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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Denr&#233;es alimentaires&#160;: entre famine et abondance</title>
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		<dc:date>2011-09-03T12:43:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>Mike Haynes</dc:creator>



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&lt;p&gt;Des milliards de personnes sont en lutte permanente pour leur ration alimentaire quotidienne. Mike Haynes explique que le probl&#232;me n'est pas li&#233; &#224; une production insuffisante, ou &#224; l'augmentation de la population. C'est la faute d'un syst&#232;me dont le moteur est le profit.&lt;br class='autobr' /&gt;
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Les cours mondiaux des produits alimentaires ont atteint de nouveaux sommets, battant les records de 2008. Dans des pays comme la Grande-Bretagne ou la France, c'est loin d'&#234;tre sans importance, en particulier lorsque (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;https://www.quefaire.lautre.net:80/local/cache-vignettes/L104xH150/arton279-a5e34.jpg&#034; width='104' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des milliards de personnes sont en lutte permanente pour leur ration alimentaire quotidienne. Mike Haynes explique que le probl&#232;me n'est pas li&#233; &#224; une production insuffisante, ou &#224; l'augmentation de la population. C'est la faute d'un syst&#232;me dont le moteur est le profit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;content&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cours mondiaux des produits alimentaires ont atteint de nouveaux sommets, battant les records de 2008. Dans des pays comme la Grande-Bretagne ou la France, c'est loin d'&#234;tre sans importance, en particulier lorsque vous vivez avec un petit salaire ou les allocations de ch&#244;mage. Dans les contr&#233;es les plus pauvres du monde, o&#249; pr&#232;s d'un milliard de personnes connaissent la faim, c'est une question de vie ou de mort, litt&#233;ralement. La raison est simple &#8211; il faut manger pour vivre. C'est pour cela que les prix des denr&#233;es alimentaires sont politiquement explosifs, avec notamment les soul&#232;vements au Moyen-orient. Plus votre revenu est bas, plus vous devez d&#233;penser en nourriture pour survivre. Pour les tr&#232;s pauvres, 50 &#224; 60% de leur revenu y est consacr&#233; &#8211; et lorsque la situation s'aggrave, c'est carr&#233;ment 100%.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;conomistes appellent cela la loi d'Engel. Cela n'a rien &#224; voir avec le collaborateur de Marx, il s'agit en fait de son contemporain Ernst Engel, qui &#233;tudiait l'influence, sur les d&#233;penses des ouvriers de son &#233;poque, des variations des prix et des revenus. Ecrivant au milieu du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il savait ce qui se passait dans les campagnes lorsque les prix changeaient, et comment la famine, &#224; l'image de celle qui frappa l'Irlande dans les ann&#233;es 1840, pouvait tuer des millions de personnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pourquoi la hausse des prix&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La droite r&#233;pond qu'il y a une demande excessive et trop de consommateurs. C'est faux. Dans les ann&#233;es 1840, l'Irlande exportait des c&#233;r&#233;ales pendant que les Irlandais mourraient de faim. C'est la m&#234;me chose aujourd'hui. Prenez les fleurs que nous achetons chez les fleuristes. Elles sont cultiv&#233;es, coup&#233;es et conditionn&#233;es dans des pays comme le Kenya ou l'Inde, et arrivent en Europe deux ou trois jours plus tard. Il s'agit de pays o&#249; la malnutrition est end&#233;mique et o&#249; des &#233;meutes de la faim se sont produites &#8211; mais la priorit&#233; est donn&#233;e &#224; la culture florale pour le profit, au lieu des vivres dont le besoin se fait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment sentir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La population&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La population mondiale ne cesse de s'accro&#238;tre &#8211; mais c'est aussi le cas de la production des denr&#233;es alimentaires. En fait, le surplus disponible est plus grand que jamais. Certains pr&#233;tendent qu'on produit d&#233;j&#224; le double des besoins alimentaires de base de la population mondiale. Et les capacit&#233;s de transport et de stockage ne cessant de s'am&#233;liorer, il serait facile de rem&#233;dier &#224; des p&#233;nuries locales ou temporaires avec des r&#233;serves accumul&#233;es dans les bonnes p&#233;riodes. C'est du reste la politique que sugg&#233;rait, dans l'Ancien Testament, Joseph au Pharaon d'Egypte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors qu'est-ce qui ne tourne pas rond&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le syst&#232;me alimentaire global est bris&#233;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pond l'Oxfam. Ils n'ont pas tort, mais le syst&#232;me a toujours &#233;t&#233; pervers. La v&#233;ritable cause qui s'interpose dans le rouage entre la production et la consommation, c'est le capitalisme et la course au profit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La plupart des gens s'imaginent que le syst&#232;me alimentaire mondial est bas&#233; sur les march&#233;s, et que les transactions qui y sont effectu&#233;es ont quelque chose &#224; voir avec l'&#233;conomie politique telle qu'on l'enseigne dans les lyc&#233;es et les universit&#233;s. Ce n'est pas vrai. Des milliards de gens consomment et deux milliards arrivent encore &#224; gagner leur subsistance &#224; c&#244;t&#233; des gros exploitants agricoles, mais au milieu, disposant d'une capacit&#233; quasi-absolue d'&#233;tranglement des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;march&#233;s&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on trouve les multinationales g&#233;antes de l'&lt;i&gt;agrobusiness&lt;/i&gt;. Ce ne sont pas seulement leurs d&#233;tracteurs qui le disent. Dwayne Andreas, le patron d'Archer Daniels Midland &#8211; l'une des multinationales g&#233;antes &#8211; disait en 1995&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il n'y a pas une seule graine, dans le monde entier, qui soit vendue sur le march&#233; libre. Pas une seule&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le seul endroit o&#249; le march&#233; libre existe, c'est dans les discours des politiciens.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des march&#233;s pas si libres que &#231;a&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres de la concentration du pouvoir dans la production vivri&#232;re mondiale sont choquants pour ceux qui croient que le capitalisme est gouvern&#233; par le march&#233; et la libre concurrence. Les agriculteurs ont besoin de semences, d'engrais, d'outils et de machines. La production de ces derniers est aujourd'hui sous le contr&#244;le d'un tr&#232;s petit nombre de multinationales. Six firmes dominent 75% de la production agrochimique, et quatre se partagent 50% celle des semences. Quatre compagnies g&#233;antes, appel&#233;es &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ABCD&lt;/span&gt;, d'apr&#232;s leurs initiales, dominent l'essentiel du commerce mondial des denr&#233;es alimentaires de base &#8211; Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Dreyfus. Elles sont les g&#233;ants invisibles qui contr&#244;lent pr&#232;s de 90% du commerce mondial des c&#233;r&#233;ales. Cargill, la plus importante, a un chiffre d'affaires d'environs 115 milliards de dollars, ce qui en fait la plus grosse soci&#233;t&#233; priv&#233;e de la plan&#232;te. Cela signifie qu'elle a les moyens de dissimuler la plus grande partie de ses activit&#233;s aux regards indiscrets. Mais ses yeux &#224; elle sont partout. Elle se vante d'utiliser l'imagerie satellitaire la plus r&#233;cente pour &#233;valuer la moisson mondiale. Des cyniques pr&#233;tendent que son syst&#232;me de renseignement parle d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec celui de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CIA&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres productions sont acquises par les soci&#233;t&#233;s g&#233;antes fabriquant des aliments - Kraft, Nestl&#233;, Altria (autrefois Philip Morris) et Unilever. Trois soci&#233;t&#233;s ach&#232;tent 80% de la production mondiale de coton, trois encore se partagent 80% des bananes, 90% du th&#233; passe entre les mains de six ou sept compagnies. L'intervenant du troisi&#232;me type est la grande cha&#238;ne de supermarch&#233;s &#8211; comme Walmart et Tesco qui ont aujourd'hui des liens directs avec les producteurs dans le monde entier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Additionnez toutes les soci&#233;t&#233;s concern&#233;es sur la plan&#232;te et vous verrez qu'elles sont quelques centaines &#224; dominer l'ensemble. Et pour faire bonne mesure, ces soci&#233;t&#233;s dirigent la plus grande partie de leur activit&#233; vers des paradis fiscaux d'une esp&#232;ce ou d'une autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les plus gros profits trouvent leur origine, non pas dans la production de nourriture, mais dans sa transformation en plats pr&#233;par&#233;s, conserves, boissons gazeuses, friandises et autres, que nous sommes exhort&#233;s &#224; acheter. Des milliards sont investis chaque ann&#233;es pour cr&#233;er de nouvelles choses &#224; manger et nous encourager &#224; les consommer. Le syst&#232;me se r&#233;pand dans le monde&#160;: des cha&#238;nes de supermarch&#233;s se sont empar&#233;es du secteur du commerce de d&#233;tail dans les villes nouvelles et les cit&#233;s d'Am&#233;rique latine et d'Asie. Mais la plus grande partie de ce que nous achetons finit &#224; la poubelle. Le reste, que nous soumettons en urgence &#224; une averse de micro-ondes, contribue &#224; l'&#233;panouissement de nos abdomens. Malgr&#233; ce que certains appellent la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pornographie de la bouffe&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; la t&#233;l&#233;, nous cuisinons bien moins de repas sains et &#233;quilibr&#233;s que par le pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps que les gondoles de supermarch&#233;s pr&#233;sentent fi&#232;rement des vari&#233;t&#233;s de plus en plus grandes de plats pr&#233;par&#233;s, 75% de la diversit&#233; de l'agriculture r&#233;elle s'est perdue au si&#232;cle dernier. Cela est d&#251; au fait que l'&lt;i&gt;agrobusiness&lt;/i&gt; exige une standardisation pour pouvoir acheter et vendre partout. Cargill, par exemple, se rengorge&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nous sommes la farine de votre pain, le bl&#233; dur de vos nouilles, et le sel de vos frites. Nous sommes le ma&#239;s de vos &lt;i&gt;tortillas&lt;/i&gt;, le chocolat de vos desserts et l'&#233;dulcorant de vos &lt;i&gt;soft drinks&lt;/i&gt;. Nous sommes l'huile de vos assaisonnements et le b&#339;uf, le porc et le poulet de vos d&#238;ners. Nous sommes le coton de vos v&#234;tements, la base de vos moquettes et l'engrais qui permet de vous nourrir.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Cela dit, si on peut donner un coup de pouce au prix de vente en pr&#233;tendant que vous avez un aliment exceptionnel &#8211; que ce yaourt abrite des bact&#233;ries sp&#233;cialement bonnes pour la sant&#233; ou que ce paquet de nourriture congel&#233;e contient des l&#233;gumes &lt;i&gt;bio&lt;/i&gt; &#8211; c'est encore mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas seulement le &lt;i&gt;big business &lt;/i&gt;qui s&#233;vit ici. Les Etats marchent la main dans la main avec le pouvoir des multinationales. La production globale est fauss&#233;e par de gigantesques r&#233;gimes de subventions, dans lesquels l'essentiel de l'argent va aux grosses exploitations et au gros &lt;i&gt;agrobusiness&lt;/i&gt;. Passant devant un pr&#233; &#224; vaches, vous verrez des animaux qui b&#233;n&#233;ficient d'une subvention quotidienne de l'Union europ&#233;enne qui leur permet d'&#234;tre mieux entretenus que la plupart des humains habitant l'Afrique. Regardez ce champ de bl&#233; &#8211; la subvention britannique atteint peut-&#234;tre 200&#163; &#224; l'hectare. Lorsque la soci&#233;t&#233; Tate &amp; Lyle vend du sucre &#224; perte sur le march&#233; mondial, elle touche des aides du gouvernement. Lorsque Gate Gourmet fournit du sucre et du lait destin&#233;s au th&#233; et au caf&#233; des passagers d'un avion, elle b&#233;n&#233;ficie des aides &#224; l'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le probl&#232;me des pauvres du monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Entre les ann&#233;es 1970 et les ann&#233;es 1990, le nombre de sous-aliment&#233;s semblait avoir d&#233;clin&#233;, passant de 870 millions &#224; environ 770 millions. La nourriture &#233;tait moins ch&#232;re, permettant au niveau de vie des plus pauvres de s'&#233;lever l&#233;g&#232;rement. Il semblait possible, lors du &lt;i&gt;World Food Summit&lt;/i&gt; de 1996, de prendre l'engagement de r&#233;duire de moiti&#233; le nombre des affam&#233;s &#224; l'horizon 2015. Cette promesse est d&#233;sormais aux oubliettes. Dans la d&#233;cennie et demie qui a suivi, le nombre des sous-aliment&#233;s a augment&#233;, d&#233;passant le milliard en 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un important &#233;l&#233;ment d'explication est que l'engagement &#224; r&#233;duire la faim dans le monde &#233;tait bas&#233; sur l'id&#233;e qu'on pouvait faire confiance au &lt;i&gt;big business &lt;/i&gt;op&#233;rant sur des march&#233;s qu'il contribuait &#224; truquer. Les pays pauvres am&#233;lioreraient leur sort en cultivant pour l'exportation. L'investissement viendrait des multinationales et des gros exploitants des pays les plus pauvres, et les petits paysans quitteraient la terre pour conna&#238;tre une vie meilleure dans les villes. Moyennant quoi l'aide au d&#233;veloppement agricole fut pratiquement abandonn&#233;e. Sa part dans l'aide totale au d&#233;veloppement passa de 20% &#224; 4%.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cet argument ne s'appliquait pas dans les pays avanc&#233;s qui fixaient les r&#232;gles. En Europe et en Am&#233;rique du Nord, les subventions ont atteint 250 milliards de dollars &#8211; 70 fois le montant de l'assistance aux paysans du tiers monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, de plus en plus de pays pauvres sont importateurs nets de produits alimentaires, en provenance le plus souvent des pays riches. Pr&#232;s de chez moi, dans les Midlands, on cultive des haricots qui seront export&#233;s en Egypte et au Moyen-Orient pour nourrir les gens et le b&#233;tail. Si la tendance actuelle se poursuit, on estime qu'en 2050 70% de la population mondiale vivra dans des pays d&#233;ficitaires en produits alimentaires. Cela n'a rien &#224; voir avec les capacit&#233;s de production. Le d&#233;clin dans la superficie de terres consacr&#233;es &#224; la production de denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; est le r&#233;sultat de la fa&#231;on perverse dont fonctionne la ru&#233;e vers les cultures destin&#233;es &#224; l'exportation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le patron de Cargill pose le cadre logique&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il y a une croyance erron&#233;e selon laquelle le besoin le plus grand du monde en d&#233;veloppement en mati&#232;re agricole est de cultiver des denr&#233;es alimentaires pour la consommation locale. C'est une erreur. Les pays devraient produire ce qu'ils font le mieux &#8211; et vendre.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Cela pourrait &#234;tre de la nourriture, mais c'est le plus souvent des fruits, des l&#233;gumes ou des produits &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;exotiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; destin&#233;s &#224; Tesco, Asda ou Sainsbury's. Cela pourrait &#234;tre la production de haricots de soya pour la nourriture du b&#233;tail ou l'huile de cuisine, ou l'huile de palme qui abonde dans les plats pr&#233;par&#233;s. Cela peut &#234;tre aussi la culture de produits non alimentaires comme les biocarburants et les fleurs. Ces cultures d'exportation sont aujourd'hui le lieu o&#249; se dirige l'essentiel de la recherche agronomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, la production locale des pays pauvres ne fait pas le poids face aux surplus subventionn&#233;s jet&#233;s par les pays riches sur le march&#233; mondial. Leur sucre, leur lait et m&#234;me leur viande de conserve ruinent la production locale non subventionn&#233;e, qui pourrait en fait &#234;tre plus rentable en termes &#233;conomiques stricts. Cela fait na&#238;tre une situation dans laquelle une partie des campagnes travaille &#224; la production pour l'exportation (souvent saisonni&#232;re) pendant que d'autres s'ent&#234;tent &#224; produire pour les march&#233;s locaux. L'ironie, c'est que 80% des plus pauvres du monde vivent dans les campagnes, &#224; proximit&#233; des denr&#233;es alimentaires &#8211; mais sans argent pour les acheter. Ici le monde a un autre aspect. &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Etre riche&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, disait un paysan, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;c'est avoir assez &#224; manger pour toute l'ann&#233;e.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les groupes de pression&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison pour laquelle il est difficile de briser ce cycle est que les conditions dans lesquelles les produits d'exportation p&#233;n&#232;trent dans le monde d&#233;velopp&#233; sont fix&#233;es par les gouvernements de ces pays et les lobbies de l'&lt;i&gt;agrobusiness,&lt;/i&gt; qui s'emploient &#224; prot&#233;ger leurs profits par la mise en place de droits de douane ou d'autres obstacles au commerce. Le message est le suivant&#160;: d'accord pour importer vos mati&#232;res premi&#232;res et vos denr&#233;es alimentaires brutes, mais nous taxons tout ce que vous fabriquez vous-m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis il y a la sp&#233;culation. Certains march&#233;s agricoles ont toujours &#233;t&#233; renomm&#233;s pour les variations de leurs cours. Mais aujourd'hui des augmentations et des baisses brutales apparaissent dans le commerce du bl&#233;, du ma&#239;s, du riz et d'autres denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Les &#233;conomistes sont divis&#233;s sur les explications &#224; donner &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Les apologistes du march&#233; nient que la sp&#233;culation ait une grande influence. Ils pr&#233;tendent que les variations des cours sont le produit de p&#233;nuries et de surplus r&#233;els, et ils ont m&#234;me le soutien d'&#233;conomistes plus critiques comme Paul Krugman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres insistent sur le fait que l'importance de la sp&#233;culation ne cesse de cro&#238;tre. 60% de la totalit&#233; des stocks de denr&#233;es alimentaires sont contr&#244;l&#233;s par les grosses soci&#233;t&#233;s. Quand on sp&#233;cule, on ach&#232;te non seulement la production actuelle mais aussi ce qu'on appelle les &lt;i&gt;futures&lt;/i&gt; &#8211; on obtient des engagements sur la production de l'ann&#233;e prochaine ou de la suivante. On esp&#232;re acheter &#224; bas prix et revendre cher. Cela a toujours &#233;t&#233; le comportement des gros n&#233;gociants, mais au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie nous avons vu l'argent, pouss&#233; par l'incertitude de la situation &#233;conomique, se diriger massivement vers le march&#233; des biens et des services. Les &lt;i&gt;hedge funds&lt;/i&gt; et les sp&#233;culateurs se tournent d&#233;sormais vers les denr&#233;es alimentaires parce qu'ils esp&#232;rent qu'elles sont &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;sistantes &#224; la crise&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les gouvernements peuvent alors pousser les prix vers le haut lorsque des craintes de p&#233;nurie provoquent des achats de panique, stocker ou introduire des restrictions aux commerce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il ne s'agit l&#224; que des transactions sur les r&#233;coltes. Des accaparements de terres sont op&#233;r&#233;s dans le monde entier &#224; la fois par des soci&#233;t&#233;s, et des Etats comme la Chine, qui veulent garantir leurs approvisionnements futurs. En Angleterre m&#234;me, la terre fait partie du &lt;i&gt;big business&lt;/i&gt;. Il y a quelques ann&#233;es, les banquiers utilisaient leurs bonus pour faire des acquisitions de prestige de terres rurales dans des r&#233;gions comme l'East Anglia. Aujourd'hui, ils les utilisent pour acheter de la terre en tant qu'investissement &#8211; c'est &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme de l'or avec un &lt;i&gt;cash flow&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, disait un agent immobilier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces variations de cours rendent difficiles aux exploitants la prise de d&#233;cision sur les quantit&#233;s &#224; cultiver de l'ann&#233;e &#224; venir. Il leur est tout aussi difficile de savoir quoi planter parce que certaines cultures sont interchangeables. Et il est probable que l'instabilit&#233; va plut&#244;t s'aggraver que diminuer dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Famine et abondance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; une &#233;ruption d'informations pessimistes sur la crise alimentaire, le probl&#232;me auquel nous sommes v&#233;ritablement confront&#233;s est que nous avons permis le d&#233;veloppement d'un syst&#232;me dans lequel il y a &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la famine dans l'abondance&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La croissance de la population mondiale se ralentit et on s'attend &#224; ce qu'elle s'arr&#234;te au milieu du si&#232;cle. Ce dont nous avons besoin, c'est de prendre le contr&#244;le du syst&#232;me alimentaire. Cela nous permettra de nous occuper du gaspillage dans les pays riches mais aussi d'accro&#238;tre la production dans les pays pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accent doit &#234;tre mis sur l'augmentation de la production dans le Sud Global parce que c'est l&#224; que le potentiel est le plus grand. Mais avant tout nous devons prot&#233;ger les deux milliards de personnes qui d&#233;pendent de 500 millions de petits paysans pour tout ou partie de leur subsistance des effets pervers du capitalisme global.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A long terme, les r&#233;volutionnaires appellent de leurs voeux un monde d'abondance construit sur la plus grande &#233;conomie possible de travail humain. Mais nous en sommes sans doute encore loin. Pour aujourd'hui, cela n'a pas de sens de continuer &#224; soutenir les grandes exploitations des pays riches ou les grands domaines des pays pauvres. L&#224; o&#249; la petite agriculture est importante, des tentatives plus modestes, allant dans le sens d'une assistance &#224; la construction de syst&#232;mes d'irrigation, de l'introduction de meilleures techniques, de s&#233;lection de semences, de fertilisants, etc., et l'encouragement de formes de coop&#233;ration agricole, ouvrent de v&#233;ritables perspectives de changement. Mais l'action au cas par cas dans cette direction ne suffira pas. Pour que ce soit efficace, il faut que l'&lt;i&gt;agrobusiness&lt;/i&gt; soit d&#233;tr&#244;n&#233;. Le v&#233;ritable changement ne viendra que lorsque le pouvoir de ceux qui dirigent le syst&#232;me dans le sens du profit sera remis en cause.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.socialistreview.org.uk/article.php?articlenumber=11718" class="spip_out"&gt;Food&#160;: between hunger and plenty - Traduction &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JM&lt;/span&gt; Guerlin&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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