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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#171;&#160;Que Faire&#160;?&#160;&#187;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?</title>
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		<title>Le rapport qui &#233;branla l'Union sovi&#233;tique</title>
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		<dc:date>2009-09-15T11:33:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a 50 ans, les 24 et 25&#160;f&#233;vrier 1956, Khrouchtchev pr&#233;sentait au XXe congr&#232;s du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique, un rapport d&#233;non&#231;ant la politique de Staline. Cet &#233;v&#233;nement in&#233;dit provoqua une rupture dans le monolithe qu'&#233;tait le parti jusqu'alors. Il f&#251;t &#224; l'origine de la fin de la politique des goulags et marqua le d&#233;but de r&#233;formes dans le but de sauver le r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes au milieu de la guerre froide. La rivalit&#233; USA-URSS bat son plein. Le 24&#160;f&#233;vrier 1956, les travaux du XXe congr&#232;s du (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no03-avril-juin-2006" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;03 - Avril/juin 2006&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a 50 ans, les 24 et 25&#160;f&#233;vrier 1956, Khrouchtchev pr&#233;sentait au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique, &lt;a href=&#034;http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1412&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;un rapport&lt;/a&gt; d&#233;non&#231;ant la politique de Staline. Cet &#233;v&#233;nement in&#233;dit provoqua une rupture dans le monolithe qu'&#233;tait le parti jusqu'alors. Il f&#251;t &#224; l'origine de la fin de la politique des goulags et marqua le d&#233;but de r&#233;formes dans le but de sauver le r&#233;gime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes au milieu de la guerre froide. La rivalit&#233; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; bat son plein. Le 24&#160;f&#233;vrier 1956, les travaux du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCUS&lt;/span&gt;) se terminaient. Avec l'&#233;lection du comit&#233; central, il ne restait que le Praesidium (le bureau politique) &#224; &#233;lire. Tout d'un coup, Khrouchtchev, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, d&#233;cr&#233;ta que les travaux devaient se poursuivre, convoqua tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s et entre minuit et 4h du matin le 25&#160;f&#233;vrier, livra un rapport devenu historique, le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rapport secret&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Khrouchtchev qui allait &#233;branler le mouvement communiste international. Ce fut un rapport fait &#224; huis-clos&#160;: ni les journalistes ni les d&#233;l&#233;gations des partis fr&#232;res &#233;trangers n'&#233;taient admis, bien que ces derniers aient pu consulter le rapport.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rapport ne devait pas rester secret. Des fuites, probablement venant du parti communiste polonais, sont parvenues au monde occidental. En mai le rapport est publi&#233; et diffus&#233; dans le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCUS&lt;/span&gt; en &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; m&#234;me. C'est le New York Times et Le Monde qui le diffusent dans le monde occidental d&#233;but juin 1956.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un silence de plomb les d&#233;l&#233;gu&#233;s du congr&#232;s &#233;cout&#232;rent Khrouchtchev &#233;num&#233;rer les crimes et les erreurs de Staline. Bien qu'il s'agissait de faits dont tout le monde &#233;tait au courant, personne en trente ans n'avait os&#233; le dire du haut de la tribune du Parti. Un mythe &#233;tait en train de s'&#233;crouler, Staline &#233;tait critiquable, un monde nouveau se pr&#233;parait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a deux raisons pour parler encore du rapport secret. Lorsqu'on parle d'anticapitalisme, et de rupture avec le social-lib&#233;ralisme, la question de ce qui peut remplacer le capitalisme se pose et t&#244;t ou tard. L'Union sovi&#233;tique, le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;socialisme r&#233;ellement existant&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'invite dans la discussion. Comprendre, expliquer, et surtout r&#233;pondre &#224; la question de savoir si le stalinisme &#233;tait in&#233;vitable ne peut &#234;tre esquiv&#233;. La deuxi&#232;me raison est que la tradition de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; est celle du socialisme d&#233;mocratique par en bas, une tradition r&#233;volutionnaire construite en opposition au stalinisme. Cette tradition a &#233;t&#233; maintenue, au creux de la vague par quelques centaines, voire quelques milliers de militants, en premier lieu L&#233;on Trotsky qui comme la plupart d'entre eux, est mort des mains des agents de Staline. Le rapport secret de Khrouchtchev repr&#233;sente &#224; cet &#233;gard les premiers craquements du monolithe stalinien, les premiers signes de crise, en quelque sorte la premi&#232;re justification des sacrifices de toute une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une attaque contre Staline&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de Khrouchtchev est accablant. Il d&#233;nonce comment &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#8230; le culte de la personne de Staline n'a cess&#233; de cro&#238;tre...&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il explique que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d'&#233;minents dirigeants du parti et des militants, honn&#234;tes et d&#233;vou&#233;s &#224; la cause du communisme, sont tomb&#233;s...&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, souvent ex&#233;cut&#233;s par la police secr&#232;te de Staline. Il donne comme exemple le sort des 1 966 d&#233;l&#233;gu&#233;s au congr&#232;s du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCUS&lt;/span&gt; en 1934 (pourtant totalement acquis &#224; Staline)&#160;: 1 108 sont morts fusill&#233;s. Sur les 139 membres du comit&#233; central &#233;lus &#224; ce congr&#232;s, 98 avaient &#233;t&#233; fusill&#233;s, un &#233;clairage sans piti&#233; de la mani&#232;re dont Staline maintenait par la peur son contr&#244;le du syst&#232;me. Il explique comment Staline a ordonn&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les d&#233;portations massives de peuples entiers, y compris tous les communistes et Komsomols sans exception&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1943, les Karatcha&#232;ves, les Kalmouks sont d&#233;port&#233;s. En 1944, ce sont les Tch&#233;tch&#232;nes, les Ingouches et les cons&#233;quences tragiques se ressentent jusqu'aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il marque le contraste entre les m&#233;thodes brutales de Staline avec celle de L&#233;nine &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les traits de L&#233;nine [&#8230;] &#233;taient absolument &#233;trangers &#224; Staline&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, pour la premi&#232;re fois, la responsabilit&#233; de Staline dans la d&#233;b&#226;cle sovi&#233;tique face aux arm&#233;es allemandes en 1941 est &#233;voqu&#233;e&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; L'&#233;limination par Staline de nombreux chefs militaires... entre 1937 et 1941&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avait laiss&#233; l'Arm&#233;e rouge sans chef militaire comp&#233;tent face aux arm&#233;es d'Hitler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le rapport ne remet absolument pas en cause le r&#233;gime. Khrouchtchev s'en prend exclusivement &#224; ce qu'il nomme le culte de la personne et aux &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;erreurs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Staline, soulignant que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Staline &#233;tait convaincu qu'il agissait dans l'int&#233;r&#234;t de la classe laborieuse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Autrement dit pour Khrouchtchev, il s'agissait d'un probl&#232;me individuel du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;camarade Staline&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, non pas du syst&#232;me. Le deuxi&#232;me aspect &#224; rappeler est que le rapport devait rester secret&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Aucune nouvelle &#224; ce sujet ne devra filtrer &#224; l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Khrouchtchev pr&#233;cise que &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Nous ne devons pas laver notre linge sale devant les yeux de l'ennemi&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; ces limites &#233;videntes, il a provoqu&#233; des changements consid&#233;rables, et qui plus est, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s irr&#233;versibles. Le rapport fait l'effet d'une bombe parmi les partis communistes, plus rien sera pareil apr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans quel contexte est-il intervenu&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelles ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment cela s'est r&#233;percut&#233; sur la gauche, en particulier en France&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Union sovi&#233;tique en crise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Exsangue (20-30 millions de morts) apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, la Russie se reconstruit sur la base de l'industrie d'armements, la bombe atomique et l'industrie lourde. Une industrialisation forc&#233;e ne pouvait que s'accompagner d'une r&#233;pression politique sans faille. Le Goulag, syst&#232;me de camp de travail, fournissant une main d'&#339;uvre gratuite pour les industries russes, passe de 2 &#224; 5,2 millions de personnes entre 1940 et 1953, dont 580 000 &#233;taient prisonniers politiques (assimil&#233;s aux &#8216;trotskistes' ou &#8216;droitiers' par le r&#233;gime, mais en r&#233;alit&#233;, pour la plupart, il s'agissait de gens simplement critiques du r&#233;gime).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'industrialisation sur les d&#233;combres de la guerre cr&#233;e une situation de mis&#232;re. L'&#233;conomie r&#233;pond de moins en moins aux besoins de la population, mais aussi aux objectifs fix&#233;s par les dirigeants russes, en termes de volume de production, de qualit&#233; technologique, et avec un gaspillage croissant. Fin 1957, il y avait en Russie dans l'industrie 12,5&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de travailleurs en plus qu'aux &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USA&lt;/span&gt;, mais la production industrielle am&#233;ricaine &#233;tait deux fois sup&#233;rieure &#224; la russe. La production de c&#233;r&#233;ales pendant la p&#233;riode 1949-53 a augment&#233; de 13&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% par rapport &#224; 1910-14, mais la population, elle, a augment&#233; de 30&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% par rapport &#224; 1910-14&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dirigeants du r&#233;gime sont parfaitement conscients de ces probl&#232;mes et savent qu'il faudra trouver des solutions. La mort de Staline le 5&#160;mars 1953 cr&#233;e l'opportunit&#233; d'un tournant. La politique du tout r&#233;pressif mise en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale bloque le d&#233;veloppement &#233;conomique. Mais les partisans de r&#233;formes pour desserrer l'&#233;tau pour relancer l'&#233;conomie tout en la contr&#244;lant et les orthodoxes (Malenkov, Molotov, Kaganovitch) qui voulaient maintenir la r&#233;pression voire l'augmenter s'opposent. Mais ils s'accordent sur un objectif&#160;: le maintien du r&#233;gime et le d&#233;veloppement &#233;conomique. De leur point de vue il y a urgence car ces divisions au sommet, failles dans le monolithe, ont ouvert des espaces pour la r&#233;volte d'en bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s la mort de Staline, en Juin 1953 il y a une insurrection ouvri&#232;re &#224; Berlin Est. En juillet 1953 dans le camp de travail des &#8216;politiques' &#224; Vorkouta en Sib&#233;rie, 15 000 prisonniers organis&#232;rent une gr&#232;ve dure (dirig&#233;e par les trotskistes). En octobre 1956 c'est au tour de la Pologne&#160;: une r&#233;volte ouvri&#232;re avec Gomulka &#224; sa t&#234;te menace de soustraire la Pologne &#224; la sph&#232;re d'influence russe. Enfin, en novembre 1956 l'insurrection des ouvriers &#224; Budapest en Hongrie, dont le dirigeant principal s'appelle Nagy, verra des conseils ouvriers ou soviets se constituer en opposition &#224; la bureaucratie stalinienne. Pour les dirigeants russes cela va trop loin et ils envoient les chars pour &#233;craser l'insurrection dans le sang.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;gime se r&#233;forme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais les signes ne trompent personne. La menace d'une r&#233;volution d'en bas est le plus grand souci de tous les dirigeants sans exception, il s'agit d&#232;s lors de la d&#233;jouer, quitte &#224; accorder des r&#233;formes politiques, &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De ce point de vue, la position de Khrouchtchev est semblable &#224; celle de Gorbatchev 30 ans plus tard&#160;: la n&#233;cessit&#233; d'accorder des r&#233;formes pour sauver le r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; partir du rapport secret, Khrouchtchev encha&#238;ne les r&#233;formes. Le syst&#232;me du Goulag est d&#233;mantel&#233;, trois ans plus tard il reste moins d'un million de personnes dans le Goulag. Le travail devient salari&#233; avec la journ&#233;e de huit heures et n'est plus sous tutelle militaire (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;KGB&lt;/span&gt;) mais sous la responsabilit&#233; des minist&#232;res civils. Il n'y a plus d'exil&#233;s politiques. De fa&#231;on plus large Khrouchtchev introduit des r&#233;formes profondes pour en finir avec l'arbitraire policier&#160;: on introduit un syst&#232;me judiciaire, il n'y a plus d'arrestations sur la base de soup&#231;ons ou de d&#233;nonciation mais seulement suite aux faits, et le droit &#224; un avocat pour la d&#233;fense devient g&#233;n&#233;ral. Les fameuses blouses blanches, des m&#233;decins juifs accus&#233;s d'avoir complot&#233; contre Staline seront r&#233;habilit&#233;es. Mais il y a aussi de la r&#233;sistance au sommet aux r&#233;formes Khrouchtchev. En 1957 de retour d'un s&#233;jour &#224; l'&#233;tranger, Khrouchtchev se retrouve face &#224; une conspiration men&#233;e par Molotov, Malenkov, Kaganovitch, Varochilov au sein du Praesidium pour l'&#233;vincer. Mais en convoquant dans la nuit le Comit&#233; central et avec l'appui d'une partie de l'arm&#233;e la conspiration est d&#233;jou&#233;e. Un autre signe du changement&#160;: pour la premi&#232;re fois il n'y aura pas de purges ni d'ex&#233;cutions en masse. Les responsables sont simplement d&#233;mis de leurs responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un monde en mutation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la croissance &#233;conomique des &#8216;Trente glorieuses' le monde de 1956 est un monde en train de changer profond&#233;ment. En 1954, les Vietnamiens infligent une d&#233;faite cinglante &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; Dien Bien Phu, mettant fin &#224; la pr&#233;sence fran&#231;aise en Indochine. Deux ans plus tard le dirigeant &#233;gyptien Nasser nationalise le canal de Suez et tient t&#234;te &#224; l'invasion fran&#231;aise, britannique et isra&#233;lienne. Ce faisant, il devient le porte-parole du nationalisme arabe qui rentre en r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme occidental.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La guerre froide bat son plein, en 1957 le russe Youri Gagarine au grand d&#233;pit des Am&#233;ricains, devient le premier homme dans l'espace. Enfin en 1955, la Conf&#233;rence des pays non-align&#233;s &#224; Bandung (Indon&#233;sie), marque l'&#233;mergence d'un Tiers monde en lutte pour son ind&#233;pendance face au colonialisme. Des dirigeants comme Tito, Nehru, Nasser, Mao, mais aussi les luttes des peuples vietnamiens et alg&#233;riens vont devenir mondialement connus. C'est &#224; Bandung que Tito et d'autres &#233;laborent la th&#233;orie de la co-existence pacifique. Ils tracent une perspective qui ne d&#233;pend ni de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;, ni de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et esquissent les luttes de lib&#233;ration nationale pour les deux d&#233;cennies &#224; venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ann&#233;es cinquante marquent aussi la r&#233;&#233;mergence de l'Allemagne et du Japon comme puissances &#233;conomiques. Ils vont devenir de s&#233;rieux concurrents dans certains secteurs de l'&#233;conomie capitaliste au niveau mondial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, la concurrence militaire et &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle internationale est en train de s'aiguiser tandis que les luttes de lib&#233;ration nationale contestent l'h&#233;g&#233;monie des vainqueurs de la Seconde guerre mondiale. Les grandes puissances, et vu son retard &#233;conomique en particulier la Russie, doivent s'adapter &#224; la nouvelle situation et y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cons&#233;quences pour la gauche en France&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es cinquante les partis communistes du monde sont align&#233;s sur la politique de Moscou, et ce depuis les ann&#233;es vingt. De tous les partis communistes des pays occidentaux, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; est probablement le plus stalinien. Le rapport secret constitue pour ses dirigeants un choc sans pr&#233;c&#233;dent, non pas parce qu'ils n'&#233;taient pas au courant des pratiques de Staline - eux-m&#234;mes &#233;taient coupables des pires purges et mensonges aux &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs du Parti &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - mais parce que jamais ils n'auraient pu s'imaginer que la direction russe d&#233;noncerait le stalinisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; comptait 200 000 membres, et avait recueilli 5,4 millions de voix aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1956, en faisant le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; parti politique de France. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Maurice Thorez, est l'ombre fran&#231;ais de Staline.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il doit son assise &#224; plusieurs aspects&#160;: la victoire en 1945 sur les arm&#233;es allemandes a &#233;t&#233; obtenue gr&#226;ce aux sacrifices quasi inhumains de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;, et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; est vu comme le repr&#233;sentant de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; en France&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deuxi&#232;mement, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; est toujours consid&#233;r&#233;e comme la patrie de la r&#233;volution (40 ans seulement auparavant)&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin le r&#244;le du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; dans la r&#233;sistance et dans le maquis est largement incontest&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le rapport secret annonce la premi&#232;re crise s&#233;rieuse pour le stalinisme fran&#231;ais, et va ouvrir aussi la possibilit&#233; pour une nouvelle gauche radicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thorez, Cogniot et Doize constituent la d&#233;l&#233;gation du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; &#224; Moscou pour le 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s. Thorez a le droit de le lire mais doit rendre sa copie du rapport. Son contenu le terrifie&#160;: il est parfaitement au courant des m&#233;thodes et des horreurs du stalinisme et le rapport constitue &#224; ses yeux une remise en cause des certitudes d'une vie. Imm&#233;diatement il prend le parti des orthodoxes comme Malenkov et Molotov contre Khrouchtchev et d&#233;clare que le rapport sera rapidement oubli&#233;. D&#232;s son retour en France, le doute s'instaure. Au comit&#233; central du 22&#160;mars 1957, il y a pour la premi&#232;re fois depuis trente ans un vrai d&#233;bat qui aboutit &#224; une r&#233;solution politique diff&#233;rente de celle propos&#233;e. Le tabou est lev&#233;, au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; aussi, fut-ce de fa&#231;on tr&#232;s feutr&#233;e, on critique Staline. Thorez est oblig&#233; de formuler des critiques du stalinisme. En m&#234;me temps, il augmente les salaires des permanents soudant l'appareil derri&#232;re lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les 9-10&#160;mai 1956, Beno&#238;t Frachon, stalinien lui aussi et dirigeant de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, s'oppose n&#233;anmoins &#224; Thorez au comit&#233; central d'Arcueil accusant le parti de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;caporaliser&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise. D'autres oppositionnels se font entendre&#160;: Jean Chaintron ex-commissaire aux brigades internationales, ex-pr&#233;fet du maquis, Waldeck Rochet, futur secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti et avant tout Laurent Casanova, premier intellectuel dirigeant du parti. Ce dernier qui finira par &#234;tre exclu, sent aussi monter la r&#233;volte dans la jeunesse qui donnera lieu &#224; une nouvelle gauche dans les ann&#233;e 60, et comprend imm&#233;diatement le lien entre la critique du stalinisme et les aspirations de la nouvelle jeunesse. Avec la guerre d'Alg&#233;rie, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; se retrouve &#224; la tra&#238;ne de De Gaulle. Au d&#233;part, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; soutient le gouvernement socialiste de Guy Mollet qui envoie les troupes. Le parti se retrouve compl&#232;tement d&#233;phas&#233; par rapport &#224; la jeunesse et les positions du syndicat &#233;tudiant l'Unef qui pr&#233;figurent la r&#233;volte de mai 1968. Par exemple, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; d&#233;nonce un grand meeting unitaire &#224; l'appel des 121 en solidarit&#233; avec les Alg&#233;riens &#224; la Mutualit&#233; &#224; Paris, soutenu par Unef, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSU&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dix ans plus tard cette nouvelle gauche se concr&#233;tise avec entre autres Alain et Hubert Krivine, Jeanne Habel (qui vont diriger la future &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; apr&#232;s une scission en 1965 au sein des &#233;tudiants communistes).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais dans le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; il existe encore une majorit&#233; silencieuse pour qui le parti est toute leur vie, et pour qui les probl&#232;mes des camarades de Moscou semblent encore bien loin de leurs pr&#233;occupations quotidiennes. Ils permettent &#224; Thorez de ressaisir les r&#234;nes et de continuer avec un parti stalinis&#233;. Malgr&#233; ceci, des dizaines de milliers de militants quittent le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, notamment apr&#232;s la r&#233;pression sanglante de l'insurrection de Budapest en novembre 1956. En 1958, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; perd 1,6 millions de voix aux &#233;lections. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; sous Thorez et ses successeurs soutiendra les interventions militaires russes &#224; Budapest en 1956, &#224; Prague en 1968 et en Afghanistan en 1979.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle internationale, le rapport secret marque aussi la rupture entre Thorez et Togliatti, dirigeant du parti communiste italien (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCI&lt;/span&gt;). Contrairement &#224; Thorez, celui-ci soutient Khrouchtchev.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un long d&#233;nouement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1964, en l'espace de quelques mois Thorez, Togliatti et Khrouchtchev meurent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;, Brejnev reprend le contr&#244;le du pays, et bon nombre des r&#233;formes de Khrouchtchev seront arr&#234;t&#233;es. Mais il n'y aura pas de retour au stalinisme du Goulag. Paradoxalement c'est pendant le d&#233;but de la p&#233;riode Brejnev que l'&#233;conomie russe va conna&#238;tre un nouvel essor, concomitant aux changements &#233;conomiques &#224; l'&#233;chelle internationale. Par exemple les pourcentages des foyers poss&#233;dant un &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TV&lt;/span&gt;/Frigo/Machine &#224; laver passent de 24, 11 et 21&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en 1965 &#224; 85,91 et 70&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en 1984. La surface habit&#233;e par citadin s'am&#233;liore aussi&#160;: 1913 &#8211; 6,3 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 1950 &#8211; 7,0 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 1970 &#8211; 11 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 1989 &#8211; 15 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt;. Mais en d&#233;pit de l'expansion &#233;conomique, la plupart des facteurs de stagnation demeurent voire se renforcent, et l'&#233;conomie russe est d&#233;pass&#233;e au niveau mondial. La croissance passe de 5&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 2,7&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pendant la m&#234;me p&#233;riode. L'&#226;ge moyen des membres du Praesidium/&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BP&lt;/span&gt; passe de 55 ans &#224; 70 ans (cf. les caricatures des dirigeants russe), surtout cela veut dire que ce sont les m&#234;mes, &#224; peu de choses pr&#232;s qu'&#224; l'&#233;poque de Khrouchtchev.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudra attendre le milieu des ann&#233;es 1980 pour que des dirigeants russes sous Mika&#239;l Gorbatchev, en plein marasme &#233;conomique, d&#233;cident un nouveau programme de r&#233;formes&#160;: la perestro&#239;ka (&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;restructuration&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) et la glasnost (&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;transparence&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;). Le but est le m&#234;me que celui de Khrouchtchev&#160;: desserrer l'&#233;tau, lib&#233;rer l'&#233;conomie et le social pour pouvoir se maintenir et faire face &#224; la concurrence tout en &#233;vitant les tensions sociales centrifuges de plus en plus &#233;videntes au sein de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; et qui la mena&#231;aient d'explosion. Cette fois-ci les contradictions internes seront trop fortes. D'abord le mur de Berlin puis l'ensemble de l'empire sovi&#233;tique va se d&#233;sint&#233;grer. Gorbatchev, comme Khrouchtchev 30 ans auparavant, voulait assurer la p&#233;rennit&#233; du syst&#232;me tout en r&#233;formant les pires aspects. Mais le syst&#232;me sous contr&#244;le bureaucratique, en apparence planifi&#233; mais sans le moindre contr&#244;le ouvrier, sans d&#233;mocratie, sans dynamique &#233;tait &#224; bout de souffle. Il devait faire face &#224; une concurrence internationale toujours plus forte et &#233;tait rong&#233; par des contradictions internes et les aspirations &#224; l'ind&#233;pendance des peuples opprim&#233;s par la Russie. En l'espace de quelques mois l'&#233;conomie russe va dispara&#238;tre. Contrairement &#224; ce que pr&#233;tendaient beaucoup de commentateurs, et m&#234;me une partie de la gauche ce qui s'est pass&#233; n'&#233;tait pas le triomphe du capitalisme sur le communisme, mais plut&#244;t la faillite d'un syst&#232;me d'accumulation du capital bureaucratique dirig&#233; face au dynamisme du capitalisme lib&#233;ral. Les dirigeants russes des ann&#233;es 1990 l'ont tr&#232;s bien compris et ont &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; se reconvertir en dirigeants d'entreprises, pillant les richesses de l'ex-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une certaine mesure, le rapport secret de Khrouchtchev marquait en effet &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la fin du stalinisme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; selon l'expression de l'historien Moshe Lewin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Khrouchtchev &#233;tait sans aucun doute un pur produit du stalinisme, lui-m&#234;me responsable d'avoir sign&#233; l'arr&#234;t de mort de centaines de militants bolcheviks et d'autres dans les ann&#233;es trente, mais il comprenait que le syst&#232;me ne pouvait pas continuer ind&#233;finiment comme &#231;a. Les r&#233;elles r&#233;formes qu'il a lanc&#233;es ont constitu&#233; des vrais pas en avant pour les Russes, mais elles &#233;taient circonscrites et surtout elles &#233;taient men&#233;es par en haut. Rappelons que c'est Khrouchtchev qui envoie les chars russes contre les conseils ouvriers &#224; Budapest en 1956.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors comme maintenant ce qui fait d&#233;faut en Russie est le d&#233;veloppement d'un authentique courant r&#233;volutionnaire, d&#233;mocratique, en toute ind&#233;pendance de l'&#201;tat russe, qui pourrait donner espoir &#224; ceux et celles qui r&#233;sistent au quotidien aux m&#233;faits du capitalisme qu'il soit bureaucratique ou lib&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Philippe Robrieux, &lt;i&gt;Histoire int&#233;rieure du Parti communiste 1945-72&lt;/i&gt;, Fayard 1981&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Moshe Lewin, &lt;i&gt;Le si&#232;cle sovi&#233;tique&lt;/i&gt;, Fayard/Le Monde Diplo 2003&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Tony Cliff, &lt;i&gt;Le Capitalisme d'&#201;tat en &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; de Staline &#224; Gorbatchev&lt;/i&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDI&lt;/span&gt; 1990 (en particulier la postface)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Dossier &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rapport secret&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;i&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt; n&#176;&#160;106 25&#160;f&#233;vrier 2006&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&#034; width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Pierre Brou&#233;, &lt;i&gt;Communistes contre Staline&lt;/i&gt; Fayard 2004&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les meilleurs chiffres sont dans &lt;i&gt;Capitalisme d'&#201;tat&lt;/i&gt;, et pour la p&#233;riode plus r&#233;cente dans&lt;i&gt; Le si&#232;cle sovi&#233;tique&lt;/i&gt;, tous les deux disponibles &#224; la librairie La Br&#232;che. Robrieux est une mine d'information sur les d&#233;bats internes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les arguments de Mandel, jusqu'en 1989 la th&#233;orie officielle de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Internationale concernant l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; voir (selon Bensa&#239;d et d'autres, cf. interventions lors des universit&#233;s d'&#233;t&#233; de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt;, il n'y a plus de th&#233;orie officielle pour d&#233;crire l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;.)&#160;: &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/mandel/works/1987/04/em19870401.htm&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.marxists.org/francais/mandel/works/1987/04/em19870401.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur Bandung 1955 voir&#160;: &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=Bandung&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=Bandung&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et des romans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thierry Jonquet, &lt;i&gt;Du pass&#233; faisons table rase&lt;/i&gt; Actes Sud 1998&lt;br class='autobr' /&gt;
Manuel Vasquez, &lt;i&gt;Montalban Meurtre au Comit&#233; central&lt;/i&gt; 10/18 1999&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;rard Delteil, &lt;i&gt;Mort d'un satrape Rouge&lt;/i&gt; Poche 1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;ditorial</title>
		<link>http://www.quefaire.lautre.net/Editorial</link>
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		<dc:date>2009-09-14T23:54:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>Parti</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;formisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis 2002 le pays a connu une s&#233;rie de mobilisations politiques et sociales remarquables qui participent &#224; l'accumulation d'&#233;v&#233;nements annonciateurs du potentiel de la recomposition du mouvement ouvrier&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vote pour Arlette et Olivier en 2002, la mobilisation de masse entre les deux tours, le rejet des propositions de la F&#233;d&#233;ration CGT de l'&#233;nergie lors du r&#233;f&#233;rendum &#224; EDF, les gr&#232;ves de 2003 (notamment le d&#233;bat sur la n&#233;cessit&#233; d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale), le rassemblement du Larzac, les collectifs de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no02-novembre-2005" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;02 - Novembre 2005 / janvier 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Parti" rel="tag"&gt;Parti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Reformisme" rel="tag"&gt;R&#233;formisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2002 le pays a connu une s&#233;rie de mobilisations politiques et sociales remarquables qui participent &#224; l'accumulation d'&#233;v&#233;nements annonciateurs du potentiel de la recomposition du mouvement ouvrier&#160;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le vote pour Arlette et Olivier en 2002, la mobilisation de masse entre les deux tours, le rejet des propositions de la F&#233;d&#233;ration &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; de l'&#233;nergie lors du r&#233;f&#233;rendum &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt;, les gr&#232;ves de 2003 (notamment le d&#233;bat sur la n&#233;cessit&#233; d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale), le rassemblement du Larzac, les collectifs de d&#233;fense des services publics, la campagne r&#233;f&#233;rendaire avec les diff&#233;renciations explicites au sein du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, la prise de position du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; et la construction du mouvement des collectifs, et tout r&#233;cemment la gr&#232;ve &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCM&lt;/span&gt;.&#160;Chacune de ces situations contenait le m&#234;me paradoxe, la recherche d'une alternative politique, mais pos&#233;e implicitement par le mouvement et non pas de fa&#231;on consciente. Il est clair que nous devons tout faire pour que ces r&#233;seaux, &#233;quipes militantes, courants et individus puissent commencer &#224; &#233;laborer collectivement et consciemment une telle alternative. Cela ne sortira pas spontan&#233;ment d'une lutte de masse, bien que celles-ci soient indispensables. Il s'agit bel et bien d'en favoriser la traduction en termes organisationnels, ce qui repr&#233;senterait des pas en avant consid&#233;rables dans la conscience politique et qui ouvrirait de nouvelles opportunit&#233;s de radicalisation et de massification dans la construction d'une alternative politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;cision du 15&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; congr&#232;s de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; (30 oct-2 nov 2003) d'initier des forums pour une nouvelle force avec pour boussole des assises nationales en 2004 allait dans ce sens. Cette motion est exemplaire car elle tra&#231;ait une direction claire, &#233;vitant une orientation exclusive sur les luttes sociales et en d&#233;limitant clairement les rapports au parlementarisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pensions que l'alliance avec &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LO&lt;/span&gt; pour les &#233;lections de 2004 pouvait contribuer &#224; la dynamique. Nous estimions qu'&#224; ce moment-l&#224; une division &#233;lectorale, sans autre alternative en vue, aurait &#233;t&#233; incompr&#233;hensible. N&#233;anmoins, l'ann&#233;e 2004 n'a pas vu d'initiatives de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; impuls&#233;es centralement pour aller dans le sens du regroupement politique. Le bilan contrast&#233; des &#233;lections de 2004 a certainement contribu&#233; aux h&#233;sitations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la campagne r&#233;f&#233;rendaire a repos&#233; avec acuit&#233; le probl&#232;me. Les &#233;lections allemandes ont confirm&#233;, avec l'&#233;mergence spectaculaire du Linkspartei (alliance &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;WASG&lt;/span&gt;, &#8216;Alternative &#233;lectorale pour la justice sociale' et l'ancien parti communiste de l'ex-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RDA&lt;/span&gt;), que les ph&#233;nom&#232;nes de recomposition se situent &#224; une &#233;chelle europ&#233;enne, tout comme les succ&#232;s de Respect en Angleterre. Mais les exemples du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PT&lt;/span&gt; de Lula au Br&#233;sil et de Rifondazione comunista en Italie montrent &#233;galement qu'aucun regroupement ne se fait sans porter aussi les germes de futures diff&#233;renciations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; travers l'Europe, l&#224; o&#249; les r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; centraux dans les initiatives pour une nouvelle force (Portugal, Angleterre, Ecosse), le centre de gravit&#233; des ces formations est bien plus &#224; gauche que dans les cas o&#249; les initiatives reviennent &#224; des directions r&#233;formistes. Les balbutiements de type candidature Bov&#233; ou les listes citoyennes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; aux &#233;lections europ&#233;ennes nous indiquent clairement que de toute mani&#232;re nous risquons d'&#234;tre confront&#233;s &#224; des tentatives de recomposition partielle. Dans les deux cas, elles pr&#233;tendent exprimer la volont&#233; d'une minorit&#233; importante de travailleurs de trouver une nouvelle maison politique &#224; gauche. Notons aussi qu'apr&#232;s 1995 et 2002 les Verts et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; ont connu un afflux important de nouvelles adh&#233;sions et cette ann&#233;e le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; revendique 7 000 nouvelles cartes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'analyse des gauches a ici toute sa pertinence. En France c'est le d&#233;but d'un p&#244;le en rupture avec le social-lib&#233;ralisme qui fait d&#233;faut. Le regroupement doit &#234;tre envisag&#233; comme la possibilit&#233; pour la classe ouvri&#232;re de se doter d'une nouvelle direction politique. En m&#234;me temps, il posera des questions nouvelles de strat&#233;gie politique, notamment par rapport aux institutions, &#224; la d&#233;mocratie, au r&#244;le de la classe ouvri&#232;re, et &#224; l'attitude &#224; adopter face au gouvernement. Nous avons tout &#224; gagner &#224; aborder ces questions au sein de la dynamique et &#224; partir des exp&#233;riences politiques communes. Cela n&#233;cessite bien entendu qu'une telle d&#233;marche active aille de pair avec le d&#233;veloppement de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt;, num&#233;riquement, politiquement (formation) et sur un profil &#233;lev&#233; (d&#233;veloppement de la diffusion d'un nouveau Rouge). Vu les mobilisations massives dans la jeunesse (en 2002, le mouvement lyc&#233;en et le vote jeune au r&#233;f&#233;rendum), la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; doit tendre vers une politique volontariste en direction de la jeunesse. Le mouvement lyc&#233;en a montr&#233; qu'il y a une concurrence politique avec les courants r&#233;formistes pour influer sur la jeunesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'orientation d&#233;fendue par les camarades de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DN&lt;/span&gt;, intitul&#233;e Relever les d&#233;fis de la situation, est celle qui permettra &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt; de jouer au mieux son r&#244;le. Par rapport aux &#233;lections, il para&#238;t &#233;vident que le candidat le plus repr&#233;sentatif d'une telle dynamique unitaire serait Olivier Besancenot. Mais le d&#233;bat ne se situe pas l&#224;. Il se situe d'une part dans le contenu et d'autre part sur la d&#233;marche &#224; engager pour parvenir &#224; une telle candidature, et a fortiori pour les l&#233;gislatives, aux candidatures unitaires. Notre engagement d&#232;s maintenant, avec la perspective clairement affich&#233;e d'aller au-del&#224; de 2007 dans la construction d'une nouvelle force avec une activit&#233; extraparlementaire de masse, devrait guider nos choix qui joueront un r&#244;le-cl&#233;. Cette perspective va &#233;videmment de pair avec le refus d'une participation ou d'un soutien &#224; un gouvernement qui ne serait pas en rupture avec le social-lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personne ne peut dire quels succ&#232;s cette orientation va rencontrer dans l'imm&#233;diat, mais elle nous semble &#234;tre celle qui donne la meilleure boussole &#224; l'organisation pour construire sur ses succ&#232;s (notamment la campagne du 29&#160;mai) et assumer pleinement les nouvelles responsabilit&#233;s que la situation politique impose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pour cela que la question du regroupement tient une place importante dans ce n&#176;2 de la revue &lt;i&gt;Que faire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De Kant &#224; Marx</title>
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		<dc:date>2009-09-14T18:59:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Marx</dc:subject>

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&lt;p&gt;Propos recueillis par Nick Barrett&lt;br class='autobr' /&gt;
Ton livre Philosophie et r&#233;volution&#160;: de Kant &#224; Marx retrace le parcours de Marx vers des positions r&#233;volutionnaires &#224; travers sa prise de conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une intervention politique, cristallis&#233;e par la question du pouvoir et de l'Etat. Dans quelle mesure cette r&#233;flexion est-elle &#233;clair&#233;e et, &#224; son tour, &#233;claire-t-elle la situation politique actuelle, notamment la crise politique ouverte par le r&#233;f&#233;rendum fran&#231;ais et les &#233;lections allemandes&#160;?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no02-novembre-2005" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;02 - Novembre 2005 / janvier 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Marx" rel="tag"&gt;Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Nick Barrett&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre Philosophie et r&#233;volution&#160;: de Kant &#224; Marx retrace le parcours de Marx vers des positions r&#233;volutionnaires &#224; travers sa prise de conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une intervention politique, cristallis&#233;e par la question du pouvoir et de l'Etat. Dans quelle mesure cette r&#233;flexion est-elle &#233;clair&#233;e et, &#224; son tour, &#233;claire-t-elle la situation politique actuelle, notamment la crise politique ouverte par le r&#233;f&#233;rendum fran&#231;ais et les &#233;lections allemandes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire ce livre vers la fin des ann&#233;es 1990, dans une conjoncture lourdement marqu&#233;e par l'effondrement de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt; et l'exp&#233;rience de la d&#233;faite des r&#233;volutions du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En m&#234;me temps, des contre-tendances commen&#231;aient &#224; s'affirmer d'une mani&#232;re plus claire avec les luttes de novembre-d&#233;cembre 1995 en France et, au niveau mondial, avec le cycle de mobilisations qui se r&#233;f&#232;re &#224; Seattle, G&#234;nes et aux processus en cours en Am&#233;rique latine. Le projet initial, que je maintiens en tant que programme de recherche, &#233;tait de situer Marx dans le cadre d'un &#8216;portrait de groupe' g&#233;n&#233;rationnel et de couvrir &#224; la fois la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de et celle qui suit les r&#233;volutions de 1848, grande c&#233;sure du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. La trajectoire intellectuelle et politique de Marx se joue en effet la-dessus. Marx est un &#8216;quarante-huitard' comme on disait &#224; l'&#233;poque, c'est un r&#233;volutionnaire allemand vaincu, qui passera l'essentiel de sa vie en exil, en apatride. D&#232;s qu'il le pourra, il r&#233;fl&#233;chira sur les raisons profonde de la d&#233;faite de 48 et c'est cela qui constitue &#224; mes yeux le v&#233;ritable sens du projet de &#8216;critique de l'&#233;conomie politique', qui culminera dans Le Capital&#160;: faire l'anatomie du cosmos bourgeois qui s'est &#233;difi&#233; sur les ruines de l'esp&#233;rance &#233;mancipatrice port&#233;e par l''&#232;re des r&#233;volutions', c'est-&#224;-dire, comme l'a tr&#232;s bien expliqu&#233; Eric Hobsbawm, par l'ensemble de la s&#233;quence qui s'&#233;tend de 1789 &#224; 1848.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les raisons habituelles (temps, ampleur de la t&#226;che), j'ai d&#251; toutefois m'arr&#234;ter bien avant, en 1844, au d&#233;but de la premi&#232;re p&#233;riode d'exil de Marx, &#224; son moment &#8216;parisien'. Cette histoire a souvent &#233;t&#233; racont&#233;e et elle fait l'objet d'interpr&#233;tations contradictoires, qui renvoient &#224; des enjeux d&#233;cisifs pour la th&#233;orie marxiste. De mon c&#244;t&#233;, j'ai essay&#233; d'une part de d&#233;centrer le r&#233;cit, de montrer - au moyen du portrait de groupe dont je parlais &#224; l'instant (et qui comprend Moses Hess, le jeune Engels, et le Heine des ann&#233;es 1840) - que Marx n'&#233;tait qu'une possibilit&#233; parmi d'autres, donc d'en resituer sa v&#233;ritable originalit&#233;. De l'autre, j'ai essay&#233; de rendre compte de cette trajectoire en la repla&#231;ant dans son contexte historique, en sortant d'une simple &#8216;histoire des id&#233;es', c'est-&#224;-dire en montrant qu'elle n'est compr&#233;hensible qu'en analysant la mani&#232;re dont Marx r&#233;agit, certes avec des outils th&#233;oriques, mais aussi dans des cadres institutionnels pr&#233;cis (il passe en trois ans de l'universit&#233; &#224; l'exil via une phase d'intense activit&#233; journalistique), &#224; une situation mouvante et &#224; un probl&#232;me qui est fondamentalement politique&#160;: comment mettre fin &#224; l'ancien r&#233;gime allemand, comment mettre l'Allemagne &#224; l'heure de la modernit&#233; politique incarn&#233;e par la R&#233;volution fran&#231;aise. Bien s&#251;r, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le probl&#232;me des intellectuels majeurs de la philosophie classique, Kant et Hegel, et la g&#233;n&#233;ration de Marx en h&#233;rite. Marx lui-m&#234;me commence d'ailleurs par en partager, dans les grandes lignes, les r&#233;ponses&#160;: il croit &#224; la possibilit&#233; d'une r&#233;forme, tout particuli&#232;rement &#224; travers le d&#233;veloppement du d&#233;bat public, stimul&#233; par celui d'une presse libre (il dirige lui-m&#234;me en 1842-43 la Gazette rh&#233;nane, principale voix de l'opposition d&#233;mocratique avant son interdiction par le gouvernement), dans des termes qui rappellent fortement la th&#233;matique de l''espace public' d&#233;velopp&#233;e dans les ann&#233;es 1960 par J&#252;rgen Habermas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx est donc au d&#233;part un d&#233;mocrate r&#233;formiste, comme la quasi-totalit&#233; des d&#233;mocrates allemands &#224; ce moment-l&#224;, et il ne passera &#224; des positions r&#233;volutionnaires que lorsque cette voie r&#233;formiste se r&#233;v&#233;lera impraticable, du fait, essentiellement, du durcissement autoritaire du r&#233;gime prussien. Il faut fortement insister sur le fait que s'il n'est pas seul (voir du c&#244;t&#233; de Heine, qui s'&#233;tait exil&#233; &#224; Paris d&#232;s les lendemains de la r&#233;volution de 1830), Marx est tr&#232;s minoritaire dans sa nouvelle orientation, d&#233;fendant la n&#233;cessit&#233; d'une &#8216;r&#233;volution radicale' comme seul moyen d'abattre l'absolutisme. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, parmi les intellectuels mais aussi dans les organisations clandestines du mouvement ouvrier allemand &#233;mergeant (essentiellement parmi l'&#233;migration allemande &#224; Paris et &#224; Londres), ce sont, quasiment jusqu'&#224; la veille de 1848, des orientations r&#233;formistes, en g&#233;n&#233;ral teint&#233;es de religiosit&#233;, qui pr&#233;dominent, quand ce n'est pas la confusion ou le pessimisme &#233;litiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;pondre directement &#224; ta question, cette radicalisation de Marx a pour moi une valeur exemplaire, profond&#233;ment actuelle&#160;: d'une certaine fa&#231;on, elle est toujours &#224; reprendre, &#224; partir de l'exp&#233;rience singuli&#232;re de chaque g&#233;n&#233;ration. Aujourd'hui, comme dans les ann&#233;es qui pr&#233;c&#232;dent 1848, on assiste &#224; une remont&#233;e des mouvements sociaux, qui remettent en cause des aspects pr&#233;cis du syst&#232;me capitaliste, mais de mani&#232;re fragment&#233;e et, souvent, avec beaucoup d'illusions sur la possibilit&#233; de changer les choses sans toucher &#224; l'ensemble, aux fondements du syst&#232;me, ou, ce qui revient au m&#234;me, sans poser la question du pouvoir politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ici que la r&#233;f&#233;rence &#224; Marx me para&#238;t indispensable. D&#233;fendre, en 1844, la perspective d'une r&#233;volution allemande, de surcro&#238;t comme cl&#233; de la r&#233;volution europ&#233;enne, c'&#233;tait scandaleux, quasiment inou&#239;. Le &#8216;retard' politique de l'Allemagne par rapport au reste de l'Europe &#233;tait &#233;norme, les fameuses &#8216;conditions' n'&#233;taient &#8216;pas remplies', etc. Eh bien, contre cela, Marx permet de penser l'espace qui est celui de l'intervention politique pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de ce retard, de ce manque&#160;: dire que les conditions n'existent pas, c'est dire qu'elles sont &#224; cr&#233;er, non par un coup de baguette magique, en vertu du pur volontarisme, mais en d&#233;ployant l'initiative politique, celle qui permet d'ouvrir une possibilit&#233; nouvelle, qui r&#233;v&#232;le le point de basculement d'une situation, qui en condense les contradictions &#224; un moment d&#233;termin&#233;. Contrairement &#224; un point de vue tr&#232;s r&#233;pandu actuellement, selon lequel Marx aurait bien compris la nature du capitalisme, ou anticip&#233; sa phase &#8216;mondialis&#233;e', mais n'aurait rien &#224; dire de sp&#233;cifique sur la politique, je pense que Marx est par excellence un penseur politique et que, pour lui, le nom de la politique est celui de &#8216;r&#233;volution'.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Marx, &#224; la veille de 1848, il s'agissait de constituer un large bloc d&#233;mocratique sous h&#233;g&#233;monie prol&#233;tarienne, seul &#224; m&#234;me de renverser le r&#233;gime despotique et d'enclencher un processus r&#233;volutionnaire &#8216;permanent', s'attaquant &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et d'&#233;change. Le d&#233;roulement concret des r&#233;volutions de 1848 a montr&#233; qu'il s'agissait de la seule hypoth&#232;se r&#233;aliste, mais qu'elle &#233;tait tr&#232;s fragile, et elle a &#233;t&#233; balay&#233;e par la r&#233;action. Pour nous aujourd'hui, l'objectif imm&#233;diat est d'infliger une d&#233;faite majeure aux politiques n&#233;olib&#233;rales et de lib&#233;rer de la sorte le potentiel anticapitaliste qui se construit dans les luttes. Pendant quelques ann&#233;es, dans de larges secteurs de la gauche sociale et &#8216;mouvementiste', on a v&#233;cu dans l'id&#233;e d'une autosuffisance des mouvements sociaux, l'id&#233;e qu'ils formaient en eux-m&#234;mes le nouveau &#8216;sujet politique', que le r&#244;le des partis &#233;tait secondaire, voire superflu. Cette p&#233;riode est d&#233;sormais derri&#232;re nous&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les limites des mouvements sociaux sont clairement apparues, les mobilisations contre la guerre, la bataille sur la Constitution europ&#233;enne et les avanc&#233;es de la gauche antilib&#233;rale ont agi comme de puissants facteurs de politisation. La question d&#233;cisive de notre situation est celle de la construction d'une alternative politique, et elle renvoie &#224; son tour &#224; celle de l'h&#233;g&#233;monie, de la capacit&#233; d'initiative des forces r&#233;volutionnaires, de la reconstruction des conditions d'un front de classe, apr&#232;s des ann&#233;es de recul et de revers pour le mouvement ouvrier. A mon sens, dans un pays comme la France, la question de la constitution d'une nouvelle force politique, anticapitaliste et de classe, regroupant les principaux secteurs de la &#8216;gauche rouge', est maintenant &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu soulignes le point de d&#233;part tr&#232;s diff&#233;rent d'Engels, presque sociologique gr&#226;ce &#224; son analyse et son contact avec le mouvement ouvrier anglais. Les rapprochements avec une partie de la gauche radicale aujourd'hui, mais aussi avec des approches th&#233;oriques comme celles de Bourdieu viennent imm&#233;diatement &#224; l'esprit. Dans quelle mesure sont-ils valables pour toi&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Engels est un penseur original, et il le restera m&#234;me apr&#232;s sa rencontre avec Marx. Ce que j'&#233;tudie dans le livre cependant, c'est la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de cette rencontre et le travail en commun qui s'est ensuivi (d&#232;s 1845-46). On pense souvent que, du fait de son s&#233;jour en Angleterre, de sa connaissance de premi&#232;re main de la condition ouvri&#232;re et de l'&#233;conomie politique, Engels est en avance sur Marx, qui demeure &#224; l'&#233;poque un intellectuel plus classique, de formation philosophique universitaire, dont le terrain d'intervention est celui d'une presse s'adressant &#224; la bourgeoisie &#233;clair&#233;e. Or, il est frappant de constater, &#224; la lecture de textes comme La situation de la classe laborieuse en Angleterre, ou, de mani&#232;re encore plus nette, les textes des conf&#233;rences qu'il a donn&#233;es avec Moses Hess au d&#233;but 45 dans les villes de Rh&#233;nanie, qu'Engels s'inscrit plut&#244;t dans la mouvance dite du &#8216;socialisme vrai'. Son discours politique est tr&#232;s mod&#233;r&#233;, ou, plus exactement, Engels cherche &#224; d&#233;placer le probl&#232;me du terrain politique vers un autre, celui du &#8216;social'. Ce &#8216;social', il le con&#231;oit, conform&#233;ment &#224; la tradition fond&#233;e par Saint-Simon et reprise par la suite par la science sociale fran&#231;aise de Comte ou de Durkheim, comme un principe d'harmonie, comme un &#8216;lien social' pour reprendre une terminologie qui domine massivement la sociologie contemporaine. Pour lui, la v&#233;ritable contradiction du capitalisme n'est pas tant l'antagonisme de classe &#224; proprement parler, mais celle entre le principe &#8216;social' d'organisation et le march&#233;, porteur de chaos et de concurrence illimit&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Engels fut tr&#232;s impressionn&#233; par les capacit&#233;s d'auto-organisation du prol&#233;tariat anglais qu'il a pu constater lors de son s&#233;jour britannique. Il y a vu des exp&#233;riences nouvelles, celle des associations &#233;ducatives, des soci&#233;t&#233;s d'entraides, des syndicats, qui permettaient de faire avancer concr&#232;tement l'&#233;mancipation ouvri&#232;re. Il pensait que, moyennant bien s&#251;r un rapport de forces plus favorable, et m&#234;me par la menace d'une insurrection, la bourgeoisie pouvait &#234;tre convaincue de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes. Et cela d'autant plus que, pr&#233;cis&#233;ment, le prol&#233;tariat anglais (qui lui sert de r&#233;f&#233;rence) &#233;vitait de poser la question du r&#233;gime politique et &#233;cartait, de ce fait une r&#233;volution politique &#8216;&#224; la fran&#231;aise'. Bien s&#251;r, Engels soutient pleinement le mouvement chartiste, qui demande le suffrage universel masculin, ce qui est une revendication politique, mais qui n'implique pas en soi de remise en cause de la monarchie. Il voit m&#234;me dans ce l&#233;gitimisme politique du prol&#233;tariat anglais une radicalit&#233; sup&#233;rieure, une avanc&#233;e par rapport &#224; ceux du continent europ&#233;en, trop absorb&#233; par les questions du r&#233;gime et du pouvoir d'Etat. Pour le dire autrement, la position du jeune Engels est tr&#232;s exactement celle que d&#233;fend aujourd'hui John Holloway avec son mot d'ordre de &#8216;changer la soci&#233;t&#233; sans prendre le pouvoir'. Avant lui, bien entendu, toute la tradition du socialisme associationniste, puisant son inspiration chez Saint-Simon ou Proudhon, l'avait proclam&#233; et m&#234;me concr&#232;tement tent&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La position de Marx est, je l'ai sugg&#233;r&#233; auparavant, aux antipodes&#160;: Marx cherche dans le social le principe de l'antagonisme qui sous-tend les luttes politiques, il affirme la dimension constitutivement politique des luttes de classes et voit dans la question du r&#233;gime et du pouvoir d'Etat le terrain m&#234;me o&#249; se d&#233;cide la capacit&#233; d'une classe &#224; diriger la soci&#233;t&#233;, sa capacit&#233; d'h&#233;g&#233;monie comme le diront par la suite les marxistes russes et Gramsci. Marx, et c'est un point crucial, ne commence pas par le prol&#233;tariat, il y parvient au terme d'un cheminement politique et th&#233;orique, parce qu'il cherche &#224; identifier les forces possibles d'une r&#233;volution dont il a d&#233;couvert pr&#233;alablement l'exigence. C'est la raison pour laquelle le prol&#233;tariat n'est jamais chez lui une simple r&#233;alit&#233; sociologique, mais d'embl&#233;e un processus politique. Il est le nom de l'antagonisme que la soci&#233;t&#233; bourgeoise s'acharne &#224; refouler, en vain naturellement, puisqu'il lui est consubstantiel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, la sociologie dominante, en France et ailleurs, reprend, dans une version tr&#232;s affadie et domestiqu&#233;e, cette ambition originelle de la pens&#233;e du &#8216;social'. Elle pense que sa mission est de contribuer &#224; &#8216;faire du lien (ou du &#8216;sens') social', et elle a substitu&#233; la lutte contre &#8216;l'exclusion' &#224; celle pour l'abolition des rapports capitalistes. En ce sens, la sociologie de Bourdieu, qui met au contraire l'accent sur la domination inh&#233;rente aux rapports sociaux se place &#224; contre-courant, m&#234;me si elle a tendance &#224; fragmenter la base de cette domination dans la multiplicit&#233; des &#8216;champs' sp&#233;cialis&#233;s des pratiques sociales. Elle partage cependant une aporie qui &#233;tait d&#233;j&#224; celle d'Engels, &#224; savoir la difficult&#233; &#224; penser les conditions d'une praxis transformatrice, r&#233;volutionnaire, &#224; partir du champ des pratiques existantes des groupes sociaux domin&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Engels contourne la difficult&#233; en juxtaposant en quelque sorte deux prol&#233;tariats, un prol&#233;tariat disons &#8216;empirique', plong&#233; dans les affres de l'exploitation et porteur passif des tares de la r&#233;volution industrielle, et un prol&#233;tariat largement id&#233;alis&#233;, d&#233;j&#224; organis&#233; en un &#8216;mouvement ouvrier' luttant pour son &#233;mancipation. Il est int&#233;ressant de constater que lorsqu'il se radicalise politiquement et tente de sortir du cercle de la reproduction pos&#233; par le couple habitus/pratiques (qui condamne concr&#232;tement les groupes domin&#233;s &#224; se livrer &#224; d'interminables luttes mutuelles de classement au sein de rapports sociaux intangibles), Bourdieu n'arrive finalement pas &#224; autre chose qu'&#224; r&#233;introduire un point de vue subjectif proche de l'enqu&#234;te dont se sert Engels pour construire son &#8216;prol&#233;tariat empirique'. On reste dans le cadre d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;sociologie de la mis&#232;re&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. le titre &#233;loquent de l'ouvrage collectif qu'il a dirig&#233; et qui inaugura sa (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , qui rend compte de la souffrance des classes exploit&#233;es, dans le meilleur des cas d'une certaine capacit&#233; (elle-m&#234;me tr&#232;s probl&#233;matique) &#224; y r&#233;sister, mais jamais de l'&#233;mergence d'une praxis collective mettant en cause les fondements des rapports sociaux existants. M&#234;me con&#231;u de mani&#232;re conflictuelle (ce qui n'est pas le cas chez le jeune Engels ou dans la sociologie dominante), le &#8216;social' tend &#224; &#233;vacuer le politique, et, du m&#234;me coup, l'histoire. C'est pourquoi, lorsque des proches de Bourdieu comme Pialoux et Beaud analysent, ce qui est exceptionnel et il faut leur rendre hommage, la r&#233;alit&#233; d'une usine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='S. Beaud, M.&#160;Pialoux, Retour sur la condition ouvri&#232;re, Fayard, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, y compris dans sa dimension historique, des luttes etc., ils parlent de la &#8216;condition' ouvri&#232;re, ils raisonnent en termes d'analyse d'un groupe donn&#233;, constitu&#233;, en l'occurrence le &#8216;groupe ouvrier' (de telle usine, il pourrait tout aussi bien &#234;tre question d'un autre groupe, ouvrier ou pas), et non en termes de classes, ou plut&#244;t de luttes de classes &#224; travers lesquelles les groupes et les rapports sociaux qui les d&#233;finissent se constituent et se transforment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre est d'un point de vue th&#233;orique tr&#232;s rigoureux. Son approche dialectique de l'articulation entre l'action politique et les circonstances mat&#233;rielles, y compris la pr&#233;sence et les positions des organisations ouvri&#232;res, appara&#238;t central. En m&#234;me temps ce sont des concepts parfois ardus pour la compr&#233;hension.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment peut-on comprendre aujourd'hui le r&#244;le des &#8216;intellectuels', leur lien avec une organisation r&#233;volutionnaire, et plus g&#233;n&#233;ralement avec la classe ouvri&#232;re&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il me semble que ta question part d'un pr&#233;suppos&#233;, qui est que les &#8216;intellectuels' sont d'une certaine fa&#231;on les professionnels du concept, ou de l'id&#233;ologie (sans aucune connotation p&#233;jorative en l'occurrence). Or, il ne s'agit l&#224; que d'une couche particuli&#232;re d'intellectuels, que Gramsci d&#233;signait d''intellectuels traditionnels'. En tant qu'universitaire, enseignant en philosophie et auteur d'ouvrages relativement sp&#233;cialis&#233;s, j'en suis certainement un. Mais pour revenir &#224; Gramsci, dont l'analyse est le point de d&#233;part oblig&#233; de toute r&#233;flexion marxiste (et m&#234;me de toute r&#233;flexion s&#233;rieuse) sur la question des intellectuels, l'&#233;laboration de la th&#233;orie r&#233;volutionnaire est une affaire collective. Elle est, plus exactement, l'affaire d'un &#8216;intellectuel collectif', qui n'est autre que l'organisation politique r&#233;volutionnaire. Ce collectif se comprend lui-m&#234;me comme un tout diff&#233;renci&#233;, dans lequel s'int&#232;grent aussi bien des &#8216;intellectuels traditionnels' que ceux que Gramsci consid&#233;rait comme les &#8216;intellectuels organiques' &#224; proprement parler des groupes sociaux domin&#233;s, &#224; savoir les militants, ou plus exactement les cadres (politiques, syndicaux, culturels etc.) qui permettent concr&#232;tement d'affirmer l'autonomie et la capacit&#233; dirigeante du groupe en question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La v&#233;ritable c&#233;sure qu'instaure selon Gramsci l'av&#232;nement du marxisme en tant que forme hybride th&#233;orico-pratique est donc double&#160;: elle renvoie &#224; la fois au &#8216;passage' d''intellectuels traditionnels', et m&#234;me de ceux que Gramsci qualifiait de &#8220;grands id&#233;ologues&#8221;, de porteurs d'une conception du monde radicalement nouvelle comme Marx et Engels, dans l'orbite du mouvement ouvrier et &#224; l'apparition d'un type nouveau, in&#233;dit, d'intellectuel, le militant du parti ou du syndicat, le journaliste de la presse ouvri&#232;re, le permanent de l'organisation, et, naturellement, le dirigeant politique. En ce sens, on le sait, L&#233;nine occupait pour Gramsci une position de pr&#233;&#233;minence, y compris par rapport &#224; Marx et Engels, car en tant que dirigeant de la premi&#232;re r&#233;volution socialiste victorieuse, il incarnait une forme aboutie, pleinement effective et vivante, de l'articulation de la th&#233;orie et de la pratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au sein donc de l'&#034;intellectuel collectif&#034;, que je n'identifie pas &#224; l'organisation dont je fais partie, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt;, car il comprend pour moi l'ensemble des organisations qui, m&#234;me de mani&#232;re limit&#233;e et contradictoire, rendent possible l'autonomie des groupes domin&#233;s dans la soci&#233;t&#233; actuelle (y compris, naturellement, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCR&lt;/span&gt;, qui n'est elle-m&#234;me pas &#224; l'abri des contradictions et des limitations), au sein donc de ce collectif, la t&#226;che de l'intellectuel traditionnel se pose pour moi de mani&#232;re tr&#232;s &#8216;classique'. Ce qui ne veut pas dire &#8216;simple', car elle consiste d'une part &#224; faire son travail sp&#233;cifique, &#224; savoir mener la bataille dans l'id&#233;ologie (surtout contre les formes les plus syst&#233;matis&#233;es et sophistiqu&#233;es de l'id&#233;ologie dominante) et dans la th&#233;orie, donc &#224; produire des objets relativement sp&#233;cialis&#233;s et non accessibles de fait &#224; une grande partie des militants. D'autre part, elle implique de veiller &#224; ce que ce travail sp&#233;cifique communique et circule au sein du collectif en question, moyennant bien s&#251;r les n&#233;cessaires m&#233;diations, et que, r&#233;ciproquement, l'exp&#233;rience que les autres militants y apportent lui parvienne &#224; son tour. Il convient toutefois d'&#234;tre lucide, les deux aspects comportent une certaine tension. Il n'est pas toujours facile d'&#233;tablir cet &#233;change &#224; double sens, les effets de la division du travail de la soci&#233;t&#233; capitaliste sont bien r&#233;els. Les militants se m&#233;fient souvent des &#8216;intellectuels traditionnels' (ils ont souvent raison, mais ce rejet comporte &#233;galement un prix) et ces derniers &#233;prouvent une grande difficult&#233; &#224; sortir des limites de leur travail sp&#233;cialis&#233;, car cela implique aussi une remise en question d'eux-m&#234;mes, de leur position &#233;tablie au sein des rapports sociaux (avec tout ce qu'elle comporte d''habitus' et de pratiques acquises, sur ce point aussi Bourdieu peut s'av&#233;rer utile).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fonction de l'organisation est justement de contrecarrer en permanence cette tension, en contribuant &#224; ce travail &#233;laboration de l''intellectuel collectif' au moyen de sa presse, de ses publications, de ses activit&#233;s de formation, et tout simplement par le d&#233;bat politique qui s'y d&#233;roule. L'exp&#233;rience historique nous indique qu'il y l&#224; un probl&#232;me essentiel pour le mouvement ouvrier. Dans les partis communistes par exemple, dont je suis moi-m&#234;me issu (j'ai milit&#233; auparavant au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PC&lt;/span&gt; Grec eurocommuniste et au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;), les &#8216;intellectuels traditionnels' &#233;taient &#224; la fois valoris&#233;s (on savait que &#8216;&#231;a comptait', les plus connus apportaient au &#8216;Parti' caution, prestige et l&#233;gitimit&#233; culturelle), ils avaient leur lieux d'expression et de travail propres (souvent d'excellente qualit&#233;&#160;: voire certaines revues, instituts de recherche, maisons d'&#233;ditions etc.). Mais, en m&#234;me temps, on s'en m&#233;fiait, on savait qu'ils disposaient de ressources qui pouvaient mettre en question les positions de la direction. Par dessus tout, on veillait &#224; les isoler des militants et des cadres ouvriers, de l'ossature des &#8216;intellectuels organiques' de l'organisation. Ils devaient rester dans leur ghetto &#8216;pour intellectuels' et respecter certaines limites dans leur travail sp&#233;cifique, celles qui laissaient intacte la &#8216;ligne' d&#233;fendue par la direction. C'est avec tout cet h&#233;ritage qu'il nous faut rompre, et ce n'est pas une t&#226;che ais&#233;e parce qu'il est profond&#233;ment enracin&#233; dans le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus personnellement, j'ai d&#233;couvert les id&#233;es d'un ami et camarade de Marx, le po&#232;te allemand Heine, exil&#233; &#224; Paris dans les ann&#233;es 1840, &#224; travers ton livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu sembles dire qu'en quelque sorte Heine pr&#233;c&#232;de Marx dans son appr&#233;ciation de l'homme politique r&#233;volutionnaire. Pourquoi, parfois, les artistes peuvent-ils devancer la politique&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parce qu'ils sont &#8216;dans' le langage, dans le langage tout court pour les po&#232;tes ou les &#233;crivains, ou dans celui qui est sp&#233;cifique &#224; leur pratique artistique pour les peintres, les musiciens etc. Et dans leur rapport au langage, c'est d'une certaine fa&#231;on, la totalit&#233; de leur rapport au monde, &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; leur &#233;poque qui est en jeu et qui trouve son expression, sa v&#233;rit&#233;. Sartre disait qu'une litt&#233;rature qui ne se rapportait pas &#224; cette exigence de totalit&#233; &#8220;ne valait pas une heure de peine&#8221;. Il pr&#233;cisait imm&#233;diatement qu'elle est port&#233;e par le rapport au langage, par l'&#233;laboration d'une forme sp&#233;cifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heine incarne au plus haut point cette exigence de totalit&#233; pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est l'inventeur d'une nouvelle forme po&#233;tique et intellectuelle qui visait &#224; embrasser la totalit&#233; de son &#233;poque en en &#233;pousant les contradictions et en les menant jusqu'au bout, par les moyens du langage. Heine est ainsi l'inventeur d'une po&#233;sie int&#233;gralement &#8216;dialectique', qui n'accepte de convoquer les formes l&#233;gu&#233;es par la tradition (notamment celle du romantisme, qui domine l'horizon de l'&#233;poque) que pour les subvertir de l'int&#233;rieur, leur conf&#233;rant ainsi une signification nouvelle, charg&#233;e d'ironie et d'autod&#233;rision, ouvertement sarcastique, satirique ou pol&#233;mique. Souvent cette violence est int&#233;rioris&#233;e, dans ce cas l'aspect sombre domine et l'exp&#233;rience du po&#232;te rend compte du &#8216;travail du n&#233;gatif', mais elle ne se complait jamais dans la m&#233;lancolie, et finit toujours par retourner sa pointe vers l'ext&#233;rieur, et se transforme ainsi en critique. Elle parvient ainsi &#224; dire le conflit de l'&#233;poque, indissociablement individuel et collectif, depuis le registre le plus &#8216;totalisant', celui de l'intervention dans les grandes batailles de son temps (cf. son c&#233;l&#232;bre cycle po&#233;tique Allemagne, conte d'hiver, &#233;crit au moment de la rencontre avec Marx) jusqu'au plus subjectif, ou intime. Heine exprime ainsi, dans des po&#232;mes d'apparence anodine, de l'impossibilit&#233; de l'amour romantique, de son mensonge intrins&#232;que, et, dans d'autres, qui ont fait scandale (m&#234;me parmi les proches) de l'apparition d'une exp&#233;rience in&#233;dite, dans l'anonymat de la grande ville, o&#249; d&#233;sir amoureux et sexualit&#233; sont irr&#233;m&#233;diablement dissoci&#233;s, travaill&#233;s en secret par la violence des rapports sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;El&#232;ve de Hegel &#224; l'universit&#233; de Berlin, ayant connu Goethe, ami de Marx, Heine est un intellectuel engag&#233;, r&#233;volutionnaire au sens radical de ce terme. Sa po&#233;sie et ses essais philosophiques, sur lesquels je me suis plus particuli&#232;rement attard&#233; parce qu'ils contiennent la premi&#232;re lecture r&#233;volutionnaire de Hegel et de la philosophie classique allemande communiquent parfaitement, on peut dire qu'il s'agit de deux modalit&#233;s d'une m&#234;me pens&#233;e. Sa port&#233;e sera immense pour la g&#233;n&#233;ration de Marx.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;T&#233;moin de la grande brisure de son si&#232;cle, l'&#233;crasement de l'esp&#233;rance &#233;mancipatrice de 1848, (il y a un parall&#233;lisme stup&#233;fiant entre son recueil po&#233;tique &lt;a href=&#034;http://www.gutenberg.org/ebooks/5607&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Romanzero&lt;/a&gt; et le &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Dix-huit Brumaire&lt;/a&gt; de Marx), Heine nous en livre, avec les armes qui lui sont propres (Marx aura les siennes, plus sp&#233;cialis&#233;es sans doute, mais plus analytiques, dot&#233;es de la puissance des abstractions conceptuelles) le contenu de v&#233;rit&#233;, la signification universelle. Avec lui d&#233;bute une tradition qui se poursuivra, notamment dans la tradition allemande, avec Kurt Tucholsky et, avant tout, avec Bertolt Brecht, grand dialecticien, po&#232;te, &#233;crivain et penseur marxiste dont l'importance proprement th&#233;orique est souvent sous-estim&#233;e. La signification de la rencontre de Heine avec Marx, &#224; Paris, en 1844, est pour moi proprement &#8216;&#233;pocale', comme disent les philosophes, au sens o&#249; elle inaugure une nouvelle &#233;poque, dont la promesse persiste et nous hante car elle demeure inaccomplie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le titre &#233;loquent de l'ouvrage collectif qu'il a dirig&#233; et qui inaugura sa phase plus &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;engag&#233;e&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: &lt;i&gt;La mis&#232;re du monde&lt;/i&gt;, Seuil, 1993&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Beaud, M.&#160;Pialoux, &lt;i&gt;Retour sur la condition ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, Fayard, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Messali Hadj et le mouvement nationaliste alg&#233;rien</title>
		<link>http://www.quefaire.lautre.net/Messali-Hadj-et-le-mouvement</link>
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		<dc:date>2009-09-06T09:09:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>


		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec l'explosion des discours et attaques racistes ces derni&#232;res ann&#233;es et les difficult&#233;s que rencontre la gauche, y compris anticapitaliste &#224; y r&#233;pondre proprement, la question de l'organisation autonome des racis&#233;-e-s se repose de mani&#232;re br&#251;lante. Une bonne connaissance des exp&#233;riences historiques men&#233;es dans ce sens devrait &#233;clairer ce d&#233;bat crucial aujourd'hui. Cet article revient sur la figure de Messali Hadj et de L'&#201;toile Nord-Africaine.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no01-juin-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;01 - Juin/septembre 2005&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Imperialisme" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Religion" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH140/arton46-fc747.jpg&#034; width='150' height='140' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'occupation anglo-am&#233;ricaine de l'lrak et la r&#233;sistance irakienne &#224; propuls&#233; de nouveau la question nationale sur les devants de la sc&#232;ne. L'analyse de la nature progressiste ou non des mouvements de lib&#233;ration nationale, les rapports entre le mouvement national et le mouvement ouvrier et avec ses organisations, la place d'id&#233;ologies contradictoires telle que la religion et l'attitude des r&#233;volutionnaires &#224; l'&#233;gard des mouvements de lib&#233;ration nationale sont toutes des questions d&#233;battues dans le nouveau contexte de l'lrak occup&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il peut &#234;tre int&#233;ressant de revenir sur des aspects du mouvement de lib&#233;ration en Alg&#233;rie, et ce par le biais de son fondateur, Messali Hadj, et les organisations qu'il &#224; contribu&#233; &#224; construire. D'une part ce n'est que tr&#232;s r&#233;cemment qu'on &#224; commenc&#233; &#224; admettre &#224; une plus grande &#233;chelle la brutalit&#233; de la colonisation de l'Alg&#233;rie et de la guerre de lib&#233;ration nationale. La sortie r&#233;cente du film La bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo en est un symbole. Mais l'analyse du mouvement national alg&#233;rien peut aussi &#233;clairer les d&#233;bats actuels par rapport &#224; la lutte de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;toile Nord-africaine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re organisation &#224; revendiquer l'ind&#233;pendance pour l'Alg&#233;rie est l'&#233;toile Nord-africaine (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt;). Entre 1920 et 1924, 120 000 travailleurs immigr&#233;s maghr&#233;bins, dont 100 000 Alg&#233;riens, s'installent en France et pour beaucoup dans la r&#233;gion parisienne. L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; est fond&#233;e en 1924 parmi les travailleurs immigr&#233;s alg&#233;riens sous l'impulsion du Parti communiste fran&#231;ais et suite &#224; une d&#233;cision du 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IC&lt;/span&gt;). Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; avait pr&#233;sent&#233; Hadj Ali AbdelKader aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1924, et il lui manqua seulement 20 voix pour &#234;tre &#233;lu. Selon les rapports de police, le travail du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; parmi ces travailleurs alg&#233;riens &#224; port&#233; ses fruits&#160;: on estime &#224; 8 000 le nombre de musulmans sympathisants ou adh&#233;rents du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;. Le m&#234;me rapport les cite comme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les r&#233;giments de choc du bolch&#233;visme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Hadj Ali, un communiste, sera le premier dirigeant de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt;. Le Journal de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; l'Ikdam est imprim&#233; par la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGTU&lt;/span&gt; (syndicat d'ob&#233;dience communiste). Messali Hadj rejoint l'organisation en 1926 et deviendra le principal dirigeant du mouvement national alg&#233;rien pendant 30 ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le contexte politique est important. Cela se passe sept ans seulement apr&#232;s l'espoir soulev&#233; par la R&#233;volution russe. La crise &#224; la fin de la guerre &#224; vu l'&#233;mergence de partis communistes dans la plupart des pays industrialis&#233;s, des tentatives de r&#233;volution en Allemagne, en Hongrie, en Italie, et des soul&#232;vements dans les colonies. Avec la guerre du Rif, la r&#233;volution chinoise en 1925-27, un vent de libert&#233; souffle dans les colonies et semble faire &#233;cho au premier congr&#232;s des peuples &#224; Bakou en 1920, organis&#233; &#224; l'apog&#233;e de l'lnternationale communiste. Mais &#224; partir du milieu de la d&#233;cennie le mouvement communiste international entre en crise. En Russie la politique du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;socialisme dans un seul pays&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; pris le pas sur le d&#233;veloppement de la r&#233;volution mondiale, et l'&#233;puration et la bureaucratisation du parti bolchevik est bien en cours. Au niveau international, les g&#233;n&#233;raux du Kuomintang, soutenus par &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PIC&lt;/span&gt;, occupent Shangha&#239; en 1927 puis massacrent les ouvriers du parti communiste chinois tuant dans l'&#339;uf la r&#233;volution chinoise. La strat&#233;gie des partis communistes fut dict&#233;e par la n&#233;cessit&#233; pour Moscou de forger des alliances avec des bourgeoisies et donc de freiner les revendications les plus radicales. Ce tournant marque tout le d&#233;veloppement du mouvement nationaliste alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Radicalisation et rupture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Messali Hadj &#233;merge comme principal dirigeant de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; en 1926-27, notamment &#224; partir du congr&#232;s international de Bruxelles, organis&#233; par &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TIC&lt;/span&gt;. Il d&#233;veloppe les revendications centrales pour les peuples opprim&#233;s et en particulier pour l'Alg&#233;rie, opposant celle de l'ind&#233;pendance totale &#224; celle soutenue par la gauche fran&#231;aise d'une autonomie avec un parlement indig&#232;ne. L'influence internationaliste de la r&#233;volution russe est bien pr&#233;sente dans les tentatives de rapprochements avec les organisations du mouvement ouvrier fran&#231;ais, notamment le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, mais aussi dans la revendication d'ind&#233;pendance pour la Tunisie et pour le Maroc, et pour l'unit&#233; du Maghreb. Cette derni&#232;re revendication est aussi un signe pr&#233;curseur &#233;vident du panarabisme de Nasser dans les ann&#233;es 50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224;, l'islam, m&#233;pris&#233; par le colonisateur, appara&#238;t comme un agent culturel susceptible d'&#234;tre un facteur d'unit&#233; dans la lutte de lib&#233;ration nationale&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; la France a laiss&#233; les Alg&#233;riens dans l'ignorance de leur propre religion (...) heureusement le peuple arabe, inspir&#233; par une foi ardente (...) ne pliera jamais devant la force mat&#233;rielle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#192; ce stade, la base sociale de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; ce sont les ouvriers alg&#233;riens travaillant en France. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; favorise sa construction en fournissant des militants et des moyens financiers (Messali est pay&#233; comme permanent pendant plus d'un an par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;). Des centaines de musulmans, membres du Parti communiste fran&#231;ais s'associent &#224; la construction de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt;. Au niveau de la propagande, de l'agitation et des meetings l'organisation s'inspire largement des structures des partis communistes. Mais en 1927, le d&#233;saccord sur la revendication centrale d'ind&#233;pendance ou d'autonomie m&#232;ne &#224; la rupture avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que la doctrine du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;socialisme dans un seul pays&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est adopt&#233;e par Staline. Dor&#233;navant sa politique sera conditionn&#233;e par la recherche d'alliances avec des bourgeoisies europ&#233;ennes, tout soutien &#224; une r&#233;volution dans les colonies est alors &#224; proscrire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Atteignant rapidement plusieurs milliers d'adh&#233;rents, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; influence largement des dizaines de milliers de travailleurs alg&#233;riens. Elle est dissoute par l'Etat fran&#231;ais en 1929, mais les structures de l'organisation lui permettent de r&#233;sister &#224; la r&#233;pression pour r&#233;appara&#239;tre en 1933.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; participe activement au front anti-fasciste du 12&#160;f&#233;vrier 1934 au nom de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, et pour la premi&#232;re fois noue des liens avec la gauche non communiste, notamment l'aile gauche de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SFIO&lt;/span&gt; de Pivert et Gu&#233;rin. Des milliers d'Alg&#233;riens &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;indig&#232;nes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; participent aux manifestations antifascistes qui se d&#233;roulent &#224; Alger en 1934.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1934 et 1936, la radicalisation des masses &#224; gauche m&#232;ne &#224; la victoire &#233;lectorale du Front populaire. Cette nouvelle situation &#233;l&#232;ve l'espoir d'ind&#233;pendance des Alg&#233;riens. La pol&#233;mique &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ind&#233;pendance ou autonomie&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; revient au premier plan autour du projet Blum-Viollette en 1936. Le gouvernement du Front populaire propose une assembl&#233;e indig&#232;ne avec une forme de suffrage censitaire. Messali et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; rejettent cette r&#233;forme car elle cr&#233;erait des divisions entre riches et pauvres en Alg&#233;rie, et au sein du mouvement nationaliste. lis r&#233;clament l'ind&#233;pendance totale. Sans le soutien de la majorit&#233; de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SFIO&lt;/span&gt; et du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; est de nouveau dissoute, mais cette fois-ci par un gouvernement de gauche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ann&#233;e 1936 voit aussi la perc&#233;e de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; en Alg&#233;rie, les meetings de Messali Hadj sont de v&#233;ritables moments de mobilisation de masse, alimentant la crise politique au sein du Front populaire sur la question de l'ind&#233;pendance pour les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du massacre de S&#233;tif &#224; la lutte arm&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Opposant de Vichy, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; maintient n&#233;anmoins la revendication d'ind&#233;pendance. Le mouvement refait surface en 1945 &#224; S&#233;tif. Les manifestations du 8&#160;mai expriment &#224; la fois une d&#233;fense de la d&#233;mocratie et l'aspiration &#224; l'in-d&#233;pendance. Parmi les revendications on trouve notamment la lib&#233;ration de Messali Hadj, d&#233;tenu par l'Etat fran&#231;ais de Vichy depuis 1941. La r&#233;pression fait plusieurs dizaines de milliers de morts, et le Parti communiste alg&#233;rien traite les militants du parti de Messali Hadj d'&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;agents hitl&#233;riens&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et r&#233;clame qu'ils soient &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ch&#226;ti&#233;s conform&#233;ment aux lois en vigueur&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne peut pas assez souligner l'importance du tournant de S&#233;tif. Pour beaucoup de jeunes alg&#233;riens c'est la confirmation que l'ind&#233;pendance ne peut &#234;tre acquise que par la force des armes. C'est aussi la raison pour laquelle ils commencent &#224; s'impatienter avec la politique de Messali Hadj qui soulignait la n&#233;cessit&#233; de compter sur les masses, sans n&#233;anmoins exclure pour autant la lutte arm&#233;e. Enfin, pour les militants nationalistes les &#233;v&#232;nements de S&#233;tif marquent une rupture quasi d&#233;finitive avec une part importante de la gauche fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vitrine l&#233;gale du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PPA&lt;/span&gt; (Parti populaire alg&#233;rien) de Messali Hadj, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MTLD&lt;/span&gt; (Mouvement pour le triomphe des libert&#233;s d&#233;mocratiques) fond&#233; en 1946, effectue une perc&#233;e impressionnante lors des &#233;lections de 1946. Mais l'obtention d'&#233;lus pose un nouveau probl&#232;me&#160;: le danger de cooptation dans le syst&#232;me colonial. Un d&#233;fenseur de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise de l'&#233;poque, J.Chavallier, conscient des enjeux, critique en 1956 les tentatives faites pour chasser les &#233;lus Messalistes de l'assembl&#233;e&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;...tant qu'ils d&#233;fendaient chez nous leurs id&#233;es, avec violence, mais verbalement, ils ne dirigeaient pas les commandos pour la lib&#233;ration de leur pays.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trois courants commencent &#224; s'afficher au congr&#232;s du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MTLD&lt;/span&gt; en 1953. Le courant r&#233;formiste dit centraliste, compos&#233; de la majorit&#233; des membres du comit&#233; central du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MTLD&lt;/span&gt;, axe sur la bataille &#233;lectorale. Le courant messaliste qui regroupe la plupart des cadres politiques historiques du mouvement, cr&#233;e une organisation paramilitaire, l'organisation sp&#233;ciale (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OS&lt;/span&gt;), et n'exclut plus la lutte arm&#233;e. Enfin un courant rassemblant des jeunes favorables &#224; l'insurrection imm&#233;diate et qui rejettent les anciennes divisions dans le mouvement. Un premier pas vers ce qui deviendra le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; est la fondation par Mohammed Boudiaf &#224; l'age de 26 ans du comit&#233; r&#233;volutionnaire pour l'unit&#233; d'action, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRUA&lt;/span&gt;. En 1954, d'autres futurs dirigeants politiques comme Ahmed Ben Bella et Hocine A&#239;t Ahmed le rejoignent. Tous les futurs cadres du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; passeront par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MTLD&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Messalistes tiennent un congr&#232;s &#224; Hornu (Belgique) en 1954 qui confirme la scission et qui d&#233;cide de pr&#233;parer une insurrection. Dans les faits le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; les prendra de vitesse. Hornu est aussi un congr&#232;s qui voit des positions politiques s'affirmer et qui seront d&#233;terminantes dans la guerre d'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; et la guerre fratricide&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces positions refl&#232;tent dans une certaine mesure les mutations en oeuvre dans la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne de l'apr&#232;s guerre. Bien que l'emploi agricole concerne encore 60-70&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la population, le r&#244;le des villes est de plus en plus important. Une classe ouvri&#232;re, d'abord d'origine europ&#233;enne puis musulmane se d&#233;veloppe. La bourgeoisie alg&#233;rienne naissante est de plus en plus d&#233;pendante du rattachement &#224; la France. Stora la d&#233;crit comme une bourgeoisie comprador. Cependant, il se d&#233;veloppe aussi une petite bourgeoisie urbaine (&#233;tudiants, intellectuels, quelques professions lib&#233;rales) qui commence &#224; articuler des revendications d'ind&#233;pendance nationale pour leur pays. Les effets de cette diff&#233;renciation sociale ne sont pas analys&#233;s par Messali Hadj ou au mieux abord&#233;s de fa&#231;on empirique sur le moment. Par exemple les critiques du mouvement de Ferhat Abbas, l'union d&#233;mocratique du manifeste alg&#233;rien (l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UDMA&lt;/span&gt;) ne tient pas compte de sa base sociale. Messali insiste sur l'unit&#233; du peuple ou de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peuple-classe&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans la lutte nationale. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;, issu du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRUA&lt;/span&gt;, portera le m&#234;me d&#233;faut. Ayant pr&#233;c&#233;d&#233; tout le reste du mouvement dans l'action avec l'insurrection du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;novembre 1954, il devient le centre de la lutte de lib&#233;ration nationale et rallie les communistes alg&#233;riens, les oul&#233;mas et l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UDMA&lt;/span&gt;. Aucun de ces courants n'avait comme revendication principale l'ind&#233;pendance compl&#232;te de l'Alg&#233;rie mais ils se rallient au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; devenu h&#233;g&#233;monique et qui b&#233;n&#233;ficie d'un soutien important &#224; l'&#233;tranger, notamment de l'Egypte. Messali refuse de rallier le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; sans clarification sur les revendications politiques et fonde son propre mouvement de lutte, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MNA&lt;/span&gt; (Mouvement national alg&#233;rien).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;faite militaire de la France en Indochine &#224; Dien-Bien-Phu marque un tournant. Deux ans apr&#232;s, la crise de Suez constitue une nouvelle d&#233;faite pour l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et propulse Nasser &#224; la t&#234;te des mouvements anti-coloniaux, marquant aussi la perc&#233;e du panarabisme. Nasser (Egypte) et Bourguiba (Tunisie) arment ouvertement le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;. Celui-ci dispose de moyens consid&#233;rables mais ses ressources politiques sont faibles et ses cadres sont peu form&#233;s et peu exp&#233;riment&#233;s. Une guerre fratricide se d&#233;veloppe entre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MNA&lt;/span&gt; pour l'h&#233;g&#233;monie du mouvement de lib&#233;ration nationale. Ce qui est d&#233;j&#224; en jeu est l'apr&#232;s-guerre. Cette rivalit&#233; tragique fait des milliers de morts, dont l'&#233;pisode le plus connu est le massacre en mai 1957 de 300 villageois de M&#233;louza soup&#231;onn&#233;s de sympathies Messalistes. Beaucoup de cadres du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MNA&lt;/span&gt; sont aussi assassin&#233;s. Comme par exemple Ahmed Bekhat, le premier secr&#233;taire du premier syndicat de travailleurs alg&#233;riens (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USTA&lt;/span&gt;) qu'il &#224; fond&#233; en 1956 avec Messali Hadj. En r&#233;ponse &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;USTA&lt;/span&gt; le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; fonde l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UGTA&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les divisions du mouvement nationaliste sont &#233;videmment encourag&#233;es par la France, mais les m&#233;thodes employ&#233;es sont de mauvais augure pour la d&#233;mocratie dans le futur Etat alg&#233;rien du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;. D&#233;j&#224; face &#224; la r&#233;pression de l'arm&#233;e fran&#231;aise le prix pay&#233; par les nationalistes alg&#233;riens en termes de cadres politiques tu&#233;s &#233;tait tr&#232;s &#233;lev&#233;. Mais la guerre fratricide en a rajout&#233;, laissant la voie ouverte aux hommes avec peu d'exp&#233;rience politique et plus d'exp&#233;rience militaire comme Boum&#233;di&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La guerre est tellement sanglante que Messali Hadj finit par d&#233;clarer qu'il faut n&#233;gocier avec de Gaulle, renon&#231;ant momentan&#233;ment &#224; la revendication nationaliste de l'ind&#233;pendance totale. En 1958 il d&#233;clare &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;il y a des ouvertures susceptibles de permettre la cr&#233;ation d'un &#233;tat alg&#233;rien, pour aller ensuite &#224; un Commomvealth (...) France-Maghreb (...)&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Dans un entretien avec Pierre Lambert de l'organisation trotskyste, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OCI&lt;/span&gt;, il explique&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il y a la guerre, le flot de sang qui coule (...) Il faut arr&#234;ter la guerre&lt;/i&gt;.&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il revient sur cette position en 1962 pour soutenir de nouveau l'ind&#233;pendance, mais est totalement marginalis&#233; par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; qui devient le seul interlocuteur pour l'Alg&#233;rie au niveau international. Pour beaucoup de militants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;, Messali Hadj a trahi la cause nationale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Limites du mouvement national&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La nature de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt;/&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PPA&lt;/span&gt;/&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MTLD&lt;/span&gt;/&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MNA&lt;/span&gt; et celle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; &#233;tait la m&#234;me&#160;: un mouvement de lib&#233;ration nationale qui visait &#224; r&#233;unir le peuple entier derri&#232;re cette revendication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paradoxalement, Messali Hadj, plus politique, &#224; largement sous-estim&#233; l'influence d'abord des intellectuels, des nouvelles classes moyennes en Alg&#233;rie mais aussi l'impatience de la plus jeune g&#233;n&#233;ration marqu&#233;e non pas par quinze ans de lutte politique patiente mais par le massacre de S&#233;tif et par le manque de solidarit&#233; de la part de la gauche fran&#231;aise. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; visait &#224; r&#233;unir et dominer l'ensemble des organisations anticoloniales. Mais pour cela il lui fallait gommer les diff&#233;rences sociales, par exemple avec les tr&#232;s conservateurs oul&#233;mas. Il d&#233;fendait la lutte arm&#233;e comme principe pour arracher l'ind&#233;pendance, et laissait en suspens complet les questions sociales. Vu le niveau de d&#233;veloppe-ment du mouvement ouvrier alg&#233;rien il aurait &#233;t&#233; difficile d'apporter des r&#233;ponses aux questions sociales, mais elles auraient pu au moins &#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement nationaliste &#224; su forger une id&#233;ologie face &#224; l'occupation coloniale. Sa grande faiblesse &#233;tait l'absence de courants d&#233;mocratiques et r&#233;volutionnaires capables d'argumenter pour une extension sociale de la lutte et de faire face politiquement &#224; la confiscation de la r&#233;volution alg&#233;rienne. Elle eu lieu d'abord en partie par Ben Bella lors de la dissolution du gouvernement provisoire de la r&#233;publique alg&#233;rienne pendant l'&#233;t&#233; 1962 et la r&#233;pression des militants de l'int&#233;rieur de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; wilaya (la Kabylie), puis, et avant tout, par le coup d'&#233;tat de Boum&#233;di&#232;ne en 1965 qui mettait fin aux expressions d&#233;mocratiques d'opposition et ouvrait la voie au syst&#232;me &#233;tatique dirig&#233; par l'appareil du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La gauche fran&#231;aise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; avec la lutte de lib&#233;ration nationale aurait du &#234;tre automatique pour la gauche fran&#231;aise. Les ravages du stalinisme et le chauvinisme de la social-d&#233;mocratie ont, au contraire, contribu&#233; &#224; isoler l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt; du mouvement ouvrier fran&#231;ais. Le recours de Messali Hadj &#224; l'id&#233;e du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peuple-classe&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait alors d'autant plus fort, au lieu du d&#233;veloppement d'un nouvel internationalisme qui aurait pu s'articuler avec la revendication d'ind&#233;pendance. Les faiblesses d'analyses politiques de Messali Hadj comme celles des dirigeants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; tels que Ben Bella et Boudiaf sont &#233;videntes, bien qu'in&#233;gales. Boudiaf et Hocine A&#239;t Ahmed ont refus&#233; de cautionner l'action de Ben Bella en 1962 et se sont exil&#233;s, comprenant bien de mani&#232;re presque proph&#233;tique les dangers encourus par la nouvelle r&#233;publique alg&#233;rienne en termes de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question de la religion n'a presque &#224; aucun moment &#233;t&#233; un obstacle au d&#233;veloppement du mouvement nationaliste. Pourtant, elle &#233;tait omnipr&#233;sente dans les discours des dirigeants nationalistes. C'&#233;tait la revendication elle-m&#234;me d'ind&#233;pendance qui posait probl&#232;me pour la gauche fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait heureusement des exceptions&#160;: les porteurs de valise, une partie de l'extr&#234;me gauche, les Jeanson, Sartre, l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UNEF&lt;/span&gt;. Mais ils repr&#233;sentaient une minorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'attitude de la gauche par rapport au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; lors du tournant vers le terrorisme en 1955 ne pouvait pas non plus se r&#233;sumer uniquement &#224; une condamnation des attentats, mais devait continuer &#224; d&#233;velopper une solidarit&#233; avec la lutte d'ind&#233;pendance comme question prioritaire. Entre 1924, date de la fondation de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt;, et 1962, seule une minorit&#233; de la gauche fran&#231;aise &#224; su articuler une solidarit&#233; juste avec le mouvement nationaliste alg&#233;rien. Si elle avait &#233;t&#233; plus importante le co&#251;t en termes de vie humaine de la guerre aurait &#233;t&#233; sans doute moins &#233;lev&#233;. En outre, des dialogues &#233;tablis avec le mouvement auraient encourag&#233; et renforc&#233; des courants d&#233;mocratiques d'inspiration socialiste et r&#233;volutionnaire au sein du mouvement, peut-&#234;tre en d&#233;finitive le seul garant d'un processus menant &#224; une v&#233;ritable lib&#233;ration nationale et sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est le d&#233;fi qui est pos&#233; pour la r&#233;sistance, complexe et diff&#233;renci&#233;e (sur des bases de classe, d'ethnie ou de religion), &#224; l'occupation anglo-am&#233;ricaine de l'Irak. La responsabilit&#233; des courants de gauche dans les pays occidentaux est particuli&#232;rement importante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seule une minorit&#233; de la gauche fran&#231;aise a su articuler une solidarit&#233; juste avec le mouvement nationaliste alg&#233;rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une grande partie des notes qui pr&#233;c&#232;dent s'appuient sur l'excellent livre de Benjamin Stora &lt;i&gt;Messali Hadj (1898-1974)&lt;/i&gt; Hachette 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Communistes contre Staline&#160;: massacre d'une g&#233;n&#233;ration, de Pierre Brou&#233;</title>
		<link>http://www.quefaire.lautre.net/Communistes-contre-Staline</link>
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		<dc:date>2009-09-05T22:43:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire et &#233;crivain Victor Serge d&#233;crit les ann&#233;es trente dans ces termes &#171;&#160;quand il faisait minuit dans le si&#232;cle&#160;&#187;. Le monde &#233;tait pris en tenailles entre d'un c&#244;t&#233; l'an&#233;antissement par le stalinisme de l'espoir soulev&#233; par la R&#233;volution Russe et de l'autre, la mont&#233;e du fascisme et l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler. Pierre Brou&#233; signe ici un document historique d'une valeur inestimable avec le premier v&#233;ritable r&#233;cit de l'opposition interne du parti bolchevik &#224; Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-dessus tout domine la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no01-juin-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;01 - Juin/septembre 2005&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&#034;&#034; align=&#034;right&#034; src=&#034;http://www.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L105xH150/arton41-580ba.jpg&#034; width='105' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire et &#233;crivain Victor Serge d&#233;crit les ann&#233;es trente dans ces termes &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;quand il faisait minuit dans le si&#232;cle&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le monde &#233;tait pris en tenailles entre d'un c&#244;t&#233; l'an&#233;antissement par le stalinisme de l'espoir soulev&#233; par la R&#233;volution Russe et de l'autre, la mont&#233;e du fascisme et l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler. Pierre Brou&#233; signe ici un document historique d'une valeur inestimable avec le premier v&#233;ritable r&#233;cit de l'opposition interne du parti bolchevik &#224; Staline.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par-dessus tout domine la figure de L&#233;on Trotsky, premier oppositionnel &#224; Staline. Mais ce n'est pas un livre sur Trotsky, c'est une histoire du parti bolchevik d'en bas, tel qu'il &#233;tait, loin des visions tronqu&#233;es qu'on peut en avoir, et en tout cas loin de l'id&#233;e qu'il se r&#233;sumait &#224; quelques dirigeants aussi importants soient-ils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Brou&#233; a construit le livre autour des biographies de centaines d'opppositioneri bolcheviks contre Staline, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;trotskystes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou simplement des ouvriers et des &#233;tudiants qui se sont oppos&#233;s au stalinisme. Il cite plus de sept cents militantes et militants, de toute l'Union sovi&#233;tique qui se sont battus d&#232;s 1922 pour certains, pour d'autres &#224; partir de 1937 seulement, mais qui partageaient tous les m&#234;mes convictions&#160;: la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, la nature contre-r&#233;volutionnaire du r&#233;gime bureaucratique, la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;mocratie dans le parti. Dans leur &#233;crasante majorit&#233;, ils sont morts &#224; la fin des ann&#233;es trente, fusill&#233;s par Staline et sa police secr&#232;te dans les camps de la mort de Vorkouta et de la Kolyma.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une force consid&#233;rable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire est cruciale pour plusieurs raisons. Elle d&#233;ment cat&#233;goriquement l'existence d'un quelconque lien automatique entre la politique de L&#233;nine et la mont&#233;e du stalinisme. Elle montre au contraire &#224; quel point il &#233;tait n&#233;cessaire pour Staline et la bureaucratie montante d'&#233;liminer non seulement tout vestige de la tradition bolchevique de la r&#233;volution russe, mais aussi toute manifestation de d&#233;mocratie ouvri&#232;re qui s'exprimait entre 1922 et la fin des ann&#233;es 30. Elle montre aussi que loin d'&#234;tre une minorit&#233;, l'opposition &#224; Staline &#233;tait une force consid&#233;rable. En 1928, alors que la r&#233;pression s'abat d&#233;j&#224; sur l'opposition de gauche, Staline lui-m&#234;me, peu enclin &#224; en exag&#233;rer le nombre, estime &#224; 30 000 les militants actifs de l'opposition, probablement la majorit&#233; des militants bolcheviks encore actifs. En 1924, alors que l'opposition a la majorit&#233; dans l'organisation moscovite, elle n'a droit qu'&#224; trois d&#233;l&#233;gu&#233;s. Chliapnikov revendique une section bolchevique de 130 personnes en 1917 &#224; Kharkov. Dix ans plus tard l'opposition de gauche compte 260 membres. Elle inclut les vieux bolcheviks d'avant la r&#233;volution de 1917, mais &#233;galement des jeunes recrut&#233;s tout au long des ann&#233;es vingt et trente. Les chiffres m&#234;mes de la police secr&#232;te sont parlant&#160;: sur tous les militants arr&#234;t&#233;s ou exclus pour &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;trotskysme&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 44&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% sont des ouvriers, 25&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des anciens ouvriers occupant des postes de responsabilit&#233; dans le parti ou dans les services de l'Etat, et 85&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% ont moins de 35 ans. Ce dernier chiffre signifie par exemple que la majorit&#233; de l'opposition &#224; Staline au milieu des ann&#233;es 30 et &#233;limin&#233;e dans les camps n'avaient m&#234;me pas connu la r&#233;volution de 1917.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opposition &#233;tait donc une v&#233;ritable avant-garde de la jeunesse ouvri&#232;re qui a men&#233; une lutte &#224; mort pour l'id&#233;al communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La jeune g&#233;n&#233;ration de dirigeants qui organisent et dirigent l'opposition &#224; Staline dans l'exil, dans les camps et dans les gr&#232;ves de la faim sont des militants dont les noms sont peu connus&#160;: &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;V.B.&lt;/span&gt; Eltsine, G.M.&#160;Stopalov, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B.S.&lt;/span&gt; Livshitz, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;F.N.&lt;/span&gt; Dingelstedt, G Ia. Iakovine, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;S.A.&lt;/span&gt; Gevorkian, I.M.&#160;Alter, O.M.&#160;Tankhil&#233;vitch, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;V.N.&lt;/span&gt; Netchaiev, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E.B.&lt;/span&gt; Solnstsev. Ils sont presque tous morts fusill&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;cits de l'activit&#233; de ces militants dans les conditions les plus difficiles sont inspirants. Comme celui d'Ivan Nikititch Smirnov (appel&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la conscience du parti&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; par L&#233;nine) qui a reconstruit un bloc d'opposition en 1931-1933. Arr&#234;t&#233;, il tenait des conf&#233;rences tous les jours &#224; travers les barreaux de sa cellule devant des dizaines de prisonniers dans le froid glacial du camp de Souzdal. Il est fusill&#233; en 1936. Ou Fedor Dingelstedt, organisateur de la premi&#232;re gr&#232;ve de la faim dans les camps pour revendiquer le statut de d&#233;tenu politique. Transf&#233;r&#233; ensuite dans un autre camp, il en organise imm&#233;diatement une deuxi&#232;me. Ou bien encore Khristian Rakovsky qui en 1928 alors que l'opposition est secou&#233;e par les capitulations de plusieurs dirigeants bolcheviks historiques comme Pr&#233;obajensky, Smilga et Radek, r&#233;dige une d&#233;claration politique sur proposition d'un jeune militant et recueille la signature de plusieurs centaines d'oppositioneri dispers&#233;s &#224; travers la Russie, sauvant l'opposition d'une d&#233;route politique. Ou encore l'intervention de Gevorkian dans une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de pr&#233;paration d'une gr&#232;ve de la faim &#224; Vorkouta au lendemain du premier proc&#232;s de Moscou et de l'ex&#233;cution de Zinoviev et Kamenev. Ceux-ci avaient pourtant dans les ann&#233;es vingt constitu&#233; une Tro&#239;ka dirigeante avec Staline avant de passer &#224; l'opposition. Malgr&#233; cela Gevorkian d&#233;clare &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Avant de commencer notre r&#233;union, je vous demande d'honorer la m&#233;moire de nos camarades morts en martyrs des mains des staliniens tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les camps d'isolement des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;trotskystes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; il y a en fait une vie politique intense. Un nouveau d&#233;tenu qui arrive &#224; l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk d&#233;crit les r&#233;unions et d&#233;bats ainsi&#160;:&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Comment admettre que, dans l'immense Russie r&#233;duite au silence, les deux ou trois &#238;lots de libert&#233;, o&#249; des hommes avaient encore le droit de penser et de parler librement et en public &#233;taient... les prisons&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une opposition diverse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au comit&#233; central de f&#233;vrier 1936 Staline conclut&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Il reste peut-&#234;tre une dizaine de milliers de vieux cadres...que nous fusillerons bient&#244;t&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Brou&#233; d&#233;montre que Staline et la bureaucratie avait peur de l'opposition, de leur politique, de l'influence de leurs arguments et de l'&#233;cho qu'ils pouvaient avoir m&#234;me au sein de l'appareil du parti. Au pl&#233;num de 1937 il d&#233;clare encore, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;plus on se montre n&#233;gligeant &#224; l'&#233;gard de l'opposition, plus elle se d&#233;veloppe &#224; l'int&#233;rieur du parti&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Pourtant des milliers de personnes avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fusill&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, contrairement &#224; ce qu'on pouvait croire, l'opposition &#224; Staline &#233;tait assez vari&#233;e. Bien entendu il y avait le groupe directement influenc&#233; par Trotsky, Rakovsky mais il y a avait aussi le groupe tr&#232;s large autour de Smirnov, les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;cistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (de centralisme d&#233;mocratique) autour de Sapronov, l'opposition ouvri&#232;re,... et les zinovievistes, bas&#233;s surtout &#224; Leningrad. Et les pol&#233;miques sur les alliances et sur les tactiques ne manquaient pas. Le souci de sauver le parti de Staline et des bureaucrates est omnipr&#233;sent. Pour la plupart les oppositioneri sont souvent dispos&#233;s &#224; faire des compromis plut&#244;t que claquer la porte, conscient de la richesse militante accumul&#233;e dans le parti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les camps, les militants savent qu'ils vont mourir mais ils continuent &#224; r&#233;sister. Parfois lors des interrogatoires du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NKVD&lt;/span&gt; ils capitulent pour sauver un-e proche de la torture, mais toujours en vain. Parfois, ils sacrifient tout pour sauver leur parti et la r&#233;volution. Sontsev, contre les conseils de Trotsky, rentre en Russie de l'&#233;tranger pour continuer le combat, il sera arr&#234;t&#233; et fusill&#233;. Smirnov feint de capituler pour pouvoir r&#233;int&#233;grer le parti et continuer le combat contre Staline. C'est une mort certaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire n'est donc pas r&#233;jouissante, car elle est l'histoire d'une d&#233;faite. Mais elle souligne un aspect crucial du parti bolchevik de la R&#233;volution russe. L&#233;nine et Trotsky &#233;taient certes les dirigeants cl&#233;s, mais ils disposaient d'un parti de milliers et milliers de militants ouvriers, form&#233;s, courageux, organisateurs, capables d'argumenter et d&#233;fendre leurs id&#233;es, et pr&#234;ts finalement aux plus grands sacrifices pour construire un monde meilleur. Cet aspect collectif prend une forme vraiment concr&#232;te &#224; travers l'histoire de l'opposition que Brou&#233; nous pr&#233;sente. Les meilleures traditions de r&#233;union, de d&#233;mocratie (les mois pour faire circuler, faire amender et adopter un texte sur la lutte pour la d&#233;mocratie dans le parti dans les conditions les plus difficiles), et de recrutement ont permis &#224; l'opposition de survivre et de r&#233;sister et de se renouveler pendant presque vingt longues ann&#233;es &#224; un prix humain terrible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il nous reste, apr&#232;s la lecture de ce livre, &#224; reprendre le flambeau d'Ivan Nikititch et des centaines et milliers d'autres cit&#233;s par Brou&#233;, et contribuer &#224; construire un nouveau parti &#224; la hauteur des enjeux que ces milliers d'oppositioneri avaient d&#233;j&#224; clairement identifi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Post-scriptum&#160;: Il y a n&#233;anmoins une critique n&#233;gative de ce livre&#160;: l'&#233;dition est atroce. Parfois des passages entiers voire un sous-chapitre se r&#233;p&#232;tent, presque comme si les notes de Brou&#233; n'avaient pas &#233;taient tri&#233;es avant publication. C'est dommage pour un ouvrage aussi original et important.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Front populaire&#160;: mythes et r&#233;alit&#233;s</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;formisme</dc:subject>
		<dc:subject>Front populaire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le Front populaire de 1936 est un des &#233;v&#233;nements majeurs qui a forg&#233; la classe ouvri&#232;re et la gauche en France. Le plus souvent on cite la lutte unitaire contre le fascisme en 1934, la victoire &#233;lectorale en 1936 de l'alliance socialiste-communiste-radicale qui donne lieu au gouvernement Blum, les r&#233;formes majeures telles que les cong&#233;s pay&#233;s, la semaine de 40 heures et les droits syndicaux (bien qu'elles ne figuraient pas au programme du gouvernement du Front populaire). Cependant, une analyse plus (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no0-janvier-mars" rel="directory"&gt;Que Faire&#160;? - LCR - n&#176;0 - Janvier/mars 2005&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Reformisme" rel="tag"&gt;R&#233;formisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.quefaire.lautre.net/Front-populaire" rel="tag"&gt;Front populaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Front populaire de 1936 est un des &#233;v&#233;nements majeurs qui a forg&#233; la classe ouvri&#232;re et la gauche en France. Le plus souvent on cite la lutte unitaire contre le fascisme en 1934, la victoire &#233;lectorale en 1936 de l'alliance socialiste-communiste-radicale qui donne lieu au gouvernement Blum, les r&#233;formes majeures telles que les cong&#233;s pay&#233;s, la semaine de 40 heures et les droits syndicaux (bien qu'elles ne figuraient pas au programme du gouvernement du Front populaire). Cependant, une analyse plus attentive de 1936 place le mouvement de gr&#232;ve au c&#339;ur des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Revenir sur le mouvement de 1936 est important par rapport aux questions politiques qui se posent aujourd'hui. En l'espace de deux ans, sur fond de tensions internationales croissantes, une crise politique et &#233;conomique ont cr&#233;&#233; les conditions pour une confrontation de classe majeure. Ce fut une des derni&#232;res occasions d'enrayer la machine infernale de guerre et c'&#233;tait une situation mure d'opportunit&#233;s pour les r&#233;volutionnaires. Nous l'examinons ici de plus pr&#232;s notamment sous trois aspects. D'abord le d&#233;veloppement d'une double dynamique, d'une part la radicalisation des masses ouvri&#232;res jet&#233;es dans la lutte, de l'autre la d&#233;rive droiti&#232;re de la plus grande partie des appareils politiques et syndicaux r&#233;formistes. Deuxi&#232;mement, le poids dominant des id&#233;es r&#233;formistes au sein de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; rudement mise &#224; l'&#233;preuve mais n'a &#224; aucun moment &#233;t&#233; concurrenc&#233; s&#233;rieusement &#224; l'&#233;chelle de la classe. N&#233;anmoins les exemples d'organisation alternative qui ont vu le jour sont tr&#232;s significatifs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise profonde.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1930, la France &#233;tait encore largement paysanne. Cependant il y a eu pendant les premi&#232;res d&#233;cennies du vingti&#232;me si&#232;cle un d&#233;veloppement industriel important, donnant des nouvelles concentrations de travailleurs dans les secteurs comme la m&#233;tallurgie, la chimie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'onde de choc du krach de Wall Street de 1929 frappe la France deux ans plus tard. La production industrielle tombe, le pouvoir d'achat d&#233;cro&#238;t de 15&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% entre 1930-35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La gauche syndicale et politique est divis&#233;e. Au niveau syndical il y a deux &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, l'une dirig&#233;e par Jouhaux et les socialistes, se disant r&#233;formiste, l'autre, la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGTU&lt;/span&gt; dirig&#233;e par le parti communiste. La scission de 1920 au sein du Parti socialiste (la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SFIO&lt;/span&gt;, section fran&#231;aise de l'internationale ouvri&#232;re) a vu la cr&#233;ation du Parti communiste fran&#231;ais (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fin 1933 &#233;clate un scandale financier impliquant un banquier v&#233;reux, Stavisky, et plusieurs ministres du gouvernement. A droite comme &#224; gauche on appelle &#224; des d&#233;missions et le gouvernement est en crise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mouvements fascistes (les Croix de Feu et l'Action fran&#231;aise) organisent une marche contre l'assembl&#233;e nationale qui tourne &#224; l'&#233;meute. Les affrontements avec la police durent toute la nuit du 6-7&#160;f&#233;vrier 1934&#160;: il y a 14 morts et des centaines de bless&#233;s. Daladier, pr&#233;sident du conseil, d&#233;missionne et c'est un politicien r&#233;actionnaire, Doumergue, qui est rappel&#233; de sa retraite pour le remplacer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A gauche c'est la consternation, mais c'est le sentiment d'unit&#233; qui oblige les directions de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SFIO&lt;/span&gt; et du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; ainsi que les directions syndicales (de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGTU&lt;/span&gt;) &#224; appeler &#224; une riposte massive. Le 12&#160;f&#233;vrier plus d'un million de travailleurs font gr&#232;ve, il y a 346 manifestations antifascistes partout en France dont les 2/3 sont unitaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela enclenche une dynamique &#224; gauche. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; reprennent contact, les directions syndicales sont pouss&#233;es par leur base &#224; organiser la r&#233;unification syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tournant Front populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'alors la ligne des partis communistes &#233;tait dict&#233;e par les besoins de la bureaucratie sovi&#233;tique. Appel&#233;e la &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;troisi&#232;me p&#233;riode&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; elle consid&#233;rait la p&#233;riode propice &#224; la r&#233;volution imm&#233;diate, en d&#233;pit des d&#233;faites des r&#233;volutions allemande et chinoise, et de la mont&#233;e du fascisme en Italie et en Allemagne. Les communistes refusaient toute alliance avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, mettant au m&#234;me plan la gestion du syst&#232;me par un gouvernement de gauche que la politique des mouvements fascistes, issus d'une crise du syst&#232;me. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; traitait le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; de &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;social-fasciste&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#233;poque. Mais face au r&#233;armement allemand, Staline avait besoin d'alli&#233;s parmi les gouvernements occidentaux alors il ne fallait surtout pas alimenter les tensions sociales au sein des pays occidentaux. D&#233;but mai Thorez &#233;crit dans L'Humanit&#233; contre le &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bloc&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec les &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sociaux-fascistes&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avant de partir &#224; Moscou. Au lendemain de son retour il signe un article intitul&#233; &lt;i&gt;Pour l'action commune imm&#233;diate&lt;/i&gt;. La ligne du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; devient celle du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Front populaire&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et de la d&#233;fense de la France. En 1935 Staline et Laval, pr&#233;sident du conseil, signent un pacte de coop&#233;ration. D&#232;s la signature du pacte Staline-Laval le travail antimilitariste des jeunes communistes est arr&#234;t&#233;. Ainsi on chante la Marseillaise lors des manifestations du 14&#160;juillet et on porte des drapeaux tricolores. Thorez, parle du &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peuple&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au lieu des &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;travailleurs&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#233;voque m&#234;me la possibilit&#233; d'une alliance avec le parti Radical dont la meilleure caract&#233;risation reste celle de Trotsky&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le parti &#224; l'aide duquel la grande bourgeoisie entretenait les espoirs de la petite bourgeoisie en une am&#233;lioration progressive et pacifique de sa situation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Victoire &#233;lectorale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1936 l'alliance &#233;lectorale &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;-Radical est scell&#233;e. Les r&#233;sultats &#233;lectoraux refl&#232;tent la dynamique enclench&#233;e depuis 1934. C'est le Front populaire qui remporte les &#233;lections mais c'est loin d'&#234;tre un raz de mar&#233;e. Bien plus spectaculaire est la recomposition &#224; gauche. Le Parti communiste double presque ses voix (passant de 800 000 &#224; 1,5 millions de voix, devan&#231;ant le Parti radical) et obtient 72 d&#233;put&#233;s au lieu des 11 qu'il avait depuis 1932. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; reste &#224; peu pr&#232;s stable, et c'est le Parti radical qui est le grand perdant. C'est au Parti socialiste, au sein de la coalition du Front populaire, &#224; qui il revient de former un gouvernement. A droite c'est la droite dure qui se renforce. Dans la situation de crise politique et sociale il y a une dynamique de polarisation politique &#224; droite, et surtout &#224; gauche. Le &#034;centre&#034;, repr&#233;sent&#233; notamment par le Parti radical ne tient pas. Ce processus est doubl&#233; d'une deuxi&#232;me crise qui va &#233;clater au plein jour pendant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. C'est un gouvernement de Front populaire qui est &#233;lu, sur la base d'un programme essentiellement inspir&#233; de la politique du Parti radical, mais la dynamique &#233;lectorale favorise surtout l'aile gauche de la coalition, et notamment le Parti communiste. Les directions politiques du Front populaire commencent &#224; s'inqui&#233;ter &#224; cause de la radicalisation. Minoritaire &#224; la direction du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, Marceau Pivert, dirigeant du courant de la gauche r&#233;volutionnaire, &#233;crit un article intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/pivert/works/1936/05/pivert_19360527.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Tout est possible&lt;/a&gt;&#8230; qui para&#238;t trois jours apr&#232;s le d&#233;but des gr&#232;ves. Bien qu'il parle plut&#244;t des perspectives avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; que celles de la gr&#232;ve, le surlendemain l&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k406728b/f1.chemindefer&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;'&#233;dito de L'Humanit&#233;&lt;/a&gt; lui r&#233;pond en disant &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Non&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Tout n'est pas possible&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est un signe de quelle sera l'attitude de la direction du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; par rapport au mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a des signes pr&#233;curseurs. Entre avril et mai 1936 le nombre de gr&#232;ves double. Par rapport au d&#233;but de l'ann&#233;e il y a trois fois plus de gr&#232;ves revendiquant des augmentations salariales, et enfin il y en a trois fois plus qui aboutissent en au moins victoire partielle pour les salari&#233;s. Le 14&#160;mai une gr&#232;ve significative d&#233;marre chez l'aviateur Bloch en r&#233;gion parisienne&#160;: les travailleurs occupent l'usine, emp&#234;chant le patron d'employer des jaunes pour continuer la production. En moins de dix jours ils gagnent, et dans L'Humanit&#233; du 24&#160;mai, lors de la manifestation traditionnelle devant le mur des f&#233;d&#233;r&#233;s qui comm&#233;more la commune de Paris, plus de 600 000 travailleurs peuvent lire que la gr&#232;ve avec occupation chez Bloch, ainsi qu'au Havre et &#224; Toulouse, ont donn&#233; des r&#233;sultats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cette combinaison de retour de combativit&#233; et de sentiment de l&#233;gitimit&#233; donn&#233; par la victoire &#233;lectorale qui pousse les travailleurs dans la gr&#232;ve. L'&#233;lection d'un gouvernement de gauche, aussi mod&#233;r&#233; soit-il, est un encouragement pour les travailleurs, &#233;l&#232;ve les espoirs mais donne aussi confiance d'agir et de revendiquer aupr&#232;s des patrons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux jours plus tard la m&#233;tallurgie parisienne est en gr&#232;ve avec fait nouveau, la participation massive des travailleurs de chez Renault et Citro&#235;n. La gr&#232;ve s'&#233;tend vers d'autres secteurs&#160;: la chimie, le textile, les mines, l'habillement, et d&#233;but juin vers la province, souvent avec occupation du lieu de travail. C'est l'occupation qui terrifie les patrons, car c'est une remise en cause partielle de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patronat fran&#231;ais est d&#233;j&#224; tr&#232;s inquiet et demande au gouvernement d'intervenir pour trouver un accord.. Plus tard, lors de son proc&#232;s en 1942 sous le r&#233;gime de Vichy, L&#233;on Blum explique, &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'initiative premi&#232;re est venue du grand patronat (&#8230;) pour me demander de provoquer au plus vite le contact sur la base du rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des salaires avec l'&#233;vacuation des usines en contrepartie.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 7&#160;juin le gouvernement Blum convoque les patrons et les dirigeants syndicaux &#224; Matignon. Apr&#232;s une nuit de n&#233;gociations Frachon, dirigeant communiste de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; r&#233;unifi&#233;e sort sur le perron de Matignon pour d&#233;clarer, assez &#233;tonn&#233;, qu' &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; [les patrons] &lt;i&gt;ont c&#233;d&#233; sur tout&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En effet, les cong&#233;s pay&#233;s et la semaine de 40 heures deviendront des lois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ce moment tout le monde s'attend &#224; un d&#233;nouement tranquille du mouvement de gr&#232;ve, mais quand les r&#233;sultats des n&#233;gociations sont annonc&#233;s dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#224; la grande surprise de tous les dirigeants politiques et syndicaux, les travailleurs d&#233;cident de continuer la gr&#232;ve. D'une part le sentiment d'unit&#233;, cr&#233;&#233; par la lutte antifasciste pousse les travailleurs vers l'unit&#233; dans la gr&#232;ve pour que tous b&#233;n&#233;ficient des acquis, de l'autre les succ&#232;s appellent &#224; d'autres succ&#232;s et encouragent les gr&#233;vistes &#224; continuer. Une estimation conservatrice pour le mois de juin 1936 d&#233;nombre 1,8 million de gr&#233;vistes, 12 142 gr&#232;ves dont 74&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui se d&#233;roulent avec occupation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les patrons paniquent et d&#233;clarent &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;les travailleurs ne semblent pas vouloir trouver une solution dans le cadre d&#233;fini lors des n&#233;gociations&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet c'est pendant la semaine qui suit les accords de Matignon que la gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralise et s'approfondit touchant des secteurs comme les banques, les assurances, les transports en commun, les coiffeurs, les grands magasins, le b&#226;timent. Ce faisant, elle accentue le double mouvement de radicalisation &#224; gauche d'une partie de plus en plus importante de la classe ouvri&#232;re et d&#233;rive droiti&#232;re des directions politiques et syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mouvement interprofessionnel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'int&#233;rieur, le socialiste Salengro affirme &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;je maintiendrai l'ordre&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. L'Humanit&#233; annonce &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt; la n&#233;gociation doit continuer&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le 11&#160;juin, dans un meeting Maurice Thorez d&#233;clare &#171;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Il faut savoir terminer une gr&#232;ve d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pour des millions de travailleurs satisfaction n'avait pas encore &#233;t&#233; obtenue. Au lendemain des n&#233;gociations de Matignon, se tient une premi&#232;re r&#233;union de d&#233;l&#233;gu&#233;s de diff&#233;rentes usines en gr&#232;ve &#224; l'appel des gr&#233;vistes de chez Hotchkiss en r&#233;gion parisienne. 33 usines sont repr&#233;sent&#233;es, le 11&#160;juin ce sont 280 usines qui envoient des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; ce comit&#233; de gr&#232;ve. Le comit&#233; de gr&#232;ve tient t&#234;te &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; et refuse de signer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, le parti communiste et la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, r&#233;ussissent &#224; imposer la reprise du travail, m&#234;me si elle ne se fait pas sans probl&#232;mes. Par exemple, le 14&#160;juillet 1936 il y a encore 160 000 gr&#233;vistes et 600 occupations en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs &#233;l&#233;ments expliquent le d&#233;nouement. D'abord la gr&#232;ve est per&#231;ue comme une gr&#232;ve contre les patrons, non pas contre le gouvernement, au contraire, la victoire &#233;lectorale du Front populaire est ressentie par une majorit&#233; de travailleurs comme une victoire pour leur camp. Entre mai et novembre 1936 le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; passe de 128 000 &#224; 200 000 membres. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; passe de 125 000 &#224; 280 000 membres et r&#233;ussit &#224; s'implanter de fa&#231;on impressionnante dans les secteurs gr&#233;vistes. Par exemple chez Renault Billancourt le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; a 6 000 camarades en 55 cellules diff&#233;rentes dans l'usine, contre seulement (!) 120 membres avant la gr&#232;ve. Pour les plus de 100 000 nouveaux membres du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; le parti &#233;tait encore celui de la R&#233;volution russe ou, au moins, du progr&#232;s social. Pour l'&#233;crasante majorit&#233; des travailleurs le cadre l&#233;gal et constitutionnel des &#233;lections &#233;tait celui qui d&#233;limitait l'action politique. A aucun moment la gr&#232;ve de 1936 n'a sembl&#233; &#234;tre antigouvernementale. Cependant il est incontestable que le ph&#233;nom&#232;ne de Hotchkiss, un mouvement de la base, d&#233;mocratique, au sein de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e (beaucoup &#233;taient syndiqu&#233;s) a &#233;t&#233; le d&#233;but d'une direction alternative par rapport &#224; la direction conf&#233;d&#233;rale de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt;, et peut-&#234;tre les d&#233;buts d'une direction politique alternative &#224; celle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; et du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;. Tout simplement ils ne faisaient pas le poids. Derni&#232;rement, il faut se rappeler que sans les acquis r&#233;els de la gr&#232;ve de 1936 il aurait &#233;t&#233; vraisemblablement impossible de l'arr&#234;ter comme &#231;a. Il &#233;tait possible pour les dirigeants communistes de citer de r&#233;els acquis pour les travailleurs comme raison de reprendre le travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir du gouvernement du Front populaire a &#233;t&#233; le v&#233;ritable d&#233;tonateur d'un mouvement de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui a arrach&#233; des avanc&#233;es consid&#233;rables pour les travailleurs. Soulignons qu'aucune de ces avanc&#233;es ne figurait dans le programme &#233;lectoral du Front populaire, dirig&#233; par le Parti radical et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, soutenu par le Parti communiste. Elles ont &#233;t&#233; l&#226;ch&#233;es par le patronat sous la pression du mouvement de gr&#232;ve. D&#232;s lors le probl&#232;me pos&#233; &#233;tait la poursuite du mouvement avec les esquisses de pouvoir alternatif, d&#233;mocratique, organis&#233; par en bas. Cela signifiait approfondir, &#233;largir le mouvement, d&#233;velopper des perspectives anticapitalistes et r&#233;volutionnaires&#160;: conseils de travailleurs/interprofessionnels, mouvement ind&#233;pendant de la base de la classe ouvri&#232;re organis&#233;e (au sein pas en dehors des syndicats de masse) et la construction d'un courant politique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques mois plus tard, Blum, sous la pression du patronat et sans la pression de la gr&#232;ve d&#233;clare une &#034;pause&#034; dans les r&#233;formes. Les directions politiques et syndicales du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; et de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CGT&lt;/span&gt; ne rompent pas les rangs avec Blum, et c'est en 1938, apr&#232;s la d&#233;mission de Blum, que les d&#233;crets Reynaud reviennent sur les 40 heures pour financer le r&#233;armement. L'issue tragique de ce chemin sera illustr&#233;e par le vote, par l'assembl&#233;e du Front populaire, des pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
J. Kergoat &lt;i&gt;La France du Front Populaire&lt;/i&gt; Editions la d&#233;couverte 1986&lt;br class='autobr' /&gt;
J. Danos, M.&#160;Gibelin &lt;i&gt;Juin 36&lt;/i&gt; Editions la d&#233;couverte 1986&lt;br class='autobr' /&gt;
L. Trotsky &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;O&#249; va la France&lt;/a&gt; dans Le mouvement communiste en France Editions de Minuit 1967&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et aussi, pour un aper&#231;u de la radicalisation au sein de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SFIO&lt;/span&gt;&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
D. Gu&#233;rin &lt;i&gt;Front Populaire R&#233;volution Manqu&#233;e&lt;/i&gt; &#233;ditions Actes Sud 1997&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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