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	<title>Revue Que Faire ?</title>
	<link>http://quefaire.lautre.net/</link>
	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Le fossoyeur de la dictature</title>
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		<dc:date>2011-03-12T14:24:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Alexander</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Double pouvoir</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve de masse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements d'&#201;gypte ont suscit&#233; des commentaires tr&#232;s contrast&#233;s. Anne Alexander affirme que la classe ouvri&#232;re est la force-cl&#233; de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne dans la marche en avant de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Double-pouvoir" rel="tag"&gt;Double pouvoir&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH100/arton259-43960.jpg&#034; width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements d'&#201;gypte ont suscit&#233; des commentaires tr&#232;s contrast&#233;s. Anne Alexander affirme que la classe ouvri&#232;re est la force-cl&#233; de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne dans la marche en avant de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; peine &#226;g&#233;e de quelques semaines, la R&#233;volution &#233;gyptienne voit le nombre des &#233;tiquettes contradictoires dont on l'affuble cro&#238;tre &#224; un rythme &#233;tourdissant. Elle est d&#233;peinte dans les m&#233;dias occidentaux comme la r&#233;volution &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;du jasmin&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; un exemple tout &#224; fait sympathique d'&#233;ruption spontan&#233;e de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pouvoir populaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sans dirigeants. Une fraction consid&#233;rable de l'opinion n&#233;oconservatrice am&#233;ricaine, prenant ses d&#233;sirs pour des r&#233;alit&#233;s, voit dans le renversement du dictateur Hosni Moubarak une confirmation de la pertinence des efforts de Georges W Bush pour imposer la d&#233;mocratie au Moyen-Orient &#224; la pointe des ba&#239;onnettes. Les analystes militaires de Stratfor et une grande partie des journalistes de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BBC&lt;/span&gt; semblent croire qu'il s'agit d'un coup d'&#201;tat militaire &#224; l'ancienne. Des voix s'&#233;l&#232;vent pour affirmer que nous en sommes en pr&#233;sence d'une r&#233;volte dirig&#233;e par internet, pendant que d'autres proclament qu'il s'agit d'une sinistre conspiration islamiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pr&#233;sent article adopte une perspective diff&#233;rente. Je pense que la R&#233;volution &#233;gyptienne d&#233;montre, avec une vigueur sans pr&#233;c&#233;dent dans le monde arabe depuis plus d'un demi-si&#232;cle, que la force qui peut v&#233;ritablement lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; par en bas est dans la classe ouvri&#232;re organis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gr&#232;ves qui se sont r&#233;pandues comme une tra&#238;n&#233;e de poudre &#224; travers l'&#201;gypte au cours des journ&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la chute de Moubarak ont rendu visible le pouvoir des travailleurs. Cela dit, ce sont des processus, plus profonds et &#224; plus long terme, de changement &#233;conomique, sur le plan &#224; la fois mondial et local, qui ont fractur&#233; l'&#201;tat &#233;gyptien et cr&#233;&#233; les conditions de la r&#233;volte. En particulier, la r&#233;action chimique entre les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales mises en place par le fils de Moubarak, Gamal, et ses comparses, et les cons&#233;quences de la crise &#233;conomique mondiale a jou&#233; un r&#244;le central dans la rupture mat&#233;rielle et id&#233;ologique des travailleurs d'avec le r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant la premi&#232;re phase de la r&#233;volution &#8211; les 18 jours de mobilisation, &#224; une &#233;chelle rappelant la R&#233;volution de 1848 ou la Russie de f&#233;vrier 1917 &#8211; &#233;tait aussi le produit de la 'culture de protestation' &#233;gyptienne, nourrie par une d&#233;cennie d'affrontements de rue entre l'&#201;tat et le peuple. Les journalistes occidentaux et les conseillers d'Obama peuvent avoir &#233;t&#233; pris au d&#233;pourvu par la soudaine &#233;ruption de col&#232;re contre un de leurs alli&#233;s les plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;stables&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais ceux qui ont &#233;t&#233; attentifs aux flux et aux reflux des protestations depuis 2000 &#8211; sur la Palestine, contre la guerre en Irak, pour la d&#233;mocratie et la r&#233;forme constitutionnelle, pour des augmentations de salaires ou les droits syndicaux, aussi bien que contre la torture pratiqu&#233;e par la police &#8211; n'avaient aucune raison d'&#234;tre surpris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'analyse de la dynamique du soul&#232;vement lui-m&#234;me montre que la r&#233;volution du 25&#160;janvier &#233;tait bien plus que l'agr&#233;gat de revendications &#233;conomiques et politiques disparates. C'est plut&#244;t l'&#233;chelle de la mobilisation &#224; la base, et la pression qu'elle a exerc&#233;e sur l'&#201;tat, qui a transform&#233; et approfondi le lien entre les luttes &#233;conomiques et le combat politique. Dans les derniers jours de Moubarak, c'est le d&#233;ploiement de la puissance sociale des travailleurs contre l'&#201;tat, et en particulier la vague de gr&#232;ves qui a d&#233;ferl&#233; le 8&#160;f&#233;vrier, qui a donn&#233; le coup de gr&#226;ce au r&#233;gime. Le fait que les gens &#233;taient encore dans la rue lorsque Moubarak a &#233;t&#233; forc&#233; d'abandonner le pouvoir ouvre des possibilit&#233;s d'extension du processus r&#233;volutionnaire dont on a d&#233;j&#224; eu un aper&#231;u dans la semaine qui a suivi la chute du dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fracture de l'&#201;tat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les officiers subalternes de l'arm&#233;e qui, en 1952, ont renvers&#233; la monarchie et pris le pouvoir ont mis l'&#201;gypte sur une voie de d&#233;veloppement qui &#233;tait celle du capitalisme d'&#201;tat. Sous la direction de Gamal Abdel Nasser, ils ont utilis&#233; les ressources de l'&#201;tat pour cr&#233;er des industries lourdes, pris le contr&#244;le du Canal de Suez pour financer la construction du barrage d'Assouan, et stimul&#233; une activit&#233; manufacturi&#232;re tourn&#233;e vers le march&#233; int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette strat&#233;gie &#233;conomique s'accompagnait de la cr&#233;ation d'institutions politiques visant &#224; lier les ouvriers et les paysans &#224; l'&#201;tat. Les travailleurs se virent offrir un contrat social dans lequel, en &#233;change de la renonciation &#224; leur ind&#233;pendance politique, ils pouvaient esp&#233;rer des avantages tels que l'aide au logement, l'&#233;ducation, d'autres &#233;l&#233;ments de protection sociale et une relative s&#233;curit&#233; de l'emploi. Le discours nass&#233;rien, en particulier dans sa derni&#232;re p&#233;riode, id&#233;alisait les ouvriers pour leur contribution au d&#233;veloppement national. Mais l'&#201;tat de Nasser brisa les organisations ouvri&#232;res ind&#233;pendantes, construisant &#224; leur place une f&#233;d&#233;ration syndicale officielle aux ordres du gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conditions qui avaient permis &#224; Nasser et ses alli&#233;s de poursuivre cette strat&#233;gie particuli&#232;re de d&#233;veloppement &#233;conomique commenc&#232;rent &#224; changer &#224; la fin des ann&#233;es 1960, les classes dirigeantes mondiales se mettant &#224; chercher des alternatives au d&#233;veloppement pilot&#233; par l'&#201;tat. Apr&#232;s la mort de Nasser, en 1970, son successeur, Anouar el Sadate, rompit avec l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; et avait, &#224; la fin de la d&#233;cennie, scell&#233; une nouvelle alliance avec les &#201;tats-Unis. Sadate inaugura une politique d'&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ouverture &#233;conomique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;infitah&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) dans le but de recevoir des pr&#234;ts des institutions financi&#232;res internationales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les ann&#233;es Moubarak, le processus d'&lt;i&gt;infitah&lt;/i&gt; continua en s'approfondissant, avec l'imposition d'un programme d'ajustement structurel apr&#232;s la Guerre du Golfe de 1991. Le pourcentage de travailleurs employ&#233;s par le secteur &#233;tatique passa de 40% en 1981 &#224; 32% en 2005. En fait, ces chiffres dissimulent une r&#233;alit&#233;, plus dramatique, de mont&#233;e du ch&#244;mage, d'ins&#233;curit&#233; croissante de l'emploi et de destruction de larges pans de la protection sociale. Entre 1998 et 2006, le pourcentage de salari&#233;s b&#233;n&#233;ficiant d'un contrat de travail chuta de 61,7% &#224; 42%, pendant que la proportion de ceux qui &#233;taient couverts par les assurances sociales passait de 54,1% &#224; 42,3% au cours de la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nasser avait construit un syst&#232;me politique qui, malgr&#233; les am&#233;nagements op&#233;r&#233;s par Sadate et Moubarak, lui surv&#233;cut pendant des dizaines d'ann&#233;es. M&#234;me si ses h&#233;ritiers ont permis &#224; une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;opposition&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; factice d'exister &#8211; du moment qu'elle restait faible et soumise au parti au pouvoir &#8211; ils n'ont pas chang&#233; fondamentalement le syst&#232;me politique de base. Jusqu'&#224; la r&#233;volution de 2011, l'&#201;gypte avait un syst&#232;me &#233;lectoral &#224; deux classes, les ouvriers et les paysans &#233;lisant un coll&#232;ge de repr&#233;sentants parlementaires pendant que les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;professions lib&#233;rales&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la classe moyenne en &#233;lisaient un autre. Ainsi, la f&#233;d&#233;ration syndicale contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat n'&#233;tait pas seulement un instrument de contr&#244;le social sur les lieux de travail, mais aussi une gigantesque machine &#233;lectorale dirigeant les partisans du r&#233;gime vers les bureaux de vote et fabriquant des foules de travailleurs acclamant Moubarak et ses affid&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au niveau id&#233;ologique aussi, le nass&#233;risme a surv&#233;cu &#224; son cr&#233;ateur pendant des dizaines d'ann&#233;es. L'identification des travailleurs &#224; un d&#233;veloppement national pilot&#233; par l'&#201;tat &#233;tait visible y compris dans les moments les plus aigus de la lutte de classe. La r&#233;sistance des travailleurs explosait bien de temps &#224; autre &#8211; par exemple en 1984 &#224; Mahalla al-Kubra, dans les aci&#233;ries de Helouan en 1989 et &#224; Kafr al-Daouar en 1994. Mais plut&#244;t que de poser les outils et d'arr&#234;ter la production, les travailleurs choisissaient g&#233;n&#233;ralement de mettre en place des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;work-ins&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - un geste destin&#233; &#224; d&#233;montrer qu'&#224; l'inverse de leurs dirigeants, ils &#233;taient toujours engag&#233;s dans une vision de sacrifice collectif pour le bien de la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nation&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;formes mises en place &#224; partir des ann&#233;es 1990 ont fractur&#233; le syst&#232;me nass&#233;rien &#224; plusieurs niveaux diff&#233;rents. La privatisation a pr&#233;lev&#233; des centaines de milliers de salari&#233;s des industries d'&#201;tat et transf&#233;r&#233; leurs primes et leurs allocations sociales, bas&#233;es sur le lieu de travail, sur le compte en banque d'actionnaires priv&#233;s. Priv&#233;e de son r&#244;le de courroie de transmission de l'&#201;tat-providence, la f&#233;d&#233;ration syndicale a commenc&#233; &#224; se d&#233;composer de l'int&#233;rieur. Elle continuait &#224; mobiliser les ouvriers pour les meetings &#233;lectoraux du parti dirigeant et &#224; harceler ceux qui tentaient d'organiser la r&#233;sistance par en bas, mais dans des r&#233;gions enti&#232;res sa structure organisationnelle &#233;tait une coquille vide, faite de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;membres sur le papier&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et d'une poign&#233;e de bureaucrates au service de leurs propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la fin 2006, une gr&#232;ve d'environ 25.000 travailleurs du textile de la &lt;i&gt;Misr Spinning and Weaving Company &lt;/i&gt;de Mahalla al-Koubra inaugura une vague prolong&#233;e de mobilisations ouvri&#232;res. Les gr&#232;ves se r&#233;pandirent rapidement d'un secteur &#224; un autre, et, parmi certains groupes de travailleurs comme les ouvriers du textile de Mahalla et les agents percepteurs du fisc, prirent un caract&#232;re ouvertement politique, exigeant le droit d'organiser des syndicats ind&#233;pendants et revendiquant une augmentation du salaire minimum national. L'adoption g&#233;n&#233;ralis&#233;e des gr&#232;ves comme mode de combat, &#224; la place des &lt;i&gt;work-ins,&lt;/i&gt; t&#233;moignait d'une mutation dans la conscience des travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est important de comprendre que ces d&#233;veloppement ne sont pas seulement le produit de facteurs locaux, mais sont intimement li&#233;s &#224; des processus globaux. L'imposition de programmes de r&#233;forme &#233;conomique d'inspiration n&#233;olib&#233;rale dans toute une vari&#233;t&#233;s de r&#233;gimes capitalistes-&#233;tatiques a &#233;t&#233; mise en place &#224; l'&#233;chelle mondiale. Des chocs &#224; court terme ont &#233;galement jou&#233; un r&#244;le central, notamment l'augmentation mondiale du prix des denr&#233;es alimentaires, qui a provoqu&#233; les protestations de salari&#233;s contre l'augmentation en spirale du co&#251;t de la vie bien avant l'&#233;clatement de la crise &#233;conomique globale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des br&#232;ches dans la muraille de la dictature&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La vague de gr&#232;ves de 2006 a &#233;clat&#233; dans un contexte qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; modifi&#233; par la protestation populaire. M&#234;me si, compar&#233; aux millions de manifestants qui ont pris part &#224; la r&#233;volution du 25&#160;janvier, le nombre des protestataires &#233;tait souvent relativement modeste, la fermentation de la rue depuis la seconde Intifada palestinienne de la fin 2000 &#233;tait la marque d'un changement important dans le paysage politique &#233;gyptien. La premi&#232;re avanc&#233;e r&#233;ellement significative se produisit en 2003, lorsque des dizaines de milliers de manifestants prirent le contr&#244;le de la place Tahrir pour protester contre l'invasion am&#233;ricaine de l'Irak, op&#233;rant une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;br&#232;che dans la muraille de la dictature&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme l'avait formul&#233; &#224; l'&#233;poque un r&#233;volutionnaire &#233;gyptien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autres br&#232;ches se firent jour dans la dictature au cours des ann&#233;es suivantes. En 2005, une alliance informelle de nass&#233;riens radicaux, de lib&#233;raux et de socialistes &#8211; soutenus par certains &#233;l&#233;ments des Fr&#232;res Musulmans &#8211; lan&#231;a une campagne pour s'opposer &#224; une nouvelle candidature de Moubarak &#224; la pr&#233;sidence et &#224; sa tentative de transmettre le pouvoir &#224; son fils Gamal. Des protestations de rue se cristallis&#232;rent autour du slogan &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Kifaya &lt;/i&gt;- &#231;a suffit&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et commenc&#232;rent &#224; attirer des nombres croissants de jeunes. Il est aujourd'hui difficile de se rappeler quelle d&#233;marche courageuse cela constituait pour les faibles forces des groupes radicaux oppositionnels. Ils osaient franchir la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ligne rouge&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; emp&#234;chant toute critique du pr&#233;sident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante vit une r&#233;volte de juges scandalis&#233;s par la fraude &#233;lectorale &#233;vidente et la pers&#233;cution de ceux qui la condamnaient. Des centaines de magistrats rev&#234;tus des insignes de leur fonction d&#233;fil&#232;rent dans les rues du Caire pour protester contre les mesures disciplinaires inflig&#233;es &#224; deux membres d'esprit r&#233;formiste de la Cour de Cassation. Le sentiment de voir un &#201;tat en lutte avec lui-m&#234;me &#233;tait pr&#233;sent alors que les policiers matraquaient les juges sur les marches de leur club et tiraient des grenades lacrymog&#232;nes sur les gens ordinaires qui soutenaient leur campagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La mont&#233;e du niveau des luttes ouvri&#232;res entra en intersection avec un regain de la mobilisation de la jeunesse en 2008, o&#249; l'on vit le r&#233;gime faire face &#224; ses d&#233;fis les plus importants avant la r&#233;volution de 2011. Un appel &#224; la gr&#232;ve d'ouvriers du textile de &lt;i&gt;Misr Spinning&lt;/i&gt; &#224; Mahalla fut repris par un r&#233;seau de jeunes militants. Un groupe Facebook soutenant les travailleurs de Mahalla et appelant &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de solidarit&#233; recruta environ 70.000 membres. Le 6&#160;avril 2008, la gr&#232;ve r&#233;elle de Mahalla fut bris&#233;e par la police, mais la r&#233;pression exerc&#233;e contre les manifestants d&#233;clencha une quasi-insurrection dans la ville. Pendant ce temps, la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gr&#232;ve Facebook&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; trouva un &#233;cho dans de grandes manifestations sur la plupart des campus universitaires et fit fermer les boutiques dans toute la capitale. La derni&#232;re mont&#233;e de protestation pr&#233;-25&#160;janvier eut lieu &#224; l'&#233;t&#233; de 2010, lorsque le meurtre d'un jeune militant, Khaled Said, par la police d&#233;clencha des manifestations de milliers de personnes dans sa ville natale d'Alexandrie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il serait facile, avec le recul du temps, de tracer une courbe rectiligne de la lutte de 2000 &#224; 2011. En r&#233;alit&#233;, ces vagues de protestations &#233;taient essentiellement discontinues, une s&#233;rie de manifestations connaissant l'&#233;chec, ou &#233;tant chass&#233;e des rues par les matraques, quelques mois avant l'&#233;ruption de la suivante. L'&#233;cart entre les revendications &#233;conomiques des travailleurs et les demandes tr&#232;s politiques des repr&#233;sentants de la classe moyenne appelant &#224; une r&#233;forme constitutionnelle &#233;tait, selon certains, un signe que toute tentative d'unifier les opposants &#224; Moubarak &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sortil&#232;ge de la peur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, la derni&#232;re d&#233;cennie de Moubarak joua un r&#244;le crucial dans sa chute. C'est sur la base de ces protestations disparates qu'une g&#233;n&#233;ration de militants venus de traditions politiques diff&#233;rentes &#8211; islamistes, nass&#233;riens, lib&#233;raux et socialistes &#8211; apprirent les techniques de l'organisation politique. Dans l'espace de ces dix ans, les groupes radicaux d'opposition acquirent une exp&#233;rience soutenue de l'organisation des protestations, de la maintenance de r&#233;seaux militants et de la construction d'alliances transcendant des traditions politiques diff&#233;rentes. Par dessus tout, ils bris&#232;rent le sortil&#232;ge de la peur de la politique dans la rue, que le r&#233;gime avait aliment&#233;e pendant plus d'une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toutes les protestations, c'est la vague de gr&#232;ve qui mit en place une dynamique, ce que la r&#233;volutionnaire polonaise Rosa Luxemburg appelait &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'action r&#233;ciproque&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, entre les luttes &#233;conomiques et politiques contre le r&#233;gime. Comme Luxemburg l'avait observ&#233; pendant la R&#233;volution russe de 1905, l'interaction entre les luttes &#233;conomiques et les luttes politiques ne pouvait simplement se comprendre comme une progression lin&#233;aire des revendications &#233;conomiques &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alimentaires&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; jusqu'&#224; la question politique du pouvoir d'&#201;tat. Le processus d'&lt;i&gt;action r&#233;ciproque&lt;/i&gt; pouvait &#234;tre vu &#224; l'&#339;uvre dans un mouvement pendulaire entre les luttes politiques et &#233;conomiques, disait-elle, lorsque &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;apr&#232;s chaque vague &#233;cumante d'action politique un s&#233;diment fructueux demeure, &#224; partir duquel des milliers de jeunes pousses de lutte &#233;conomique surgissent du sol&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cela dit, dans le cas des luttes ouvri&#232;res, leur puissance sociale et leur organisation collective conf&#233;raient y compris &#224; leurs luttes quotidiennes sur le lieu de travail une dimension politique qui ouvrait de nouveaux horizons d'action politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travailleurs &#233;gyptiens ont conquis de haute lutte les droits m&#234;mes que bien d'autres campagnes &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;politiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en faveur de la d&#233;mocratie avaient &#233;t&#233; forc&#233;es d'abandonner sous la pression de l'&#201;tat&#160;: le droit de r&#233;union, le droit de manifestation, la libert&#233; d'expression. La vague de gr&#232;ve cr&#233;a des espaces de discussion et d'organisation dans des milliers de lieux de travail dans tout le pays, r&#233;pandant la lutte en profondeur dans les pores de la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s le 25&#160;janvier 2011, des processus qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s au cours de la d&#233;cennie &#8211; la bataille pour le contr&#244;le de la rue avec la police, des revendications mena&#231;ant directement Moubarak, l'interaction croissante entre les luttes politiques et &#233;conomiques &#8211; se trouv&#232;rent soudain comprim&#233;s dans l'espace de quelques jours. Les initiatives vinrent de militants d'opposition qui saisirent l'opportunit&#233; offerte par le renversement de Ben Ali en Tunisie pour appeler &#224; des manifestations nationales. Un groupe Facebook appelant aux manifestations, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Nous sommes tous Khaled Said&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, d'apr&#232;s le nom du militant assassin&#233; par la police d'Alexandrie &#224; l'&#233;t&#233; 2010, rassembla de centaines de milliers de correspondants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un alignement des groupes oppositionnels radicaux prit forme, rassemblant des socialistes r&#233;volutionnaires, des lib&#233;raux, des militants pro-d&#233;mocratie, des nass&#233;riens, des syndicalistes ind&#233;pendants et finalement les Fr&#232;res Musulmans. Les organisateurs des manifestations se mirent d'accord sur une nouvelle tactique pour mettre en &#233;chec les barrages policiers&#160;: toute une s&#233;rie de points de ralliement diff&#233;rents, plut&#244;t qu'un d&#233;fil&#233; ou un rassemblement central.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au matin du 25&#160;janvier, il &#233;tait clair que l'&#233;chelle des manifestations &#233;tait sup&#233;rieure &#224; tout ce que l'&#201;gypte avait vu depuis des ann&#233;es, peut-&#234;tre des dizaines d'ann&#233;es. Une douzaine, puis une centaine, puis des milliers de br&#232;ches furent ouvertes dans le mur de la dictature. Des dizaines de milliers de personnes s'engouffr&#232;rent dans ces br&#232;ches&#160;: &#224; Nasr City, &#224; Gizeh et &#224; Choubra, &#224; Alexandrie, &#224; Mansoura, &#224; Suez, &#224; Assiout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les jours suivants, les manifestations prirent de l'ampleur. Le vendredi 28&#160;janvier vit le premier test important du mouvement. La police boucla le centre des villes, et le r&#233;gime coupa les r&#233;seaux de t&#233;l&#233;phonie mobile et internet. Les manifestants utilis&#232;rent les mosqu&#233;es comme points de ralliement et se mirent en marche pour reprendre les rues. Les estimations de leur nombre font &#233;tat de centaines de milliers, des foules &#233;normes de manifestants engageant le combat avec la police. Moubarak renvoya son gouvernement, retira la police de ses commissariats en ruines et d&#233;ploya l'arm&#233;e. Des comit&#233;s populaires locaux viront le jour dans tout le pays, prot&#233;geant les maisons et les quartiers des attaques de voyous, parmi lesquels on reconnut beaucoup de policiers en civil. D'autres manifestations au cours du week-end culmin&#232;rent, le mardi 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;f&#233;vrier, dans une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;marche des millions&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui finalement arracha des concessions &#224; Moubarak. Dans un discours t&#233;l&#233;vis&#233;, il d&#233;clara qu'il ne se repr&#233;senterait pas aux &#233;lections et promit que la constitution serait en partie r&#233;&#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#233;gime contre-attaqua le vendredi 2&#160;f&#233;vrier, mobilisant ses nervis en civil pour attaquer les manifestations &#224; Alexandrie et au Caire. Les manifestants de la place Tahrir firent face &#224; un assaut surprise de combattants arm&#233;s de pierres, de couteaux et de cocktails Molotov, mont&#233;s sur les chevaux et les chameaux habituellement utilis&#233;s pour promener les touristes aux Pyramides. Pendant deux jours, la bataille fit rage pour le contr&#244;le de la place, avec des avanc&#233;es et des reculs, et finalement les manifestants prirent le dessus. Des centaines de milliers de personnes manifest&#232;rent &#224; nouveau le vendredi suivant, appel&#233; cette fois le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Jour du D&#233;part&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pendant ce temps, le r&#233;gime recherchait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment des interlocuteurs potentiels pour un &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dialogue&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Certains groupes d'opposition, parmi lesquels les Fr&#232;res Musulmans, envoy&#232;rent des repr&#233;sentants rencontrer le nouveau vice-pr&#233;sident nomm&#233; par Moubarak,Omar Souleyman, l'ancien chef de la police secr&#232;te, surnomm&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dracula&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Des sections de la classe dirigeante, notamment des personnalit&#233;s comme les hommes d'affaires Ahmed Bahgat et Naguib Saouiris, commenc&#232;rent &#224; soutenir ouvertement certaines des revendications des manifestants, tout en essayant de se positionner en vue de jouer un r&#244;le politique dans la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;p&#233;riode de transition&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; venir.Des dizaines de milliers de personnes continuaient &#224; occuper le terrain dans les rues et, malgr&#233; la rh&#233;torique violente utilis&#233;e par les porte-parole du r&#233;gime et ses journalistes aux ordres, des gens nouveaux commenc&#232;rent &#224; venir. Des familles avec des enfants en bas &#226;ge se m&#234;l&#232;rent &#224; la foule de la place Tahrir, o&#249; un jeune couple fut mari&#233; l'apr&#232;s-midi du dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les gr&#232;ves&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est le mardi 8&#160;f&#233;vrier que le rapport de forces devait se modifier &#224; nouveau &#8211; cette fois-ci, de fa&#231;on d&#233;cisive, &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; Moubarak. Une s&#233;rie de gr&#232;ves se d&#233;veloppa &#224; partir de quelques lieux de travail - les ouvriers de maintenance du canal de Suez, les salari&#233;s des t&#233;l&#233;coms du Caire et les sid&#233;rurgistes d'Hellouan furent parmi les premiers &#8211; gagnant en vigueur en se r&#233;pandant dans toute l'&#201;gypte. D&#232;s le 9&#160;f&#233;vrier, le Centre Egyptien des Droits Sociaux et Economiques estimait &#224; 300.000 le nombre de travailleurs en gr&#232;ve, dans 15 gouvernorats. Des techniciens hospitaliers et des ouvriers des cimenteries aux salari&#233;s des postes et du textile, ils occup&#232;rent et pos&#232;rent les outils, brandissant une mixture puissante de revendications &#233;conomiques et de soutien &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des d&#233;l&#233;gations de gr&#233;vistes rejoignirent alors la foule assembl&#233;e Place Tahrir et devant le palais pr&#233;sidentiel ainsi qu'&#224; l'ext&#233;rieur de l'immeuble de la radio-t&#233;l&#233;vision, au bord du Nil. Au milieu de rumeurs de sa d&#233;mission, Moubarak fit une d&#233;claration t&#233;l&#233;vis&#233;e finale le jeudi 10&#160;f&#233;vrier, mais persistait &#224; refuser de se d&#233;mettre. On aper&#231;ut sur la Place Tahrir un petit nombre d'officiers s'adressant &#224; la foule. Un grad&#233; t&#233;l&#233;phona &#224; Al Jazeera pour d&#233;missionner en direct et annoncer qu'il avait rejoint la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;volution du peuple&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pendant que les chefs de l'arm&#233;e conf&#233;raient &#224; huis clos pendant des heures, les foules enflaient de plus belle. Le Caire semblait prendre son &#233;lan pour l'insurrection finale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;difice de l'&#201;tat s'&#233;croula finalement le 11&#160;f&#233;vrier. Les officiers sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e prirent le pouvoir et d&#233;mirent Moubarak de ses fonctions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs sont apparents dans le d&#233;roulement dans la r&#233;volution du 25&#160;janvier. D'abord, les 18 jours de confrontations furent sous-tendus par un grand nombre des dynamiques de protestation n&#233;es au cours de la d&#233;cennie, mais qui oeuvraient plus en profondeur et sur une &#233;chelle de temps bien plus courte. Les manifestants se rendirent ma&#238;tres de zones-cl&#233;s des grandes villes, en particulier la Place Tahrir, et les transform&#232;rent en bases strat&#233;giques du mouvement r&#233;volutionnaire. La Place tahrir, avec ses comit&#233;s de s&#233;curit&#233; autonomes, ses barricades &#233;bou&#233;es, ses m&#233;decins volontaires et ses balayeurs de rues, sa sono, ses tentes et ses banderoles, devint &#8211; comme les centaines d'usines occup&#233;es dans les cinq ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes &#8211; un territoire lib&#233;r&#233;. C'&#233;tait un forum de d&#233;bats, mais aussi un centre d'organisation &#224; partir duquel les militants partaient organiser des discussions pour gagner les usines, les bureaux et les quartiers &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;fense de cet espace reposait non seulement sur le poids m&#234;me de la multitude, mais aussi sur l'organisation politique. Les militants de jeunesse des Fr&#232;res Musulmans, par exemple, jou&#232;rent un r&#244;le central dans la protection de la place contre les attaques des nervis du r&#233;gime et dans les check-points autour du p&#233;rim&#232;tre. Pourtant les Fr&#232;res ne domin&#232;rent pas l'espace int&#233;rieur, coinc&#233;s qu'ils &#233;taient dans leurs propres contradictions &#8211; en &#233;quilibre instable entre l'identification des jeunes membres avec le mouvement r&#233;volutionnaire dans son ensemble et les aspirations de sa direction &#224; conclure un accord avec l'&#201;tat. Cet &#233;quilibre, non seulement permettait de maintenir la rue ouverte pour la protestation, mais aussi cr&#233;ait un espace &#224; l'int&#233;rieur duquel, malgr&#233; leurs nombres plus r&#233;duits, les &#233;l&#233;ments de la gauche r&#233;volutionnaire ont pu toucher une audience et faire des recrues nouvelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En second lieu, si la r&#233;volution s'&#233;tait cantonn&#233;e dans les rues, m&#234;me avec le nombre de ceux qui sont entr&#233;s dans l'ar&#232;ne apr&#232;s le 25&#160;janvier, il n'est pas certain que cela aurai suffi &#224; faire craquer l'&#201;tat par en haut. De la m&#234;me mani&#232;re qu'au cours de la pr&#233;c&#233;dente d&#233;cennie de luttes pour la d&#233;mocratie et les r&#233;formes, l'alliance de diff&#233;rents groupes sociaux et politiques mobilis&#233;s pour le changement ne fit aucune perc&#233;e jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution croise le domaine politique avec le domaine social, des rues aux lieux de travail, poussant les travailleurs &#224; passer &#224; l'action collective, fusionnant leurs revendications avec les vis&#233;es plus larges du mouvement. De plus, les fissures dans la machinerie &#233;tatique de contr&#244;le politique et social qui ont permis &#224; ce processus de se produire ne sont pas simplement apparues le 25&#160;janvier, mais ont bien plut&#244;t leur origine dans l'impact &#224; long terme des r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales sur la structure de l'&#201;tat nass&#233;rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, il y a la question du r&#244;le de l'arm&#233;e. Essentiellement, ce &#224; quoi est parvenu le mouvement de masse par en bas a consist&#233; &#224; forcer une composante de l'&#201;tat &#8211; le Haut Commandement des Forces Arm&#233;es &#8211; &#224; op&#233;rer l'ablation du cancer que Moubarak &#233;tait devenu pour sauvegarder l'&#201;tat dans son ensemble. Il est clair que ce n'est pas la m&#234;me chose que la prise du pouvoir par le mouvement de masse agissant pour son propre compte. Les forces arm&#233;es ne se sont pas non plus d&#233;sint&#233;gr&#233;es verticalement, par l'apparition de divisions entre commandants rivaux, ou horizontalement, selon des clivages de classe comme l'avait fait l'arm&#233;e russe en 1917. Pourtant ce serait une erreur que de consid&#233;rer l'&#233;viction de Moubarak comme un simple coup d'&#201;tat, ou de sous-estimer les difficult&#233;s qu'affronteront les dirigeants militaires s'ils cherchent &#224; d&#233;mobiliser le mouvement r&#233;volutionnaire par la force. La situation est fondamentalement diff&#233;rente de celle de 1952, o&#249; un cercle r&#233;duit d'officiers subalternes &#233;tait pass&#233; &#224; l'action apr&#232;s que le mouvement de protestation de masse se soit trouv&#233; temporairement &#233;puis&#233;. Les rues &#233;taient vides lorsque Nasser mena ses troupes prendre le palais, la station de radio et les casernes. Ici, le retour de la lutte sociale devient &#224; nouveau crucial. En f&#233;vrier 2011, la r&#233;volution avait d&#233;j&#224; p&#233;n&#233;tr&#233; dans les lieux de travail lorsque les militaires ont agi. En 1952, une seule gr&#232;ve, celle des ouvriers du textile de Kafr al-Daouar, mena&#231;a le nouveau r&#233;gime militaire et elle fut bris&#233;e par l'arm&#233;e. Une semaine apr&#232;s la chute de Moubarak, des centaines de lieux de travail &#233;taient en gr&#232;ve, parmi lesquels l'usine textile g&#233;ante de Mahalla, avec ses 24.000 ouvriers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour qu'il y ait un v&#233;ritable changement pour les millions d'Egyptiens ordinaires, et pas seulement les milliardaires comme Naguib Saouiri et Ahmed Bahgat, la r&#233;volution doit s'approfondir encore. Les travailleurs organis&#233;s deviennent une force sociale dans le mouvement r&#233;volutionnaire en cours de d&#233;veloppement, et ils ont consciemment d&#233;ploy&#233; leur puissance sociale collective pour r&#233;aliser le premier objectif politique du mouvement&#160;: l'&#233;viction de Moubarak. En 18 jours &#224; peine, les travailleurs &#233;gyptiens ont progress&#233; davantage sur la voie de la lib&#233;ration humaine que leurs parents et leurs grands parents dans toute leur vie. Mais il reste encore beaucoup &#224; faire&#160;: virer les cr&#233;atures du parti dirigeant de tous les lieux de travail et de tous les quartiers, construire des syndicats ind&#233;pendants et, par dessus tout, cr&#233;er de nouvelles institutions de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qui peuvent commencer &#224; fonctionner, ne serait-ce que de mani&#232;re embryonnaire, comme des centres alternatifs de pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.socialistreview.org.uk/article.php?articlenumber=11580" class="spip_out"&gt;The gravedigger of dictatorship &lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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