclam&#233;es des deux c&#244;t&#233;s par des religieux hyst&#233;riques et relay&#233;es par des chr&#233;tiens fanatiques qui esp&#232;rent d&#233;clencher l'Apocalypse (pr&#233;c&#233;d&#233;e par la mort ou la conversion de tous les Juifs) ont rendu la situation intol&#233;rable, et mis l'ensemble de l'humanit&#233; dans une situation d'otage d'une querelle qui porte en elle la menace nucl&#233;aire. La religion empoisonne tout.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pr&#234;te &#224; rire, mais lorsque Hitchens dit, et je cite verbatim de YouTube, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Je suis absolument convaincu que la principale source de haine dans le monde est la religion&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Il n'est pas facile de se rendre compte jusqu'o&#249; Hitchens est all&#233;. Je le cite (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il dit aussi que la cause n'est pas dans les faits mat&#233;riels du capitalisme, de l'imp&#233;rialisme, de l'in&#233;galit&#233;, de l'exploitation ou de la lutte des classes, mais que c'est juste une erreur qui s'est install&#233;e dans l'esprit des gens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'opposer vigoureusement aux arguments de Dawkins et de Hitchens ne saurait, en tout &#233;tat de cause, amener &#224; diluer la critique marxiste classique de la religion ou &#224; ouvrir la porte &#224; un quelconque compromis th&#233;orique avec les id&#233;es religieuses. Quittons maintenant le r&#233;pugnant Hitchens pour rejoindre le gentil Terry Eagleton, qui fournit un exemple de ce qui devrait &#234;tre &#233;vit&#233;. Eagleton est un &#233;minent th&#233;oricien litt&#233;raire et culturel, proche du marxisme, qui a, dans le pass&#233;, attaqu&#233; le racisme et l'intol&#233;rance de Philip Larkin. Il s'est distingu&#233; r&#233;cemment en d&#233;non&#231;ant l'islamophobie de son coll&#232;gue universitaire Martin Amis. Il a &#233;crit en 2006 une critique s&#233;v&#232;re de The God Delusion dans la London Review of Books. Mais m&#234;me si l'article d'Eagleton avance certains arguments semblables &#224; ceux pr&#233;sent&#233;s ici, par exemple en ce qui concerne l'Irlande, les termes g&#233;n&#233;raux de sa critique ne sont pas marxistes. Son argument principal est que Dawkins a attaqu&#233; les int&#233;gristes, chr&#233;tiens et musulmans, comme s'ils repr&#233;sentaient toute la religion, en ignorant une th&#233;ologie &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;lib&#233;rale&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; plus sophistiqu&#233;e dont il ne soup&#231;onne pas l'existence&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont, se demande-t-on, les vues de Dawkins sur les diff&#233;rences &#233;pist&#233;mologiques entre Saint Thomas d'Aquin et Duns Scot&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A-t-il lu ce qu'Erig&#232;ne a &#233;crit sur la subjectivit&#233;, Rahner sur la gr&#226;ce et Moltman sur l'esp&#233;rance&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A-t-il seulement entendu parler d'eux&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ou imagine-t-il, comme un jeune avocat plein de morgue, que l'on peut abattre l'opposition en ignorant ses arguments les plus forts&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Terry Eagleton, Lunging, Flailing, Mispunching, London Review of Books, 19 (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En tant que critique du livre de Dawkins, tout cela n'est pas d&#233;pourvu de validit&#233;, mais il y a aussi de s&#233;rieux probl&#232;mes. D'abord, il n'est pas raisonnable de proclamer qu'il est n&#233;cessaire de ma&#238;triser toutes les arcanes de la th&#233;ologie chr&#233;tienne (ou bouddhiste, ou zoroastrienne) pour pouvoir d&#233;fendre convenablement l'ath&#233;isme et pour rejeter la th&#233;ologie en tant que telle. Ensuite, en d&#233;montrant sa compr&#233;hension du concept des th&#233;ologies lib&#233;rales d'un dieu immat&#233;riel, impersonnel, d'amour et de tol&#233;rance, par contraste au dieu biblique vengeur, Eagleton laisse d&#233;cid&#233;ment ouverte la possibilit&#233; que ce dieu lib&#233;ral puisse r&#233;ellement exister, ou &#234;tre digne d'un culte. Il fait la m&#234;me chose lorsqu'il propose son image de J&#233;sus comme prototype du r&#233;volutionnaire anti-imp&#233;rialiste&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J&#233;sus n'est pas mort parce qu'il &#233;tait fou ou masochiste, mais parce que l'&#201;tat romain, ses fantoches locaux et ses chiens de garde ont pris peur devant son message d'amour, de piti&#233; et de justice, aussi bien que de son immense popularit&#233; parmi les pauvres, et se sont d&#233;barrass&#233;s de lui pour &#233;viter un soul&#232;vement de masse dans une situation politique extr&#234;mement volatile.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='Idem.' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour un marxiste, le dieu d'amour impersonnel de Dietrich Bonhoeffer aussi bien que le J&#233;sus radical de Terry Eagleton sont des cr&#233;ations humaines, des projections illusoires, au m&#234;me titre que les dieux intol&#233;rants de Ian Paisley ou d'Ossama Ben Laden.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Religion et politique socialiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour finir cet article, je soulignerai dans un r&#233;sum&#233; sch&#233;matique les conclusions politiques principales qui d&#233;coulent, et ont d&#233;coul&#233; historiquement, de l'analyse ci-dessus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, et contrairement &#224; une opinion r&#233;pandue (aliment&#233;e par une fausse repr&#233;sentation g&#233;n&#233;ralis&#233;e), les socialistes marxistes sont absolument oppos&#233;s &#224; toute id&#233;e d'interdiction de la religion. Ce n'est pas une position nouvelle, mais celle qui a &#233;t&#233; affirm&#233;e de fa&#231;on explicite par Engels d&#232;s 1874 en r&#233;ponse &#224; une proposition des partisans du socialiste fran&#231;ais Louis-Auguste Blanqui. Les raisons donn&#233;es alors par Engels demeurent valides &#224; ce jour&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour prouver qu'ils sont les plus radicaux de tous, ils abolissent Dieu par d&#233;cret, comme en 1793&#160;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que la Commune d&#233;barrasse &#224; jamais l'humanit&#233; de ce spectre de ses mis&#232;res pass&#233;es(Dieu), &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de cette cause&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (le dieu inexistant serait une cause&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!), de ses mis&#232;res pr&#233;sentes. Dans la Commune il n'y a pas de place pour le pr&#234;tre&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toute manifestation, toute organisation religieuse doit &#234;tre proscrite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et cette exigence de transformer les gens en ath&#233;es par ordre du mufti est sign&#233;e par deux membres de la Commune qui ont certainement eu l'occasion de constater que, premi&#232;rement, on peut &#233;crire autant d'ordres que l'on voudra sur le papier sans rien faire pour en assurer l'ex&#233;cution et que, deuxi&#232;mement, les pers&#233;cutions sont le meilleur moyen d'affermir des convictions ind&#233;sirables&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Friedrich Engels, Le programme des &#233;migr&#233;s blanquistes de la Commune, (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Loin de vouloir interdire la religion, les marxistes expliquent que celle-ci devrait &#234;tre une affaire priv&#233;e ind&#233;pendante de l'&#201;tat, et que la libert&#233; religieuse la plus compl&#232;te devrait &#234;tre la r&#232;gle aussi bien sous le capitalisme que sous le socialisme. L&#233;nine a exprim&#233; cela sans ambigu&#239;t&#233; dans un article de 1905&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat ne doit pas se m&#234;ler de religion, les soci&#233;t&#233;s religieuses ne doivent pas &#234;tre li&#233;es au pouvoir d'&#201;tat. Chacun doit &#234;tre parfaitement libre de professer n'importe quelle religion ou de n'en reconna&#238;tre aucune, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre ath&#233;e, comme le sont g&#233;n&#233;ralement les socialistes. Aucune diff&#233;rence de droits civiques motiv&#233;e par des croyances religieuses ne doit &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit &#234;tre incontestablement supprim&#233;e.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='L&#233;nine, Socialisme et religion, 1905.' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le seul sens dans lequel les marxistes envisagent l'&#233;limination de la religion est par son d&#233;p&#233;rissement progressif du fait de la disparition de ses causes sociales sous-jacentes - l'ali&#233;nation, l'exploitation, l'oppression, etc. Les socialistes marxistes sont, en tout &#233;tat de cause, oppos&#233;s &#224; tout privil&#232;ge d'&#201;tat pour la religion et appellent &#224; la dissolution de toute &#233;glise d'&#201;tat officielle (comme l'Eglise d'Angleterre).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il &#233;tait in&#233;vitable que la perception g&#233;n&#233;rale de l'attitude des marxistes envers la religion soit consid&#233;rablement influenc&#233;e par l'exemple des r&#233;gimes staliniens en Russie, en Europe de l'Est, en Chine, &#224; Cuba, en Cor&#233;e du Nord, etc. Une investigation syst&#233;matique de ces exemples est impossible dans le cadre de ce bref article, et nous l'esp&#233;rons, les lecteurs de cette revue sont convaincus que ces r&#233;gimes n'&#233;taient en aucune mani&#232;re repr&#233;sentatifs du v&#233;ritable socialisme ou du marxisme. Cela dit, il est utile de faire quelques observations. La r&#233;pression stalinienne de la religion est souvent &#224; la fois exag&#233;r&#233;e et mal comprise. Elle est exag&#233;r&#233;e en ce sens que d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les r&#233;gimes staliniens n'ont pas r&#233;prim&#233; les religions ou les &#233;glises principales, mais les ont tol&#233;r&#233;es et ont m&#234;me conclu des alliances avec elles, &#224; la condition qu'elles fussent politiquement dociles (ce qu'elles ont &#233;t&#233; dans l'ensemble). Elle est mal comprise parce que dans les cas ou des individus ou des groupes religieux ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;s, c'&#233;tait d'abord parce qu'ils posaient des probl&#232;mes d'ordre politique, et non pas essentiellement du fait de leur foi en tant que telle. Mais c'&#233;taient l&#224; des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles toute opposition politique &#233;tait r&#233;prim&#233;e. Une vision d'ensemble du traitement de la religion par les &#201;tats &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;communistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; peut &#234;tre trouv&#233;e dans le dernier chapitre du livre de Paul Siegel &lt;i&gt;The Meek and the Militant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='Paul Siegel, 1986, The Meek and the Militant - Religion and Power Across (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et une &#233;tude de cas particuli&#232;rement utile des rapports de la R&#233;volution russe avec sa minorit&#233; musulmane est fournie par Dave Crouch dans son article &lt;i&gt;The bolsheviks and Islam&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Dave Crouch, 2006, The Bolsheviks and Islam, International Socialism 110 (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Crouch montre comment, dans les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, les bolcheviks adh&#233;raient strictement aux principes l&#233;ninistes soulign&#233;s plus haut, et donc r&#233;ussissaient &#224; gagner les Musulmans, alors que la mont&#233;e du stalinisme a g&#233;n&#233;ralis&#233; des politiques autoritaires par en haut, y compris une r&#233;pression du voile, qui se sont av&#233;r&#233;es d&#233;sastreuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour d&#233;terminer leur attitude envers des mouvements populaires porteurs d'une coloration confessionnelle, les marxistes prennent comme point de d&#233;part, non pas les croyances religieuses des dirigeants du mouvement ou de sa base, ou bien les doctrines et la th&#233;ologie de la religion concern&#233;e, mais le r&#244;le politique du mouvement, bas&#233; sur les forces sociales et les int&#233;r&#234;ts qu'il repr&#233;sente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour mettre tout cela en perspective, consid&#233;rons les r&#244;les historiques respectifs du catholicisme et du protestantisme. Au moyen &#226;ge et au d&#233;but de la p&#233;riode moderne, le catholicisme &#233;tait essentiellement la religion de l'aristocratie f&#233;odale et par cons&#233;quent presque universellement r&#233;actionnaire. &#192; l'inverse, le protestantisme radical tendait &#224; repr&#233;senter, soit la bourgeoisie montante, soit les &#233;l&#233;ments pl&#233;b&#233;iens inf&#233;rieurs qui &#233;taient sur sa gauche. Les grands rebelles et r&#233;volutionnaires de ce temps, les Thomas Munzer, John Lilburne et Gerald Winstanley, &#233;taient des protestants passionn&#233;s - extr&#233;mistes et int&#233;gristes dans le langage d'aujourd'hui. Mais &#224; partir du moment o&#249; ces rebelles bourgeois ont pris le pouvoir, aux Pays-Bas et en Angleterre, ils ont particip&#233; &#224; ce que Marx a appel&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'accumulation primitive du capital&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et se sont transform&#233;s en colonialistes et esclavagistes de l'esp&#232;ce la plus brutale. Oliver Cromwell, r&#233;volutionnaire et r&#233;gicide en Angleterre, se fit oppresseur en Irlande (o&#249; son nom est toujours honni), en particulier de la paysannerie catholique. Des bourgeois protestants n&#233;erlandais pouvaient &#234;tre les h&#233;ros, en Europe, de la R&#233;volte Hollandaise, et les ignobles cr&#233;ateurs de l'apartheid en Afrique. Le r&#244;le profond&#233;ment r&#233;actionnaire de l'&#233;glise catholique s'est perp&#233;tu&#233; en Europe, en particulier en Europe du Sud, o&#249; elle a soutenu activement Franco en Espagne et pass&#233; des accords avec Mussolini et Hitler. Il persiste aujourd'hui, sous une forme att&#233;nu&#233;e, dans les principaux partis conservateurs d'Italie, d'Espagne et d'Allemagne m&#233;ridionale. Mais les pays d'Europe o&#249; le catholicisme et la religion en g&#233;n&#233;ral sont rest&#233;s les plus forts sont l'Irlande et la Pologne, o&#249; l'&#233;glise a &#233;t&#233; capable, de fa&#231;on tr&#232;s mod&#233;r&#233;e mais puissante, de s'identifier avec l'opposition &#224; l'oppression nationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout socialiste portant son regard sur le 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'identifiera imm&#233;diatement aux rebelles protestants contre les rois et les empereurs catholiques. En consid&#233;rant l'Irlande en 1916 ou Belfast dans les ann&#233;es 1970, il se sentira du c&#244;t&#233; des Nationalistes &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;catholiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et non de celui des Unionistes &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;protestants&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tous ceux qui, &#224; gauche, ont consid&#233;r&#233; la mont&#233;e de Solidarno&#347;&#263; en Pologne comme un conflit entre les catholiques &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arri&#233;r&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Gdansk et les communistes ath&#233;es &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;progressistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'&#201;tat sovi&#233;tique ont fini du c&#244;t&#233; de l'oppresseur imp&#233;rialiste. Il en va de m&#234;me aujourd'hui pour le conflit qui oppose le Tibet &#224; la Chine, et, par-dessus tout, pour la 'guerre contre le terrorisme' et les luttes au Moyen Orient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien d'autres exemples peuvent &#234;tre apport&#233;s &#224; l'appui de notre argumentation. Quel genre de socialiste d&#233;ciderait de son attitude envers Malcolm X sur la base de ses croyances religieuses r&#233;actionnaires comme membre de la Nation de l'Islam, ou envers Bob Marley en ne consid&#233;rant que sa foi dans la saintet&#233; du vieux tyran Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, ou m&#234;me envers Hugo Ch&#225;vez en ne voyant que son catholicisme hautement proclam&#233; et son admiration pour le pape&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Malheureusement, certains pr&#233;tendus socialistes qui n'ont aucun mal &#224; comprendre cela en ce qui concerne Ch&#225;vez ou Marley, sont incapables, sous la pression d'une propagande bourgeoise intense, d'appliquer la m&#234;me approche lorsque la religion en cause est l'Islam. Pour pr&#233;senter les choses de fa&#231;on simpliste, du point de vue du marxisme et du socialisme international, un paysan palestinien musulman, illettr&#233;, conservateur et superstitieux, qui soutient le Hamas, est plus progressiste qu'un Isra&#233;lien &#233;duqu&#233;, lib&#233;ral et ath&#233;e, qui soutient le sionisme (m&#234;me de fa&#231;on critique).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'ensuit &#233;galement que les socialistes marxistes n'acceptent pas l'id&#233;e qu'une quelconque des religions majoritaires serait par nature, du fait de ses doctrines, plus ou moins progressiste qu'une autre. Pour qu'une religion devienne &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;majoritaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire pour qu'elle survive pendant des si&#232;cles dans des lieux et des ordres sociaux diff&#233;rents, il est n&#233;cessaire que ses doctrines soient capables d'une s&#233;lection, d'une interpr&#233;tation et d'une adaptation presque infinies. Ainsi trouve-t-on aux &#201;tats-Unis un christianisme d'extr&#234;me droite, raciste et imp&#233;rialiste, chez la Majorit&#233; Morale ou les Mormons, et une tradition chr&#233;tienne de gauche, antiraciste et pacifiste, chez Martin Luther King. En Afrique du Sud il y avait des chr&#233;tiens pro et anti-apartheid&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en Am&#233;rique latine, il y avait un catholicisme de droite, partisan de l'oligarchie, soutenant les dictateurs, et une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;th&#233;ologie de la lib&#233;ration&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; chez des catholiques de gauche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et, bien s&#251;r, il y a une multitude de versions diff&#233;rentes, souvent en conflit aigu entre elles, de l'Islam.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'argument principal utilis&#233; pour justifier la notion que l'Islam est une religion particuli&#232;rement arri&#233;r&#233;e se fixe, bien &#233;videmment, sur les attitudes envers les femmes et les homosexuels qui sont dominantes dans les pays musulmans. Il faut rappeler &#224; ceux qui utilisent ces arguments que les m&#234;mes attitudes &#233;taient courantes dans les soci&#233;t&#233;s occidentales jusqu'&#224; une p&#233;riode relativement r&#233;cente, et qu'elles sont toujours pr&#233;sentes dans l'enseignement de nombreuses &#233;glises chr&#233;tiennes. Mais le vice de base de cet argument nous ram&#232;ne aux fondamentaux du mat&#233;rialisme marxiste - le secret de la sainte famille musulmane r&#233;side dans la famille musulmane terrestre. Ce n'est pas la conscience religieuse musulmane qui d&#233;termine la position des femmes dans la soci&#233;t&#233; musulmane, mais la situation r&#233;elle des femmes qui mod&#232;le les croyances religieuses musulmanes. L'Islam est n&#233; dans la p&#233;ninsule arabique, se propageant &#224; l'Ouest &#224; travers l'Afrique du Nord et &#224; l'Est par l'Asie centrale. Pendant des si&#232;cles, cette grande ceinture a &#233;t&#233; essentiellement pauvre, sous-d&#233;velopp&#233;e et rurale, et le demeure aujourd'hui &#224; un degr&#233; tr&#232;s important. D'autres soci&#233;t&#233;s, de l'Irlande &#224; la Chine, porteuses de niveaux de d&#233;veloppement et de structures sociales similaires, exercent une oppression semblable sur les femmes et sur les gays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, il y a la question de la relation entre le parti r&#233;volutionnaire et les travailleurs religieux. Tout parti de ce genre, op&#233;rant dans un pays o&#249; la religion reste forte dans la masse de la population, c'est-&#224;-dire la plus grande partie du monde, doit accepter, et m&#234;me s'appuyer sur le fait que la r&#233;volution sera faite par des travailleurs dont beaucoup seront encore religieux. La grande masse des travailleurs sera lib&#233;r&#233;e de ses illusions religieuses non pas par des arguments, des livres ou des brochures, mais par la participation &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, et, au-del&#224;, par la construction du socialisme. Dans une telle situation, le parti doit s'assurer que les diff&#233;rences religieuses, ou les divergences entre les religieux et les non religieux, ne font pas obstacle &#224; l'unit&#233; dans la lutte de la classe ouvri&#232;re. De plus, dans la mesure o&#249; le parti devient r&#233;ellement un parti de masse, dirigeant la classe dans ses lieux de travail et dans ses communaut&#233;s, il trouvera in&#233;vitablement dans ses rangs une couche de travailleurs qui seront rest&#233;s religieux ou semi-religieux. Rejeter ces travailleurs &#224; cause de leurs illusions religieuses serait sectaire et anti-mat&#233;rialiste. Cela &#233;quivaudrait &#224; partager l'erreur religieuse/id&#233;aliste qui consid&#232;re la religion comme l'&#233;l&#233;ment le plus important de la conscience, et la conscience comme plus importante que la pratique. En m&#234;me temps, le parti ne doit pas devenir un parti religieux, un parti dont la ligne politique, la strat&#233;gie et les tactiques sont model&#233;es par des consid&#233;rations religieuses. La victoire r&#233;volutionnaire implique que le parti soit guid&#233; par la th&#233;orie qui exprime les int&#233;r&#234;ts collectifs et la lutte de la classe ouvri&#232;re, &#224; savoir le marxisme. Par cons&#233;quent le parti doit s'assurer que dans ce domaine c'est lui qui &#233;duque et influence ses membres religieux et non l'inverse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait un parti r&#233;volutionnaire qui op&#233;rait dans une telle situation, c'&#233;tait le parti bolchevik, et son principal th&#233;oricien, L&#233;nine, se pencha sur ces questions avec sagesse et clart&#233; dans un article de 1909 intitul&#233; De l'attitude du parti ouvrier envers la religion. En voici quelques extraits&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est un mat&#233;rialisme. &#192; ce titre il est aussi implacablement hostile &#224; la religion que le mat&#233;rialisme des encyclop&#233;distes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&#176; si&#232;cle ou le mat&#233;rialisme de Feuerbach. (&#8230;) Mais le mat&#233;rialisme dialectique de Marx et d'Engels va plus loin (&#8230;) en ce qu'il applique la philosophie mat&#233;rialiste au domaine de l'histoire. (...) Il dit&#160;: il faut savoir lutter contre la religion&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, pour cela, il faut expliquer d'une fa&#231;on mat&#233;rialiste la source de la foi et de la religion des masses. On ne doit pas confiner la lutte contre la religion dans une pr&#233;dication id&#233;ologique abstraite&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne doit pas l'y r&#233;duire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut lier cette lutte &#224; la pratique concr&#232;te du mouvement de classe visant &#224; faire dispara&#238;tre les racines sociales de la religion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi la religion se maintient elle &#8230;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Par suite de l'ignorance du peuple, r&#233;pond le progressiste bourgeois, le radical ou le mat&#233;rialiste bourgeois. Et donc, &#224; bas la religion, vive l'ath&#233;isme, la diffusion des id&#233;es ath&#233;es est notre t&#226;che principale. Les marxistes disent&#160;: c'est faux. Ce point de vue traduit l'id&#233;e superficielle, (&#8230;) Un tel point de vue n'explique pas assez compl&#232;tement, n'explique pas dans un sens mat&#233;rialiste, mais dans un sens id&#233;aliste, les racines de la religion. (&#8230;) La situation sociale d&#233;favoris&#233;e des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, (&#8230;) c'est l&#224; qu'il faut rechercher aujourd'hui les racines les plus profondes de la religion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est ce &#224; dire que le livre de vulgarisation contre la religion soit nuisible ou inutile&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Non. La conclusion qui s'impose est tout autre. C'est que la propagande ath&#233;e de la social -d&#233;mocratie doit &#234;tre subordonn&#233;e &#224; sa t&#226;che fondamentale, &#224; savoir&#160;: au d&#233;veloppement de la lutte de classe des masses exploit&#233;es contre les exploiteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le prol&#233;tariat d'une r&#233;gion (&#8230;) est form&#233;, disons, d'une couche de social d&#233;mocrates [le nom que portaient alors les groupes r&#233;volutionnaires socialistes en Russie] assez conscients qui sont, bien entendu, ath&#233;es, et d'ouvriers assez arri&#233;r&#233;s (&#8230;) croyant en Dieu, fr&#233;quentant l'&#233;glise ou m&#234;me soumis &#224; l'influence directe du pr&#234;tre de l'endroit. (&#8230;) Supposons encore que la lutte &#233;conomique dans cette localit&#233; ait abouti &#224; la gr&#232;ve. Un marxiste est forc&#233;ment tenu de placer le succ&#232;s du mouvement de gr&#232;ve au premier plan, de r&#233;agir r&#233;solument contre la division des ouvriers, dans cette lutte, entre ath&#233;es et chr&#233;tiens, de combattre r&#233;solument cette division. Dans ces circonstances, la propagande ath&#233;e peut s'av&#233;rer superflue et nuisible, non pas du point de vue banal de la crainte d'effaroucher les couches retardataires, de perdre un mandat aux &#233;lections, etc., mais du point de vue du progr&#232;s r&#233;el de la lutte de classe qui, dans les conditions de la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne, am&#232;nera les ouvriers chr&#233;tiens &#224; la social d&#233;mocratie et &#224; l'ath&#233;isme cent fois mieux qu'un sermon ath&#233;e pur et simple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous devons non seulement admettre, mais travailler &#224; attirer au parti social-d&#233;mocrate tous les ouvriers qui conservent encore la foi en Dieu&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes absolument contre la moindre injure &#224; leurs convictions religieuses, mais nous les attirons pour les &#233;duquer dans l'esprit de notre programme, et non pour qu'ils combattent activement ce dernier.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='L&#233;nine, De l'attitude du parti ouvrier &#224; l'&#233;gard de la religion, (...)' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces extraits confirment ce qui a &#233;t&#233; dit tout au long de cet article, &#224; savoir que la ma&#238;trise de la question religieuse, si vitale dans la situation politique actuelle, n'est pas seulement une affaire de jugement ou de tactique, encore moins d'opportunisme &#233;lectoraliste, mais de compr&#233;hension des id&#233;es les plus fondamentales du mat&#233;rialisme dialectique marxiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.isj.org.uk/index.php4?id=456&amp;issue=119" class="spip_out"&gt;Traduit de l'anglais par J.M Guerlin, texte original publi&#233; dans International Socialism, N&#176;119, &#233;t&#233; 2008&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Boulang&#233;, &lt;i&gt;Foulard, la&#239;cit&#233; et racisme&lt;/i&gt;, l'&#201;tincelle, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande&lt;/i&gt;, chapitre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, chapitre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;, Feuerbach, partie A.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, &lt;i&gt;Le manifeste du parti communiste&lt;/i&gt;, chapitre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la Critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, 1883, Discours sur la tombe de Karl Marx, in &lt;i&gt;K. Marx - F. Engels&#160;: &#338;uvres choisies&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Progr&#232;s, Moscou,&lt;br class='autobr' /&gt;
1955, p. 177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trotsky, Le testament, in &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, Gallimard, 1960, p189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marx - Engels, &lt;i&gt;&#201;tudes philosophiques&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1977, p24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur r&#233;el&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la critique de la religion est (...) la critique de cette vall&#233;e de larmes dont la religion est l'aur&#233;ole&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La critique a d&#233;pouill&#233; les cha&#238;nes des fleurs imaginaires qui les recouvraient, non pour que l'homme porte des cha&#238;nes sans fantaisie, d&#233;sesp&#233;rantes, mais pour qu'il rejette les cha&#238;nes et cueille la fleur vivante&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La critique du ciel se transforme (...) en critique de la terre&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, etc. (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;, pp. 25-26).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte plut&#244;t obscur a &#233;t&#233; l'objet de controverses, et cit&#233; comme preuve de l'antis&#233;mitisme de Marx. John Rose parle de tout cela en d&#233;tail dans son article de ce num&#233;ro d'&lt;i&gt;International Socialism&lt;/i&gt;. Voir aussi Hal Draper, 1977, Marx and the Economic-Jew Stereotype, in Karl Marx's &lt;i&gt;Theory of Revolution, volume one&#160;: State and Bureaucracy&lt;/i&gt; (Monthly Review), Anindya Bhattacharyya, 2006, Marx and Religion, &lt;i&gt;Socialist Worker&lt;/i&gt;, 4 March 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces derniers textes disponibles dans K. Marx et F. Engels, &lt;i&gt;Sur la religion&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach&lt;/i&gt;, 1845.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard Dawkins, 1998, &lt;i&gt;The Improbability of God&lt;/i&gt;, Free Inquiry, volume 18, number 4 (automne 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dawkins lui-m&#234;me semble avoir cette opinion ou quelque chose de proche - voir Richard Dawkins, 2007, &lt;i&gt;The God Delusion&lt;/i&gt; (Black Swan), pp. 346-347.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard Dawkins, Religion's Misguided Missiles, &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;, 15&#160;Septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas facile de se rendre compte jusqu'o&#249; Hitchens est all&#233;. Je le cite &#224; nouveau de YouTube, d&#233;battant avec le Reverend Al Sharpton&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Voyez-vous, je n'aime pas nos ennemis, et je n'aime pas les gens qui les aiment. Je d&#233;teste nos ennemis et je pense qu'ils devraient &#234;tre tu&#233;s. (...) Et je suis absolument s&#251;r qu'il ne devrait pas y avoir un autre pays ayant un budget qui menace le n&#244;tre, et je ne suis pas sentimental &#224; ce sujet&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et par &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;nos ennemis&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;notre budget&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il parle des ennemis et du budget de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Terry Eagleton, &lt;i&gt;Lunging, Flailing, Mispunching&lt;/i&gt;, London Review of Books, 19&#160;Octobre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;Le programme des &#233;migr&#233;s blanquistes de la Commune&lt;/i&gt;, 1873.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#233;nine, &lt;i&gt;Socialisme et religion&lt;/i&gt;, 1905.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Siegel, 1986, &lt;i&gt;The Meek and the Militant - Religion and Power Across the World&lt;/i&gt; (Zed), certaines sections sont disponibles en ligne&#160;: &lt;a href=&#034;http://www.marxists.de/religion/siegel-en/&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;www.marxists.de/religion/siegel-en/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dave Crouch, 2006, The Bolsheviks and Islam, &lt;i&gt;International Socialism&lt;/i&gt; 110 (printemps 2006). Voir aussi de Dave Crouch, en fran&#231;ais, &lt;i&gt;Les bolcheviks, l'Islam et la libert&#233; religieuse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb26'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#233;nine, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1909/05/vil19090513.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;De l'attitude du parti ouvrier &#224; l'&#233;gard de la religion&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1909.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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