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	<title>Revue Que Faire ?</title>
	<link>http://quefaire.lautre.net/</link>
	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Oppressions sp&#233;cifiques et lutte des classes</title>
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		<dc:date>2010-05-04T23:35:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Benichou, Yoan Sfara</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Classes</dc:subject>

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&lt;p&gt;Racisme, sexisme, homophobie, etc... Comment lutter contre les diff&#233;rentes formes d'oppression&#160;? Ces luttes doivent-elles &#234;tre comprises dans la lutte contre le syst&#232;me ou men&#233;es de mani&#232;re sp&#233;cifique&#160;? De la r&#233;ponse &#224; cette question d&#233;coulent, traditionnellement, deux possibilit&#233;s strat&#233;giques.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est issue d'une analyse qui consid&#232;re que les oppressions sont la cons&#233;quence du syst&#232;me capitaliste qui les utilise et qu'elles dispara&#238;tront avec lui. Il s'agit, alors, de concentrer exclusivement ses (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-no03-mars-avril-2010" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - n&#176;03 - Mars/Avril 2010&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Feminisme" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Racisme" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Classes" rel="tag"&gt;Classes&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L127xH150/arton201-b1acb.png&#034; width='127' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Racisme, sexisme, homophobie, etc... Comment lutter contre les diff&#233;rentes formes d'oppression&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ces luttes doivent-elles &#234;tre comprises dans la lutte contre le syst&#232;me ou men&#233;es de mani&#232;re sp&#233;cifique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? De la r&#233;ponse &#224; cette question d&#233;coulent, traditionnellement, deux possibilit&#233;s strat&#233;giques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re est issue d'une analyse qui consid&#232;re que les oppressions sont la cons&#233;quence du syst&#232;me capitaliste qui les utilise et qu'elles dispara&#238;tront avec lui. Il s'agit, alors, de concentrer exclusivement ses forces dans la lutte contre le rapport d'exploitation, celui-ci &#233;tant la base du syst&#232;me. La deuxi&#232;me strat&#233;gie est issue d'une compr&#233;hension atemporelle des rapports d'oppression qui les consid&#232;re donc, ind&#233;pendamment du syst&#232;me qui les organise. Selon ce postulat, la lutte contre l'oppression doit &#234;tre d&#233;tach&#233;e de celle contre l'exploitation, quitte &#224; reproduire les contradictions de classe au sein des mouvements &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sp&#233;cifiques&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; contre l'oppression (tenter de rassembler, par exemple, les femmes chefs d'entreprise et les salari&#233;es pr&#233;caires au sein du m&#234;me mouvement pour le droit des femmes). Le livre d'Angela Davis offre une troisi&#232;me voie strat&#233;gique&#160;: celle d'une lutte sans concession contre toutes les oppressions dans le cadre d'un combat global contre le syst&#232;me capitaliste qui les produit. &#192; partir de l'exemple des mouvements pour l'abolition de l'esclavage et du mouvement pour les droits des femmes, Femmes, races et classes expose l'importance et la nature politique des liens et des d&#233;chirements entre ces mouvements. Le livre montre, d'un c&#244;t&#233;, que les victoires de ces mouvements sont le r&#233;sultat de leurs convergences autour de combats rassembleurs mais &#233;galement, d'un autre c&#244;t&#233;, que leurs &#233;checs sont le produit d'une incapacit&#233; &#224; surmonter leurs contradictions internes, celles-ci &#233;tant le reflet des contradictions de classe existantes au sein de la soci&#233;t&#233;. Pour Angela Davis les mouvements sp&#233;cifiques peuvent &#234;tre n&#233;cessaires mais, ils aboutissent &#224; la paralysie ou, pire, &#224; la r&#233;action s'ils ne sont pas bas&#233;s, dans la th&#233;orie comme dans la pratique, sur la compr&#233;hension de l'oppression comme &#233;tant une question de classe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de direction de la soci&#233;t&#233;&#160;: esclavage ou exploitation capitaliste&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle aux &#201;tats-Unis repr&#233;sente une p&#233;riode de fracture. Deux r&#233;gimes antagonistes existent et se pr&#233;parent &#224; un affrontement violent en vue de la direction de la soci&#233;t&#233;. Il y a, en premier lieu, le Sud dirig&#233; par une classe esclavagiste de propri&#233;taires fonciers, repr&#233;sent&#233;s par le Parti D&#233;mocrate, et dont la survie d&#233;pend de l'utilisation massive d'une main d'&#339;uvre agricole esclave. Cette classe est en crise &#224; l'aube du xixe si&#232;cle &#224; cause de l'abolition de la Traite transatlantique qui bloque toute importation de main d'&#339;uvre nouvelle, ne laissant comme alternative que la reproduction des esclaves d&#233;j&#224; pr&#233;sents. De l'autre c&#244;t&#233; il y a, au Nord, une nouvelle classe&#160;: la bourgeoisie industrielle (organis&#233;e dans le Parti R&#233;publicain), qui repr&#233;sente l'essor du capitalisme et qui est tr&#232;s demandeuse d'une main d'&#339;uvre libre pouvant remplir ses usines. L'afflux d'immigr&#233;s venus d'Europe ne peut, alors, &#234;tre suffisant pour une industrie en pleine croissance qui regarde avidement vers le Sud et ses quatre millions d'esclaves enchain&#233;s dans les propri&#233;t&#233;s agricoles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'abolition ou la d&#233;fense de l'esclavage devient une question cl&#233; pour le maintientde la classe dominante du Sud et le d&#233;veloppement de celle du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Naissance de l'abolitionnisme&#160;: les r&#233;voltes d'esclaves, l'humanisme capitaliste et les femmes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement abolitionniste part des milieux quakers, un courant de l'&#201;glise chr&#233;tienne progressiste sur la cause des Noirs et des Am&#233;rindiens dont les membres sont issus de la bourgeoisie du Nord. Il &#233;merge dans les ann&#233;es 1830, au moment de la derni&#232;re grande r&#233;volte d'esclaves (r&#233;volte de Nat Turner, du nom de son dirigeant). L'agitation parmi les esclaves se fait de plus en plus visible que ce soit de mani&#232;re directe (sabotages, assassinats et soul&#232;vements etc.) ou indirecte (fuites, contr&#244;le des naissances, alphab&#233;tisation par un r&#233;seau d'&#233;coles secr&#232;tes etc.). Pourtant, jamais les Noirs n'ont &#233;t&#233; associ&#233;s au mouvement abolitionniste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par contre, d&#232;s le d&#233;but, le mouvement abolitionniste re&#231;oit le soutien des femmes, des ouvri&#232;res comme des bourgeoises. Les travailleuses dans ces ann&#233;es l&#224; luttent activement pour l'am&#233;lioration de leurs conditions de travail, assimilant leur exploitation &#224; l'esclavage, tandis que les bourgeoises, cloitr&#233;es dans leur foyer o&#249; on les affecte &#224; l'entretien de la maison et &#224; l'&#233;ducation des enfants, voient le mariage comme de l'esclavage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_84 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L477xH800/greve_femmes-ac50e.jpg' width='477' height='800' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Pour Angela Davis les mouvements sp&#233;cifiques aboutissent &#224; la paralysie s'ils ne sont pas bas&#233;s sur la compr&#233;hension de l'oppression comme une question de classe&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les femmes bourgeoises organisent le mouvement&#160;: l'origine d'une prise de conscience&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors que les ouvri&#232;res ne peuvent s'investir dans le mouvement faute de temps, les bourgeoises, qui ont les moyens financiers et intellectuels ainsi que beaucoup de temps libre, vont s'investir pleinement dans la lutte. Habitu&#233;es aux pratiques des clubs de bienfaisance, elles investissent la rue pour faire signer des p&#233;titions et r&#233;colter de l'argent, ce qui leur permet &#224; la fois de fuir la sph&#232;re familiale et de protester contre leur exclusion de l'ar&#232;ne politique. N&#233;anmoins, elles doivent se battre pour obtenir leur place dans le mouvement abolitionniste. Les femmes n'avaient jamais parl&#233; en public, encore moins si le public &#233;tait mixte, et les hommes du mouvement abolitionniste, pas plus progressistes sur la question des femmes que le reste de la soci&#233;t&#233;, n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; ce que cela change. Par l'action politique et par leur confrontation avec le sexisme dans le mouvement abolitionniste, les femmes prennent conscience de leur oppression dans la soci&#233;t&#233; et entament la lutte pour leurs droits. Un mouvement dans le mouvement est en train de na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un combat peut en forger un autre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le mouvement pour le droit des femmes nait de l'exp&#233;rience des femmes dans le mouvement abolitionniste, d'abord contre le sexisme au sein du mouvement puis pour la conqu&#234;te des droits des femmes. Emp&#234;ch&#233;es d'intervenir en public par les hommes du mouvement, prises &#224; partie par les racistes dans les meetings et dans la rue, les femmes, qui se sont endurcies par ces confrontations, prennent conscience de leur oppression et se servent des armes qu'elles ont acquises dans le mouvement abolitionniste pour la combattre. Elles ont acquis l'exp&#233;rience de l'organisation, des r&#233;unions, de la prise de parole et de l'activit&#233;. Leur formation est autant th&#233;orique que militante. Le mouvement abolitionniste a form&#233; plusieurs dirigeantes qui vont devenir des portes parole efficaces du mouvement pour le droit des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un seul mot d'ordre&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#233;galit&#233; des droits&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les femmes mettent en relation, d&#232;s le d&#233;but, le combat contre l'esclavage et celui pour leurs droits. La revendication est la m&#234;me&#160;: l'acc&#232;s aux droits politiques et &#233;conomiques. La strat&#233;gie est l'unit&#233; des opprim&#233;s, sans priorit&#233; d'un groupe sur un autre. Pour une des dirigeantes du mouvement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;tant qu'ils n'obtiendront pas leurs droits, nous n'aurons pas les n&#244;tres&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le mouvement pour les droits des femmes re&#231;oit, d&#232;s le d&#233;but, l'hostilit&#233; des hommes blancs et le soutien des Noirs, donnant naissance &#224; un vaste mouvement pour l'&#233;galit&#233; des droits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'importance des bases politiques et sociales d'un mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, des limites existent dans le mouvement abolitionniste. Celles-ci vont finalement d&#233;terminer la nature du mouvement pour les droits des femmes. Elles sont de trois ordres. La premi&#232;re, le sexisme, est &#224; l'origine de l'&#233;mergence du mouvement des femmes. Les deux autres, par contre, vont conduire tant &#224; l'&#233;clatement du mouvement abolitionniste qu'&#224; la transformation de mots d'ordres du mouvement des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier obstacle&#160;: le racisme. En effet, le mouvement pour l'abolition de l'esclavage n'a pas d&#233;velopp&#233; de conscience antiraciste et, le mouvement pour le droit des femmes ne l'a pas significativement d&#233;pass&#233; sur cette question. Les femmes Noires du mouvement abolitionniste ne sont pas associ&#233;es au mouvement des femmes. Pourtant, bien qu'on essaye de les emp&#234;cher de parler aux meetings f&#233;ministes et de participer aux clubs de femmes, les femmes noires s'emparent du mouvement et s'en trouvent, parfois, &#224; la pointe, combattant avec autant de virulence le sexisme des hommes et le racisme des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me obstacle a &#233;t&#233; la nature bourgeoise du mouvement pour les droits des femmes. Alors que les ouvri&#232;res &#233;taient &#224; la t&#234;te du mouvement ouvrier am&#233;ricain et luttaient activement &#224; cette p&#233;riode, les dirigeantes du mouvement pour les droits des femmes les ont ignor&#233;es. Cela s'est r&#233;v&#233;l&#233; lors de la premi&#232;re Convention des droits des femmes, &#224; Seneca Falls en 1848&#160;: aucune femme noire et une seule femme ouvri&#232;re &#233;tait pr&#233;sente. L'essentiel des discussions a, alors, port&#233; sur la question du mariage (ce qui correspondait principalement aux pr&#233;occupations des femmes ais&#233;es). De cette conf&#233;rence, rien n'est ressorti sur la condition des femmes ouvri&#232;res et des femmes Noires. Le mot d'ordre principal de la d&#233;claration finale de la Convention est le droit de vote pour les femmes. C'est autour de cette revendication que le mouvement pour les droits des femmes va, apr&#232;s, se d&#233;chirer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Installation du capitalisme&#160;: fausse victoire et mise en concurrence des opprim&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La guerre de S&#233;cession qui &#233;clate en 1861 entre le Nord et le Sud autour de la question de l'abolition de l'esclavage mobilise le mouvement abolitionniste et le mouvement pour les droits des femmes qui demande l'&#233;mancipation des Noirs pour les int&#233;grer dans l'arm&#233;e de l'Union (du Nord). C'est la derni&#232;re fois que les femmes demandent l'&#233;galit&#233; des droits civiques et politiques tant pour les Noirs que pour les femmes&#160;: apr&#232;s la guerre, qui se termine en 1865 par la victoire du Nord capitaliste, des affrontements violents vont &#233;clater dans le mouvement pour l'&#233;galit&#233; des droits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On th&#233;orise alors dans le mouvement pour le droit des femmes que l'abolition de l'esclavage a donn&#233; aux Noirs l'&#233;galit&#233; &#233;conomique. Ils seraient donc, maintenant, au m&#234;me niveau que les femmes. Il ne manquerait, ainsi, qu'aux deux groupes l'acc&#232;s au pouvoir politique, c'est-&#224;-dire pour les dirigeants du mouvement des femmes et celui des Noirs&#160;: le droit de vote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, les classes dirigeantes ne semblent dispos&#233;es &#224; donner le droit de vote qu'&#224; un seul groupe. Effectivement, pour la bourgeoisie industrielle nordiste d&#233;fendue par le parti r&#233;publicain, le vote des Noirs, pr&#233;sents majoritairement dans le Sud, va assurer son h&#233;g&#233;monie politique sur les classes esclavagistes vaincues, alors que le vote des femmes ne lui apporterait aucun b&#233;n&#233;fice comparable. Au contraire, les femmes du Sud voteraient plus comme leur maris d&#233;mocrates et racistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les id&#233;es de la classe dominante dominent le mouvement...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour les dirigeantes les plus influentes du mouvement pour les droits des femmes, la lutte des Noirs et la lutte des femmes ne sont plus compl&#233;mentaires mais oppos&#233;es&#160;: avec le droit de vote, les Noirs vont s'&#233;lever au niveau des blancs et entrer dans la cat&#233;gorie des oppresseurs. Plus que &#231;a, ils ne peuvent qu'&#234;tre pires que les blancs&#160;: ayant &#233;t&#233; dans la servitude pendant plusieurs si&#232;cles, une fois lib&#233;r&#233;s ils se retourneront contre les femmes. Pour une des dirigeantes du mouvement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;il vaut mieux &#234;tre l'esclave d'un Blanc instruit que celle d'un Noir avili et inculte&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pour le mouvement des femmes, le mot d'ordre est maintenant clair&#160;: priorit&#233; aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le racisme fonctionne et divise&#160;: mutation sociale et politique du mouvement des femmes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On assiste alors &#224; un rapprochement entre les dirigeantes du mouvement pour le droit des femmes comme Elizabeth Stanton et Susan B. Anthony avec des politiciens d&#233;mocrates sudistes extr&#234;mement racistes qui d&#233;fendent la priorit&#233; du vote de femmes sur celui des Noirs, afin d'&#233;quilibrer les quatre millions de voix noires par autant de voix femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'abolition de l'esclavage n'a absolument pas apport&#233; l'&#233;galit&#233; &#233;conomique aux Noirs et ils sont plus que jamais confront&#233;s aux violences racistes. Frederic Douglass, ancien esclave &#233;chapp&#233;, leader abolitionniste et fervent supporter du mouvement des femmes d&#232;s sa naissance, estime que les Noirs sont engag&#233;s dans une guerre de lib&#233;ration, luttant pour leur survie au quotidien car subissant une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;oppression qui diff&#232;re dans son intensit&#233; et sa brutalit&#233; de celles des bourgeoises blanches&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: elles, ne risquent pas la mort tous les jours. Pour les Noirs, le droit de vote est, au-del&#224; de l'&#233;galit&#233; politique, une question de survie. Frances Harper, une po&#233;tesse noire, dit &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;quand il est question de race, la question de sexe passe au second plan&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les dirigeantes noires du mouvement pour le droit des femmes sont alors claires&#160;: le vote des Noirs est la priorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, le mouvement pour les droits des femmes scissionne&#160;: les dirigeantes blanches capitulent face au racisme et les Noires sont &#233;cart&#233;es au profit des blanches racistes du Sud. Le mouvement des femmes se divise alors en trois groupes distincts&#160;: les bourgeoises blanches, les ouvri&#232;res et les femmes noires.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un mouvement maintenant organis&#233; par et pour la bourgeoisie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la scission, le mouvement des femmes ne semble &#234;tre repr&#233;sent&#233; que par les femmes blanches issues des milieux ais&#233;s car c'est le seul &#224; &#234;tre organis&#233; sur la base sp&#233;cifique de la conqu&#234;te des droits des femmes. La base sociale bourgeoise de ce mouvement d&#233;termine la politique qu'il va mener dans les ann&#233;es qui suivent, une politique en opposition avec ses principes originels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa position sur le droit de vote va &#234;tre encore plus tranch&#233;e. Le droit de vote non seulement ne doit pas &#234;tre accord&#233; aux Noirs, mais il ne doit pas l'&#234;tre non plus aux immigr&#233;s et aux blancs pauvres et illettr&#233;s. Les dirigeantes th&#233;orisent que le vote doit &#234;tre l'apanage des femmes et hommes blancs et instruits. Le mouvement pour le droit des femmes prend, maintenant, clairement une position de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_85 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L316xH450/Ain_t_I_a_woman-dec7d.jpg' width='316' height='450' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Par sa composition de classe, le mouvement organis&#233; pour les droits des femmes a failli &#224; ses objectifs et est devenu un relais de l'id&#233;ologie dominante raciste et sexiste&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Imp&#233;rialisme et renforcement du racisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1890, il ach&#232;ve son parcours. Pendant cette p&#233;riode, deux ph&#233;nom&#232;nes li&#233;s apparaissent&#160;: l'imp&#233;rialisme et l'eug&#233;nisme. C'est &#224; cette p&#233;riode que les &#201;tats-Unis m&#232;nent des guerres expansionnistes aux Philippines, Hawa&#239;, Cuba et Porto Rico. Les suffragettes am&#233;ricaines saluent ces conqu&#234;tes comme des avanc&#233;es pour les droits des femmes de ces pays. En m&#234;me temps, les th&#233;ories eug&#233;nistes sur la puret&#233; de la race se d&#233;veloppent dans les milieux bourgeois qui prennent peur face &#224; l'&#233;mancipation des Noirs et &#224; l'afflux important d'immigr&#233;s pauvres venus d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fin du combat contre le sexisme&#160;: un mouvement au service de la barbarie capitaliste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les prises de position pour la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;sauvegarde de la race blanche&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; impr&#232;gnent alors le mouvement pour le droit des femmes qui finit par les d&#233;fendre, malgr&#233; le sexisme &#233;vident de la th&#233;orie qui consid&#232;re les femmes comme les gardiennes de la race en tant que reproductrices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la m&#234;me lign&#233;e, le mouvement pour le contr&#244;le des naissances, une des premi&#232;res revendications des mouvements pour les droits des femmes, se r&#233;v&#232;lent &#234;tre &#224; double tranchant. Ce qui va devenir un droit pour les femmes blanches des milieux ais&#233;s sera un devoir pour les femmes pauvres, surtout noires et immigr&#233;es. Les campagnes de st&#233;rilisation forc&#233;e, volet g&#233;nocidaire de l'eug&#233;nisme, sont soutenues par le mouvement, laissant les femmes noires et immigr&#233;es seules pour combattre pour le droit des femmes de disposer de leur corps, c'est-&#224;-dire avoir le choix d'avorter ou d'enfanter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de ce moment, le mouvement des femmes n'est plus que le relais de l'id&#233;ologie dominante et prend une position-cl&#233; dans la vague de violence contre les Noirs. Apr&#232;s l'&#233;mancipation, les Noirs revendiquent l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et leur situation sociale n'est pas si loin des blancs pauvres. Pour emp&#234;cher toute solidarit&#233; de classe et an&#233;antir la vell&#233;it&#233; des Noirs &#224; contester leur situation, la classe dirigeante d&#233;cha&#238;ne les violences racistes et les lynchages, &#224; l'aide du mythe du Noir violeur de blanches. Les femmes noires, premi&#232;res victimes de violences sexuelles, principalement du fait d'hommes blancs, ne sont pas soutenues par le mouvement des femmes qui l&#233;gitime directement ou indirectement les violences contre les Noirs. Il y a en fait une continuit&#233; entre les violences sexuelles contre les femmes noires et les violences physiques contre les hommes noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au final, par sa composition de classe, le mouvement organis&#233; pour les droits des femmes a failli &#224; ses objectifs et est devenu un relais de l'id&#233;ologie dominante raciste et sexiste. La conqu&#234;te de l'&#233;mancipation politique des femmes est venue d'ailleurs&#160;: des femmes noires et du mouvement ouvrier au sein duquel les femmes ont eu un r&#244;le central.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'importance des femmes dans les luttes ouvri&#232;res aux &#201;tats-Unis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re industrie qui se d&#233;veloppe aux &#201;tats-Unis est l'industrie textile. Les premiers ouvriers sont des ouvri&#232;res. Dans les ann&#233;es 1830, une grande vague de gr&#232;ves secoue l'industrie textile du Nord-Est et regroupe exclusivement des femmes. Dans les gr&#232;ves de masse des ann&#233;es 1840, elles jouent un r&#244;le central. Pour Angela Davis&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;elles lutt&#232;rent avec tant d'ardeur que les ann&#233;es 1840 virent l'arriv&#233;e des femmes &#224; la t&#234;te du mouvement ouvrier des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que repr&#233;sentant une partie importante de la classe ouvri&#232;re, et comptant parmi ses &#233;l&#233;ments les plus actifs, les femmes se voient refuser l'entr&#233;e dans les syndicats ouvriers naissant dans les ann&#233;es 1870. Seules les syndicats des manufactures de tabac et ceux des typographes leur sont ouverts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but, les partis ouvriers ne prennent pas en compte la question de l'oppression des femmes. C'est &#224; partir des ann&#233;es 1900, avec la diffusion des id&#233;es socialistes et le d&#233;veloppement du mouvement pour les droits des femmes que les partis ouvriers prennent conscience de cette oppression et de la n&#233;cessit&#233; de la combattre. Le Parti Socialiste et le syndicat &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IWW&lt;/span&gt; (les travailleurs industriels du monde), cherchent alors &#224; recruter massivement des femmes et &#224; les former pour qu'elles deviennent dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le droit de vote&#160;: de l'importance des ouvri&#232;res dans les luttes des femmes aux &#201;tats-Unis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Entre 1868 et 1870, certaines dirigeantes suffragettes am&#233;ricaines avaient soutenu et organis&#233; les femmes ouvri&#232;res. Cependant, la s&#233;paration entre ces deux &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mondes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait apparue lorsque ces dirigeantes f&#233;ministes avaient th&#233;oris&#233; que les ouvri&#232;res devaient pouvoir briser les gr&#232;ves quand les hommes d&#233;brayaient car elles consid&#233;raient que l'exploitation des travailleurs n'&#233;tait rien compar&#233;e &#224; l'oppression des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que leurs combats pour de meilleures conditions de travail aurait d&#251; servir de mod&#232;le au mouvement pour les droits des femmes naissant dans les ann&#233;es 1840, celui-ci a pr&#233;f&#233;r&#233; ignorer les ouvri&#232;res en ne portant que les aspirations des femmes de milieux ais&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les ouvri&#232;res n'avaient pas jug&#233; n&#233;cessaire de se mobiliser pour le droit de vote lorsque cette revendication avait &#233;merg&#233; dans le mouvement pour les droits des femmes, car il leur apparaissait comme beaucoup trop abstrait. Elles pensaient, alors, que le droit de vote ne changerait, fondamentalement, rien &#224; leur vie car il ne modifiait pas la condition de leur p&#232;re, fr&#232;res ou mari qui en b&#233;n&#233;ficiaient. Par contre, elles &#233;taient alors engag&#233;es dans des luttes pour la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats (salaires, temps et conditions de travail, etc).&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Pour Angela Davis, les ouvri&#232;res noires disposent des meilleures ressources pour f&#233;d&#233;rer et entrainer l'ensemble des opprim&#233;s et des exploit&#233;s dans une bataille victorieuse contre le syst&#232;me&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Identifi&#233; par les socialistes comme une arme suppl&#233;mentaire dans le rapport de force avec la classe dirigeante, le combat pour droit de vote a recommenc&#233; &#224; partir de 1909 dans le prolongement d'une grande gr&#232;ve ouvri&#232;re. Par la suite, cette bataille a repos&#233;, en grande partie sur la mobilisation des ouvri&#232;res, sous l'influence des socialistes avec le soutien des femmes noires, de leur mari et de leurs fr&#232;res. En redonnant son sens premier au combat pour l'&#233;mancipation et en construisant une mobilisation de masse, capable de tenir t&#234;te &#224; la classe dirigeante, les femmes ouvri&#232;res, blanches et noires (sur les huit millions d'ouvri&#232;res industrielles de l'&#233;poque, deux millions sont Noires) sont parvenues &#224; briser l'h&#233;g&#233;monie des femmes bourgeoises sur le mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les femmes socialistes ont ainsi r&#233;ussi &#224; relancer une dynamique dans le mouvement pour les droits des femmes, alors profond&#233;ment vici&#233;, en y impliquant les ouvri&#232;res qui avaient une riche exp&#233;rience de lutte. Ce droit est ainsi gagn&#233; en 1920 (retard&#233; par la Premi&#232;re Guerre mondiale) gr&#226;ce au basculement du centre de gravit&#233; du combat des femmes bourgeoises vers les ouvri&#232;res et les Noirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir de cet exemple historique, Angela Davis d&#233;montre, dans le m&#234;me temps, la centralit&#233; des mouvements pour la d&#233;fense ou la conqu&#234;te de droits politiques pour rassembler dans la lutte, au-del&#224; des clivages de races ou de sexes, et la n&#233;cessit&#233; qu'ils soient port&#233;s, structur&#233;s et organis&#233;s par la classe ouvri&#232;re pour &#234;tre victorieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_86 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH376/1935_-_conseil_economique_des_femmes-07327.jpg' width='500' height='376' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les femmes Noires&#160;: l'&#233;l&#233;ment cl&#233; de la lutte pour l'&#233;mancipation de toutes et tous aux &#201;tats-unis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le social et politique des femmes noires a &#233;t&#233; important d&#232;s l'&#233;poque esclavagiste. Subissant une r&#233;pression sup&#233;rieure &#224; celle des hommes (&#233;galit&#233; dans les supplices physiques auxquels s'ajoutaient les s&#233;vices sexuels), elles faisaient largement partie de la r&#233;sistance des esclaves. Tr&#232;s actives, notamment dans les r&#233;seaux d'&#233;coles secr&#232;tes, elles ont utilis&#233; cette exp&#233;rience apr&#232;s l'abolition de l'esclavage. Avec l'appui d'instituteurs et d'institutrices venus du Nord (malgr&#233; le racisme et la r&#233;pression), elles ont d&#233;velopp&#233; le syst&#232;me scolaire pour les Noirs dans le Sud consid&#233;rant le savoir comme point de d&#233;part de la lutte pour la lib&#233;ration de leur peuple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le Sud d'apr&#232;s guerre, les Noirs et, en premier lieu les femmes, subissaient les contre-coups de l'&#233;mancipation. N'&#233;tant plus la propri&#233;t&#233; de personne, ils furent la cible de violences de masse (viols, lynchages, pendaisons, etc.) qui avaient pour but de les maintenir dans un &#233;tat de soumission. C'est en r&#233;action &#224; ces violences que des femmes noires, issues de la petite bourgeoisie naissante du Nord, se sont organis&#233;es en clubs, sur le mod&#232;le des clubs de femmes blanches dont elles &#233;taient exclues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les bourgeoises blanches ne pouvaient pas comprendre spontan&#233;ment l'alliance n&#233;cessaire entre elles, les Noirs et l'ensemble de la classe ouvri&#232;re pour imposer leurs revendications. &#192; l'inverse, du fait du racisme qu'elles subissaient, les bases revendicatives des femmes noires des clubs &#233;taient n&#233;cessairement plus larges. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;W.E.B.&lt;/span&gt; DuBois, intellectuel communiste afro-am&#233;ricain, souligna alors le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant des femmes noires dans la lutte du peuple noir en disant d'elles qu'elles devenaient &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'&#233;lite intellectuelle de la race&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#192; la diff&#233;rence des clubs de blanches, ceux des femmes noires &#233;taient tourn&#233;s vers l'ensemble de la communaut&#233; et se voulaient la direction intellectuelle de la lutte de lib&#233;ration des Noirs. Menant une lutte importante contre les lynchages des hommes noirs, elles faisaient le lien avec les viols de femmes noires, consid&#233;rant ces deux &#233;l&#233;ments comme deux faces d'une m&#234;me violence du syst&#232;me raciste contre le peuple Noir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne profitant que faiblement des avantages que leur offrait leur position sociale dans un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation raciale et conscientes du caract&#232;re exceptionnel de leur position sociale, les femmes noires des clubs se sentaient plus proches des ouvri&#232;res noires que des bourgeoises racistes. De plus, ne consid&#233;rant pas leur combat comme un passe-temps, mais bien comme une n&#233;cessit&#233; pour leur propre survie, elles ne pouvaient faire l'&#233;conomie de la construction d'un rapport de force quantitatif et non, uniquement, un travail de lobby id&#233;ologique. Ces derni&#232;res, s'associaient donc aux ouvri&#232;res noires organis&#233;es dans des syndicats noirs totalement mixtes (contrairement &#224; leurs homologues blancs) lorsqu'elles en avaient l'occasion. Se pensant comme une direction politique pour la conqu&#234;te des droits de leur peuple (cette attitude menant parfois &#224; un certain &#233;litisme), leur d&#233;marche &#233;tait globalement teint&#233;e d'un esprit politique rassembleur, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#160;pour l'&#233;mancipation de tous et toutes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cela s'est traduit, notamment, par une adresse syst&#233;matique aux femmes blanches pour obtenir leur implication dans les batailles, notamment sur la question des lynchages. Ainsi, elles reprenaient une des meilleures pratiques du mouvement des femmes &#224; son origine&#160;: la recherche de l'unit&#233; dans la lutte. Le potentiel rassembleur et offensif des femmes Noires contre le syst&#232;me se r&#233;v&#232;le dans l'exp&#233;rience du mouvement des clubs de femmes noires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais Angela Davis va plus loin et ne veut pas se contenter de souligner un potentiel. Domin&#233;es &#233;conomiquement, victimes du racisme et du sexisme de la soci&#233;t&#233;, mais autant impliqu&#233;es dans la lutte contre l'esclavage et le racisme que leur p&#232;res, leurs fr&#232;res ou leur maris, les ouvri&#232;res noires am&#233;ricaines synth&#233;tisaient l'ensemble des rapports de domination&#160;: leurs combats &#233;taient porteurs de r&#233;ponses &#224; la fois aux diff&#233;rentes formes d'oppressions, mais aussi &#224; l'exploitation v&#233;cue par tous les travailleurs, sans consid&#233;ration de race ou de sexe. Le probl&#232;me identifi&#233; par Angela Davis est qu'elles n'ont pu &#234;tre le pivot central de la construction de ce mouvement, ne pouvant que le soutenir &#224; d&#233;faut d'avoir la capacit&#233; de le modeler et le structurer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, bien que massivement salari&#233;es, les femmes Noires &#233;taient maintenues &#224; l'&#233;cart de la production industrielle et ne pouvaient massivement s'organiser. La politique raciste se traduisait dans l'organisation du travail&#160;: les Noires ont longtemps occup&#233; des postes qui &#233;taient le prolongement capitaliste de ceux qu'occupaient leurs m&#232;res et grand-m&#232;res esclaves&#160;: elles &#233;taient domestiques (60%) et ouvri&#232;res agricoles (16%)... En 1940, seules 11% d'entre elles avaient acc&#232;s &#224; des emplois industriels qui les sortaient de leur condition ant&#233;rieure et leur donnaient la possibilit&#233; de s'organiser &#224; partir d'une implication dans le processus social de production. C'est pour cette raison que le dernier chapitre du livre est enti&#232;rement consacr&#233; &#224; une r&#233;flexion sur la socialisation du travail domestique, condition, selon Angela Davis, pour que les ouvri&#232;res Noires entrent massivement dans le processus social de production et puissent remplir leur r&#244;le historique. Pour Angela Davis, cela ne signifie pas que les ouvri&#232;res noires doivent combattre &#224; la place de tous les autres groupes mais qu'elles sont celles qui disposent des meilleures ressources pour f&#233;d&#233;rer et entrainer l'ensemble des opprim&#233;s et des exploit&#233;s dans une bataille victorieuse contre le syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_87 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L394xH529/power-and-equality-copy-500x750-4e1a9.jpg' width='394' height='529' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ni &#233;conomisme, ni id&#233;alisme&#160;: la dialectique du combat contre l'oppression&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Angela Davis, sans faire preuve d'une quelconque compassion pour la politique raciste d&#233;velopp&#233;e par le mouvement des femmes, souligne pourtant que l'exp&#233;rience de ce mouvement inspira directement l'organisation des femmes noires en club f&#233;minin et leur fa&#231;on de militer (meetings, structuration en f&#233;d&#233;ration, organisation de congr&#232;s, adoption de r&#233;solutions, etc.). La centralit&#233; des luttes politiques est ici soulign&#233;e par Angela Davis&#160;: &#224; travers une lutte politique (le combat abolitionniste), un groupe opprim&#233; (les femmes) acquiert les outils th&#233;oriques et militants pour comprendre son oppression sp&#233;cifique et &#233;tablir un plan d'action pour la combattre. Ainsi, d'un point de vue historique, chaque mouvement permet une avanc&#233;e et &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;on ne re-part jamais de z&#233;ro&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cette r&#233;alit&#233; est essentielle mais, la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne suffit pas...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, l'exp&#233;rience montre que le mouvement des femmes, dirig&#233; par des bourgeoises blanches, a pr&#233;f&#233;r&#233; mettre de c&#244;t&#233; ses revendications plut&#244;t que de risquer d'&#233;branler le syst&#232;me et la position sociale dominante qu'il leur offrait. En abdiquant rapidement face au racisme, celles-ci ont emp&#234;ch&#233; toute avanc&#233;e pour la cause des femmes&#160;: elles ont fait un choix politique de classe et non, une erreur tactique ou philosophique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Angela Davis montre ainsi l'importance de la composition sociale d'un mouvement et de sa direction pour d&#233;terminer, au-del&#224; de ses revendications, sa nature progressiste ou r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour elle, avoir une politique de classe, qui comprend la centralit&#233; du rapport d'exploitation dans la domination capitaliste ne signifie pourtant pas, m&#233;caniquement, r&#233;duire les luttes &#224; leur dimension &#233;conomique. En r&#233;alit&#233;, il s'agit de comprendre comment cette domination est rendue possible en divisant les forces capables de la d&#233;truire si elles s'unissaient pour construire un rapport de force quantitatif et qualitatif contre cette domination. L'oppression raciste touchait indiff&#233;remment les deux sexes, et les ouvri&#232;res des deux races &#233;taient li&#233;es &#224; leur mari par l'exploitation de classe&#160;: le point de rassemblement &#233;tait l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, du fait de son caract&#232;re de classe, le racisme &#233;tait le probl&#232;me-cl&#233;, celui autour duquel l'ensemble des rapports de domination capitalistes s'articulaient mais, &#233;galement, celui qui permettait de cr&#233;er une dynamique de luttes capables d'&#233;branler le syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ayant divis&#233;, d&#233;truit et subverti le mouvement pour les droits des femmes, il permettait &#233;galement tant de renforcer l'exploitation de tous les travailleurs et travailleuses (au moyen de salaires et de conditions de travail d&#233;plorables et pr&#233;caires pour les Noirs) que de neutraliser ou diviser leurs forces dans le combat contre la bourgeoisie (le racisme irriguait profond&#233;ment le mouvement ouvrier comme en t&#233;moigne l'existence de syndicats Noirs et de syndicat blancs s&#233;par&#233;s). Ainsi, le combat anti-raciste, men&#233; par la petite bourgeoisie noire remettait potentiellement en cause le syst&#232;me d'exploitation et, du m&#234;me coup, l'ensemble des rapports d'oppression. Cependant, &#224; travers les exemples historiques et leur g&#233;n&#233;alogie, on comprend que ce mouvement ne pouvait devenir une arme efficiente, qu'en &#233;tant fa&#231;onn&#233;, dirig&#233; et organis&#233; par et pour la classe ouvri&#232;re, et notamment par les femmes noires, en tant que groupe social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette vision dialectique, rejetant &#224; la fois l'&#233;conomisme et l'id&#233;alisme est vivante et sans concession. C'est ce qui donne cette force &#224; ce livre encore trop peu lu dans lequel Angela Davis nous pr&#233;sente une troisi&#232;me voie, &#224; partir d'une m&#233;thodologie marxiste, pour &#233;laborer une strat&#233;gie v&#233;ritablement anticapitaliste de lutte contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le livre d'Angela Davis est une formidable contribution pour ceux qui luttent, aujourd'hui, contre toutes les formes d'oppression. &#192; travers une d&#233;marche historiographique, Angela Davis exhume des &#233;v&#233;nements, des &#233;pisodes et des d&#233;bats syst&#233;matiquement oubli&#233;s de l'histoire politique et militante des &#201;tats-Unis du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&#160;: mouvement des femmes, mouvement abolitionniste et mouvement Noir sont au c&#339;ur de son travail. Pour elle, cette histoire est constitutive de celle du mouvement ouvrier am&#233;ricain&#160;: la conna&#238;tre et s'y confronter est essentiel pour comprendre les racines des difficult&#233;s auxquelles il fit, fait et fera face. C'est &#233;galement, selon elle, une condition n&#233;cessaire pour identifier les points d'appui de tout mouvement d'&#233;mancipation &#224; l'avenir et pour &#233;viter de reproduire les erreurs commises par le pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son livre, &#233;crit en 1980, joue ainsi le r&#244;le d'un bilan politique de tous les grands mouvements qui ont &#233;branl&#233; le pouvoir dans les ann&#233;es 50-70 aux &#201;tats-Unis, notamment le mouvement pour les droits civiques et le mouvement pour les droits des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Angela Davis nous propose une vision strat&#233;gique originale, celle d'une femme, profond&#233;ment communiste, et irr&#233;ductiblement Noire qui refuse de consid&#233;rer ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments, constitutifs de son identit&#233;, comme &#233;tant diff&#233;renci&#233;s ou en concurrence les uns avec les autres. Elle en r&#233;alise une synth&#232;se politique, dynamique et dialectique, alimentant et stimulant tant la r&#233;flexion th&#233;orique sur les rapports d'oppression que les d&#233;bats pratiques et militants sur la fa&#231;on de les combattre de mani&#232;re efficace. Si elle y met &#233;galement en question le patriarcat et le r&#244;le de la famille (&#224; travers l'analyse de la famille esclave) ou la place des t&#226;ches domestiques sous le capitalisme, cet article s'attachera &#224; pr&#233;senter le c&#339;ur de l'analyse propos&#233;e par Angela Davis&#160;: l'articulation essentielle des diff&#233;rentes formes d'oppression avec le rapport d'exploitation. Pour le reste, nous vous invitons &#224; lire l'ensemble de cette &#339;uvre, v&#233;ritable outil th&#233;orique et militant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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